Uranus : planète de l’astrologie – Vérité ou méprise ?
5 mars 2023

Par Jean-René Le Brodeur,
Chercheur en astrologie spirituelle intégrative

«Tu devrais savoir que pour chercher
la Vérité, aucun moment n’est inopportun.»
Les Fondations du Bouddhisme

En guise d’entrée en matière

L’astrologue aura trois choix à la fin de la lecture de cet article.

Un : soit il rejettera en bloc l’argumentaire utilisé et proposera un contre argumentaire tout aussi rigoureux. Deux : soit il acceptera la cohérence et la validité des concepts opératoires véhiculés. Trois : soit il suspendra son jugement, préférant s’accorder un moment de réflexion qui, dans l’idéal, l’orientera vers la lecture des ouvrages référentiels, du moins les courtes sections qui ont été citées.

La question à savoir s’il existe une planète de l’astrologie mérite qu’on s’y attarde. Et qu’on l’examine sous diverses coutures, sans parti pris ni préjugé, avec la plus grande rigueur scientifique parce que les astrologues sont d’abord des scientifiques. Des observateurs, des computeurs, des communicateurs, des enseignants, des psychologues animés par une pensée rationnelle et intuitive dans bien des cas. Mais posons d’abord le modèle épistémologique [1]qui sous-tend notre recherche. Il porte le nom de «Totalité opérative».

Si Rudhyar a utilisé ce modèle, de façon tout à fait judicieuse, en rapport avec la philosophie de l’astrologie, il ne l’a pas inventé dans la mesure où les grands penseurs hindous l’ont promu – il y a des millénaires  –  et ce de bien des manières. Aussi sera-t-il nécessaire de formuler des concepts en prenant en considération la finalité de l’action cosmique «puisque la substance du Feu de l’Espace dirige la conscience humaine.»[2]  Tout comme Platon ne pouvait admettre l’essence d’une philosophie dénuée d’aspiration spirituelle, nous ne nous pouvons admettre une astrologie qui dans ses fondements écarte toute dimension spirituelle, car le premier principe de principes enchâsse l’Intelligence universelle ou Esprit. Si le lecteur veut bien aborder l’ensemble de notre argumentaire en le faisant passer du plan affectif au plan mental, il aura davantage de facilités à saisir l’ensemble de nos postulats.

Le modèle triadique sous-tend la conscience holarchique

Afin de disserter sur la question à savoir s’il existe ou peut exister une planète de l’astrologie, nous nous sommes tourné vers la Totalité opérative en ce qu’elle promeut d’emblée la Loi de contenance, loi qui «produit des formules multiples lorsque la créativité est mise en activité par l’aspiration.»[3] Ce modèle est en accord avec les Enseignements de la Sagesse éternelle. Il proclame qu’il est impossible de séparer un seul petit grain d’un Grand Ensemble, car toutes les énergies sont en interrelations. Appliqué à l’astrologie, ce modèle évince d’office la suprématie d’un corps planétaire sur l’ensemble des autres, à l’exception des Soleils et des constellations cependant.

Pour Rudhyar, qui a beaucoup réfléchi au concept de Totalité opérative, «l’Univers est une hiérarchie de ‘’Touts’’, une hiérarchie de niveaux de totalité.»[4] Pour les phénoménologues et les gnostiques, tous les processus existentiels, en tant que phénomènes manifestés, relèvent de la dynamique inhérente à la triade «Esprit, Conscience, Matière», laquelle constitue un Absolu.

Pour l’astrologie symboliste, les astres, constellations et autres vecteurs énergétiques sont d’abord des signes avant de devenir des causes efficientes au sein d’une causalité partagée par l’Homme. À ce premier modèle axé sur la représentation systémique de l’homme dans le monde et du monde dans l’homme, nous allons greffer l’un des premiers postulats fondamentaux de la phénoménologie transcendantale, à savoir que toutes les Idées, formes symboliques incluses, constituent une émanation de l’Intelligence universelle (plan manasique). À l’instar de Raymond Abellio, philosophe et phénoménologue, nous admettons la possibilité d’un état de conscience prenant pour objet la conscience même de l’interdépendance universelle dans sa globalité et son unité et faisant passer la raison, au-delà des opérations simplement intellectuelles, de l’état de raison «naturelle» à l’état de raison transcendantale».[5] Par ailleurs, la phénoménologie transcendantale et l’astrologie ont beaucoup en commun. Elles font toutes les deux font appel à une même conception de l’Univers en proposant pour l’expliquer un modèle ontologique complémentaire. L’un basé sur la structure absolue[6] et l’autre sur le devenir cyclique de l’Être.[7] Puisque toutes les deux postulent l’indivisibilité de l’Esprit, de la Conscience et de la Matière – du moins en regard de l’astrologie à laquelle nous adhérons –, elles permettent de parvenir à une compréhension de l’énergétique universelle sous-jacente aux archétypes-semences issus des planètes et des constellations. Somme toute, notre approche visera à démontrer le caractère transcendant de certaines énergies et leur capacité d’engendrer, voire de moduler leur propre champ d’influence dans une praxis astrologique.

Bon nombre de chercheurs en sciences humaines et aussi en astrologie se refusent encore d’admettre comme valable le postulat d’un surdéterminisme qualitatif qui véhicule l’idée d’une corrélation totale des phénomènes. Lorsque la logique intellectuelle appréhende le réel, elle pose l’observateur et l’objet à mesurer en termes de dualité fondamentale. La logique holistique pour sa part délaisse ce mode d’interprétation de la réalité au profit d’un modèle structurel articulé entre la Connaissance, le Connaissant (l’observateur potentiel) et le Champ. Par Champ, nous entendons tout ce dont le corps est la base : le jeu de la nature, les activités du mental, les réactions émotionnelles, les actions naturelles, objectives et subjectives de notre être. La Totalité opérative considère en outre que l’observateur n’est pas l’Être de globalité, mais seulement une partie constitutive de l’Homme. En corollaire immédiat, nous dirons qu’une planète n’est qu’une partie constitutive d’un système solaire et qu’elle ne doit pas être considérée comme un vecteur de globalité.                                                           Mais revenons à notre observateur astrologue, car comment cette entité auto-consciente, encore fragmentée, morcelée, pourrait-elle avoir la prétention de comprendre tout l’univers dans sa totalité ?  Et ce faisant, assigner à une planète un champ exclusif de globalité ? 

Toute connaissance comporte plusieurs niveaux

Le mental qui gouverne une partie des processus cognitifs n’est qu’un outil pour comprendre le Réel. Il est l’outil privilégié de la connaissance existentielle qui s’élabore à partir de la perception directe et immédiate des événements issus du milieu. Cependant il existe un autre mode de connaissance : le modèle structurel pour lequel la totalité de notre être englobe le surmental, le subconscient et le subliminal. L’observateur ici n’est plus considéré comme le facteur le plus important au niveau existentiel, mais plutôt comme un agent à travers lequel opère une Puissance structurante ou une «Source informante». Parce qu’elle ignore toute forme de séparativité entre le Connaissant du Champ et la Connaissance, la Totalité opérative reconnaît par ailleurs qu’en chaque créature incarnée existe le Connaissant unique – l’âme, apte à devenir un expérimentateur conscient –, lorsqu’il entre en parfaite syntonie avec la Source Unique de Toute Connaissance : le Brahman éternel. En d’autres termes, la conscience incarnée du Connaissant du Champ peut s’élargir pour contenir en lui l’Univers entier.

Dans l’optique où nous nous situons et ce, contrairement à la science rationaliste, nous refusons d’admettre que le mental humain soit le seul outil capable de mesurer la connaissance et de l’expérimenter. Le mental humain, inférieur et concret, ne peut réussir à appréhender le Réel dans sa totalité, car il ne peut vraiment connaître ce qui est au-dessus de lui : le supra-sensible. L’inférieur ne peut connaître le supérieur qu’en cherchant à s’élever vers cette dimension. C’est pourquoi, en accord avec une conception holarchique (hiérarchie de contenance et de gouvernement) de l’Univers, nous admettons que Conscience et Connaissance se diffluent en quelque sorte des niveaux supérieurs vers les niveaux inférieurs.

Le Transfigurant n’est pas le Transcendant

Le premier ouvrage clé susceptible de forcer l’attention du lecteur est L’Astrologie ésotérique d’Alice A. Bailey, un traité d’astrologie spirituelle livrée à l’Humanité par le Maître Tibétain.  Les informations concernant le concept de transcendance méritent qu’on s’y attarde dans la mesure où la hiérarchisation des Touts y est fort bien décrite. Il appert, selon cet enseignement, que le point le plus haut constituant le Transcendant se trouve situé dans les sept étoiles de la Grande Ourse d’où émanent les Sept Rayons. Ces derniers s’expriment chacun par trois constellations zodiacales : le Bélier, le Lion et le Capricorne. A leur tour, ces trois énergies se focalisent sur notre Soleil, lequel agit comme Transformant.      A la fin du cycle d’impression, les planètes sacrées et les non-sacrées oeuvrant comme TRANSFIGURANTES redirigent l’énergie vers la Terre, le destinataire (final) en ce qui nous concerne.[8]  Si on adhère à cette hiérarchisation de «Touts», on comprend facilement pourquoi Uranus n’est qu’un simple relais dans la transmission de connaissances. Et encore ne les transmettra-t-il qu’au moment juste où elles doivent être délivrées à ceux qui sont prêts à les recevoir – ce qui exclut la majorité des Terriens de cette finalité durant ce cycle.[9] Cette assertion nécessite explications en rapport avec le degré de responsivité aux rayons d’Uranus. Cette planète – et il serait bien de le reconnaître – influence d’abord l’Humanité comme un «Tout». En outre, il convient de prendre note que l’extrême majorité des Terriens est polarisée émotionnellement et ne sera réceptive aux influx uraniens qu’à travers la frange du mental vital. Or «cette mentalité vitale (prânamaya purusha) ne libère pas de l’entière erreur du mental [dans la mentalité corporelle]; elle est encore sujette à l’acte originel d’ignorance par quoi l’âme individuelle regarde toute chose de son propre point de vue.»[10] Par conséquent, il est impossible d’absorber la totalité des rayons d’Uranus sans faire usage du mental supérieur après être parvenu au préalable à ce stade de connexion consciente. C’est pourquoi nous affirmons que la majorité des Terriens est non responsive aux énergies occultes d’Uranus en ce qu’elle n’est pas encore parvenue au niveau à partir duquel la pensée est arrivée à la perfection, à savoir le plan bouddhique.[11]

À ce stade de notre argumentaire, nous en conclurons que si l’astrologie est la science de la direction, la science qui renferme le plan évolutif de tout ce qui vit, du minéral à l’homme, et que si la finalité absolue doit résider quelque part, encore plus haut sur des plans supérieurs, c’est donc dire qu’une simple planète ne peut contenir à elle seule «la totalité de la science astrologique». Ainsi Uranus perd-elle la préséance qui lui a été attribuée par quelques générations d’astrologues. Les idées reçues ont parfois la vie dure et si on s’en fait les thuriféraires, on doit pouvoir les défendre au moyen d’un argumentaire probant, au risque de discréditer la science astrologique. C’est pourquoi décerner à Uranus l’omnipotence dans le champ corrélatif astrologique s’avère tout à fait indéfendable. Poursuivons en mettant à profit le concept de responsivité appliqué aux rayons uraniens en examinant le jeu de l’Un dans le Multiple. 

Les anciens astrologues et Uranus

S’il est couramment admis, comme nous venons de le signaler, que la planète Uranus synthétise à elle seule la quintessence de l’astrologie parce que bon nombre d’astrologues ont pris pour acquis que c’était la vérité, comment se fait-il qu’après des décennies d’observations et de réflexions, on en vienne à faire prévaloir la partie sur le tout ?  Les sources susceptibles de clarifier la fonction uranienne dans notre système solaire ne manquent pourtant pas depuis la fin du dix-neuvième siècle. Mais encore faut-il les consulter. La question à savoir si la planète Uranus doit être considérée comme la planète de l’astrologie mène à un cul-de-sac si elle n’est pas nuancée. Alors nous pourrions tout aussi bien nous en poser une autre, peut-être plus appropriée : au moyen de quelles planètes les astrologues pénètrent-ils au cœur de l’astrologie ? Si on accepte le fait qu’Uranus «impressionne» les astrologues depuis sa «redécouverte», qu’en est-il des astrologues pratiquant avant 1781 ?Quelle planète les influençait plus spécifiquement ?

Par ailleurs, si on considère le fait qu’une planète est découverte à partir du moment où les Terriens commencent à être responsifs à ses rayons, on doit se demander si les Anciens scrutateurs du Ciel étaient ou non responsifs aux rayons uraniens. Il est possible que des astrologues Chinois, Hindous, Chaldéens, Égyptiens, Aztèques et Mayas aient eu connaissance de l’existence de la planète Uranus mais de là à l’impliquer dans leurs paramètres prévisionnels ou analytiques, c’est une autre histoire. La Doctrine Secrète précise «que les Hindous peuvent avoir connu – en effet, ils la connaissaient – une septième planète, sans l’avoir nommée Uranus.»[12] Une chose est certaine cependant : jamais la planète Uranus, même désignée sous un autre nom, n’était hissée au rang de planète englobante transcendante. Nonobstant ces considérations, déduire qu’un astrologue devait être nécessairement responsif aux rayons uraniens pour tirer profit d’un horoscope discrédite les astrologues de l’Antiquité gréco-romaine, les Arabes, ceux du Moyen Age et de la Renaissance pour qui la planète était inconnue. Personne ne peut confirmer ou infirmer qu’ils étaient responsifs aux énergies d’Uranus. Seule la connaissance de leur niveau d’évolution permettrait de trancher, mais nous ne disposons pas de telles informations. Mais vers quelle planète se tournait-on pour intégrer l’astrologie dans un champ corrélatif si ce n’est vers Mercure ?

L’incontournable Mercure

La responsivité aux rayons uraniens n’est pas un critère absolu pour pratiquer l’astrologie. C’est à tout le moins une vérité de La Palice. Cependant, s’il est une planète qui devrait remporter la préséance, c’est Mercure, car au premier chef, elle désigne l’ensemble des processus de communications auquel est assujetti un être humain. Un astrologue est d’abord un communicateur, un transmetteur de connaissances. Certes, il est obligé d’être un observateur, mais son statut premier l’amène à véhiculer des informations. Mercure possède cette particularité qu’il préside au début du processus d’inférence et le complète lors du rendu des résultats des analyses et des pronostics. Le fait que les Anciens astrologues – et Junctin de Florence nous le corrobore[13] – aient impliqué le statut d’astrologue dans le champ corrélatif de Mercure est tout à fait valable. Cette vérité aurait dû retenir l’attention des astrologues nés après 1781.

C’est donc dire que malgré la non-prise en compte d’Uranus, les astrologues fonctionnaient très bien comme praticiens avec le classique septénaire. Bien entendu, cela ne signifie pas pour autant, comme nous l’avons fait remarquer, que les meilleurs astrologues n’aient pas été sensibles aux rayons uraniens. Néanmoins, s’ils l’étaient, il fallait à coup sûr que leurs centres supérieurs ou chakras soient très «éveillés» pour enregistrer les impacts de la planète. Cependant nous nous garderons de trancher ici et nous conserverons donc l’indispensable Mercure comme planète INFORMANTE OU CENTRALE DE TRIAGE.

L’incontournable Loi d’analogie exclut ipso facto la planète Uranus dans ce strict champ de communications. Cela relève de l’évidence élémentaire et de l’histoire de l’astrologie. La Loi d’analogie s’avère incontournable. Une correspondance est donc une relation qui s’instaure entre un facteur causal et un phénomène observé. Cette correspondance est modulée de façon à ce qu’entre un stimulus ou l’influx principiel s’exerce un rapport de similarité entre le fait observé ou observable et l’essence même dudit influx principiel. En poussant notre réflexion, il est impossible d’affirmer qu’une telle correspondance s’établisse entre une planète, Uranus en l’occurrence, et la pratique astrologique. Cependant, Mercure à elle seule ne fait pas tout le travail, car d’autres facteurs planétaires interviennent durant le processus. Examinons-les.

La dyade Mercure-Neptune

S’il est incontestable qu’aucune planète ne peut se voir attribuer la suprématie du champ astrologique, par contre, certaines peuvent être envisagées comme les meilleurs outils de l’astrologue. Du lot, en ressortent deux incontournables : Mercure et Neptune. Voyons d’abord ce qu’enseigne l’Astrologie ésotérique à propos de Mercure. Mercure, le Messager des Dieux, «est l’expression du double aspect du mental, en tant que médiateur entre le mental supérieur et le mental inférieur.»[14] Il fait office de médiateur pour la personnalité, la rendant apte à distinguer entre le soi humain et le non-soi, entre la personnalité et son milieu. Il transmet de plus les messages entre l’âme et le cerveau, établissant ainsi un juste rapport entre le soi inférieur et le soi supérieur. «Il est par conséquent le mental illuminé reliant l’âme et la personnalité.»[15] Vu ses attributs, il est difficile de concevoir faire de l’astrologie sans le concours de Mercure. Œuvrant à travers le signe des Gémeaux, «un signe qui produit beaucoup de Messagers de Dieu, tels qu’ils apparaissent à travers les âges, comme révélateurs de nouvelles vérités divines et comme intermédiaires entre le quatrième et le cinquième règne»,[16] Mercure a donc supporté l’entrée en scène des premiers astrologues de l’Humanité. En conséquence, le premier outil de l’astrologue se nomme Mercure. Il est secondé dans son travail par Neptune Trident. Son rôle est moins connu mais tout aussi capital. Bien que sous certains rapports, l’action d’Uranus  «soit analogue à celle de Mercure» [en ce que] le septième rayon est celui qui relie l’esprit et la matière,[17] son rôle intervient davantage sur les derniers stades du Sentier.

Et même pour cette raison qui fait d’Uranus un corps céleste de «liaison», on ne peut la déclarer planète de l’astrologie.

Neptune est entre autres une planète d’absorption. Elle permet d’abord d’intégrer l’astrologue dans la grande Confrérie à laquelle il appartient. Cela est d’autant plus vrai que l’astrologie constitue une science de service mondial. L’astrologue est fondamentalement un serviteur de l’Humanité. Petit à petit, l’astrologue devient un disciple qui finira par être absorbé dans le groupe d’un Maître. L’absorption peut se comprendre ainsi même si elle va bien au-delà sur les niveaux macrocosmiques. Or de plus en plus, durant l’Ère du Verseau, les astrologues deviendront imbus de l’idée de groupe et apprendront de plus en plus à y réagir.[18] Car c’est justement par l’influence de Mercure et de Neptune que la conscience de groupe se développe. Le trident de Neptune pour sa part symbolise la Trinité en manifestation, soit un grand triangle à travers lequel est déversée l’Eau de la Vie dans la substance. Idéalement, c’est le travail demandé aux astrologues orientés vers la pratique d’une astrologie spirituelle. La planète demeure associée au processus de perfectionnement (spirituel), ce qui est expressément demandé à tout astrologue. Nous parlerons de perfectionnement constant ici. D’un autre côté, la responsivité aux rayons de la planète conduit à la vision supérieure. C’est pourquoi il est possible, via Mercure et Neptune, de faire venir de l’espace les éléments nécessaires à la compréhension d’un dessein planétaire ou d’une simple carte du ciel. Cependant nier le lien entre l’esprit et les tourbillons cosmiques ne permet pas de fouler le sentier de la connaissance. Ces deux planètes médiatrices constituent une partie du socle sur lequel a été élevé le temple sacré de l’astrologie.

Il faut relire Rudhyar lorsqu’il élabore sa réflexion à propos des planètes trans-saturniennes – Uranus et Neptune en particulier, comme planètes coiffant à tort ou à raison l’astrologie. Le raisonnement de Rudhyar préférant Neptune à Uranus comme planète de l’astrologie est tout à fait défendable, quoi qu’incomplet. D’une certaine façon, nous partageons son point de vue tout en le relativisant. En effet, s’il faut aborder les énergies basales conférant à l’astrologue le pouvoir de lire dans les étoiles, ce serait plutôt vers la dyade Mercure-Neptune qu’il faudrait se tourner, d’où l’importance de cerner Neptune dans ses dimensions supérieures.

Mercure et le Soleil sont toujours interchangeables et cette bivalence mercurienne fait aussi de lui un Transformant, ce que ne fait pas Uranus dans la chaîne de diffusion des énergies supérieures.  Neptune est aussi un agent du Soleil parce qu’il est le réceptacle des «flammes solaires.»[19]  Tout comme son frère Mercure, Neptune agit comme un médiateur en ce qu’il conduit «à la reconnaissance de l’interaction et du jeu mutuel entre les deux éléments de la dualité essentielle de l’homme.»[20] Somme toute, en raison de leur connexion particulière avec le Soleil, Mercure et Neptune sont au plus près du niveau TRANSFORMANT que du niveau TRANSFIGURANT à partir duquel opère Uranus. Les deux planètes interconnectées à l’âme permettent de pénétrer au cœur du plan bouddhique de l’existence – plan de la conscience christique. Mais cette dyade, aussi indispensable qu’elle soit, n’est qu’un maillon dans la chaîne d’«impression». D’autres planètes interviennent durant le processus. C’est la triade de synthèse. 

La triade de synthèse

Nonobstant ces considérations, il faut savoir que Neptune fait partie avec Saturne et Uranus d’un triangle de planètes dites de synthèse. C’est aussi par ce triangle que l’astrologue de nos jours pénètre au cœur de l’horoscope. Explicitons. L’astrologie est la science des rapports, des relations. Rapports mutuels, rapports d’interrelations et d’interdépendances. En outre, cette synthèse concourt à démontrer le côté scientifique de l’ASTROLOGIE. Bien qu’on puisse lui décerner le titre de Science des sciences, l’astrologie a besoin du concours de plusieurs autres savoirs, ne serait-ce que pour exister. Il semble de toute évidence que la première cohorte ayant fait d’Uranus la «Mère de l’Astrologie» ait commis une erreur de perception quant aux attributs impartis à la planète dans le système solaire. Elle avait pressenti une partie du rôle joué par Uranus mais en le sur-accentuant. Cependant lorsqu’un alignement correct intervient entre l’âme, le mental et le cerveau, un état de conscience se développe qui met en synergie, non pas une, mais trois planètes appelées «planètes de synthèse» : Saturne, Uranus et Neptune.  Résumons une infime partie du travail de cette triade.

Uranus, comme le rappelle le Maître Tibétain dans L’astrologie ésotérique «est la planète dont les caractéristiques sont l’esprit scientifique.»[21] Uranus donne à l’astrologue le sens de la pénétration. Il est appelé aussi CELUI QUI RELIE. Il permet de démêler l’écheveau de signes contenus dans un Ciel natal, notamment afin d’en tirer un réseau de sens cohérent. Uranus sert le plan intuitif de l’interprétation si l’énergie psychique émanant de l’âme y participe. Puisqu’il «produit la fusion des courants des énergies les plus subtiles»,[22] on peut facilement comprendre pourquoi pour bon nombre d’astrologues la puissance occulte de cette planète a fait d’elle une sorte de Muse astrologique. Permettons-nous cependant de rappeler que les forces d’Uranus ne joueront de façon prépondérante qu’à «condition que le mécanisme de réponse et d’éveil soit apte à donner la réponse voulue.»[23] En d’autres termes, si la responsivité et la sensibilité à l’égard d’Uranus ne sont pas présentes autant chez l’astrologue que sur certaines composantes de l’Humanité, les chakras supérieurs n’enregistreront aucun impact. Et il est loin d’être acquis que tous les astrologues soient responsifs aux influx uraniens, du moins en leur totalité. Ce constat reste valable aujourd’hui comme il l’était dans le passé.

Saturne pour sa part met en contact avec le mental abstrait ou supérieur qui peut opérer une analyse rigoureuse des divers éléments constitutifs d’une carte du ciel. Puisque le troisième rayon s’exprime à travers cette planète, l’énergétique saturnienne accentue, entre autres, le pouvoir d’imagination qui rend apte à saisir la vérité. Sa largesse de vues lui permet d’explorer tous les aspects d’une question et ce, avec une égale clarté et pondération. Une qualité appréciable lorsque l’on aborde la complexité d’un thème natal. 

Neptune, enfin, permet d’entrer en résonance intime avec le sujet étudié. Ceci s’effectue sur le plan psychique. Les facultés de perception spirituelle peuvent être utilisées à bon escient par l’astrologue si les chakras supérieurs ont été rendus opérationnels au cours de ses existences antérieures. Si tel n’est pas le cas, l’astrologue travaillera seulement à partir du plan mental concret (inférieur). A tout bien considérer cette hypothèse d’inclure les trois planètes de synthèse avec Mercure en sus comme planète de l’astrologie serait acceptable si ce n’est que – petit bémol en perspectives –, selon les Enseignements de l’Agni Yoga, les rayons de la planète Jupiter doivent également être pris en compte, car la planète «favorise la diffusion rapide des forces d’Uranus.»[24] Jupiter ici agit donc comme une sorte de transformateur permettant aux puissants courants uraniens une absorption optimale chez les Terriens responsifs. Permettons-nous une analogie. On peut comparer la puissance des rayons d’Uranus à une ligne de haute tension de 735,000 volts dont on abaissera la tension via des parcs de transformateurs pour diriger l’électricité vers tous les domiciles. C’est exactement ce que fait Jupiter par rapport à Uranus. Nous voici donc obligé d’admettre LE RÔLE D’UN AUTRE CORPS PLANÉTAIRE dans notre argumentaire, ce qui incidemment met beaucoup de plomb dans l’aile à la transcendance d’Uranus. 

Il faut considérer les triangles

Dans ce même ordre d’idées, nous pourrions aussi nous tourner de façon sommaire vers la science des triangles, laquelle peut nous fournir des informations intéressantes à propos de la distribution des énergies. Considérons deux triangles. Un triangle majeur et un triangle secondaire. Chaque triangle est l’expression d’une énergie fondamentale et de deux forces secondaires. Il s’agit d’une loi fondamentale qui régit le fonctionnement de toutes les triplicités d’énergie dans le temps et dans l’espace. Nous aurons donc un centre d’émanation, un centre de force récepteur et un centre responsif. Ainsi vibre le premier triangle. Le second triangle, appelé triangle secondaire, fait converger ses énergies vers un centre distributeur.[25] Sans aller plus loin dans les détails, il faut comprendre que les triangles d’énergies émanant des constellations, les triplicités planétaires et les rayons agissent en forces triangulées avec des pôles d’émanation et des pôles de réception. Encore ici, les Totalités opératives sont à l’œuvre sur le plan subjectif, car «elles conditionnent la conscience, et non pas les effets que ces mêmes énergies provoquent sur les formes extérieures, sur le plan physique.»[26] On voit mal comment une planète pourrait arriver à opérer seule dans ce schéma. Il serait possible d’élargir encore la perspective en parlant des quaternaires constellaires, mais nous n’irons pas dans cette direction. Qu’il suffise de dire que l’énergie dominante dans notre système solaire est celle du second Rayon d’Amour-Sagesse et non pas celle du septième dont les énergies s’épanchent à travers Uranus. Fort de cette connaissance, nous pouvons réaffirmer le concept de hiérarchisation des énergies auxquelles viendra se greffer comme énergie de seconde instance, voire subsidiaire : Uranus. Ce qui encore une fois lui retire ipso facto le titre de planète de l’astrologie.

L’astrologue et ses canaux d’impression

Il y a cependant plus. Si l’astrologue chemine sur le sentier initiatique, sa conscience devient de plus en plus libre et «la partie la plus difficile et la plus urgente de sa tâche est de saisir la vérité. […] Progressivement il apprend à pénétrer dans le domaine de la raison pure à partir du règne du mental; il s’y polarise, et la vérité se précipite. […] Il apprend aussi, par le développement de la perception, à pénétrer les niveaux de pensée abstraite, antichambre du monde de la raison pure et par ces trois aspects du mental, il découvre qu’il est en possession de trois clés qui vont lui permettre de se plonger dans la connaissance, la sagesse et la raison du mental universel.»[27] Comprendre à partir de quelle composante de son organisme provient un impact est essentiel pour tout astrologue. Quel corps est sensible ?  Par quel chakra l’astrologue reçoit-il les informations ?  Et qu’est-ce qui lui garantit que l’impression reçue ne soit pas altérée ou colorée par le corps astral ? Le hic ici, c’est que «l’impression doit descendre directement des niveaux du mental au cerveau et éviter tout contact avec le corps astral. [Par conséquent] c’est seulement si cette descente directe est réalisée que l’impression enregistrée est dépourvue d’erreur. Elle ne sera pas alors teintée de quelque complexe émotionnel, car la conscience astrale est le grand facteur altérant la vérité essentielle.»[28] Ce qui nous amène à prendre en compte les modes de perception de la connaissance.

Un mot sur les trois modes de perception

Pour appréhender la vérité dans le vaste champ du savoir, il existe trois modes de connaissance. 

  1. «La connaissance directe par la voie des sens, chaque sens utilisé mettant celui qui l’emploie en contact avec une gamme distincte de vibrations présentant des manifestations de formes.
  2. La déduction ou l’inférence dont l’emploi par le sujet connaissant met en mouvement les capacités de raisonnement du mental en corrélation avec ce qui n’est pas directement perçu. Pour un astrologue, c’est faire usage de la Loi des Correspondances ou d’Analogie. 
  3. La connaissance directe du Yogi ou voyant, centré sur la conscience du soi ou égo sur son propre plan. Cela s’accomplit par le bon usage du mental en tant qu’organe de vision et de transmission.»[29] C’est la capacité de devenir pure connaissance.

Rappelons enfin que la déduction n’est pas une méthode sûre pour parvenir à la connaissance. Quelle que soit la connaissance acquise par les facultés inférieures et basée sur l’aspect forme de la vie, elle demeure une connaissance incorrecte. Pourquoi ? Parce que «l’âme seule perçoit correctement; l’âme seule a le pouvoir de prendre contact avec le germe ou principe de Buddhi (dans la phraséologie chrétienne le Principe christique) qu’on trouve au cœur de tout atome, qu’il s’agisse de l’atome de la matière qui fait l’objet des études de laboratoire, du savant, de l’atome humain au creuset de l’expérience quotidienne, de l’atome planétaire dans lequel se trouve le cercle infranchissable de tous les règnes de notre nature, ou de l’atome solaire qui est Dieu en manifestation par l’intermédiaire d’un système solaire.»[30] En égard avec ce qui vient d’être énoncé, nous ajouterons seulement ceci, sans chercher à susciter des polémiques stériles : pour parvenir à connaître la vérité, il est indispensable de stabiliser le mental qui deviendra l’organe de vision doué du sixième sens, lequel embrasse la connaissance correcte. Encore ici, la Totalité opérative reste immuable dans ses fondements. Nous conclurons donc ainsi au sujet du rapport entre Uranus et l’astrologie : il appartient à chaque astrologue de saisir intuitivement ce qui tient du vrai et ce qui tient du faux à la fois en rapport avec ce qu’il transmet personnellement ou avec ce qui est véhiculé dans n’importe quel manuel. Poursuivons en rappelant le processus auquel s’astreint un astrologue dès qu’il examine une carte du Ciel.

L’indivisibilité du Tout

En s’incarnant, l’Ego ou l’âme s’unit aux quatre principes inférieurs : Kama Manas, Kama rupa, Lingua Sharira (double éthérique) et Sthula Sharira (corps physique), principes que l’on peut associer aux corps physique, émotionnel et mental  à travers lesquels s’épanche l’énergie des rayons qui influence l’activité de la totalité des composantes d’un être humain. L’astrologue fonctionne donc au sein d’un ensemble d’énergies, lesquelles une fois conditionnées deviennent des forces (en irradiant les chakras). Décrivons le processus. Un astrologue vient d’avoir une commande ; il entame une réflexion, et ce faisant contacte alors le niveau manasique de l’existence (le plan mental). Ensuite, il manifeste le désir de se pencher sur une carte du ciel – il se connecte au sujet par le biais de son corps émotionnel, lequel enregistre divers impacts émanant de l’aura du sujet étudié. L’astrologue, enfin, rédige une interprétation, l’enregistre sur un support ou la verbalise devant son client ou devant un groupe d’auditeurs. Le plan physique vient d’être contacté ici. Bien entendu, ces trois opérations se font en même temps, du moins les deux premières. L’astrologue vient donc de solliciter le concours de plusieurs facteurs planétaires. Il vient d’interpeller sa ligne de rayons et les planètes qui s’épanchent à travers elle. Comment peut-il être possible de croire qu’une simple et unique planète, Uranus en l’occurrence ici, puisse englober la somme du processus total d’interprétation ? Pareille conception ne résiste ni à l’observation ni à la scientificité du processus en question. Il est incontestable cependant qu’il faille reconnaître le rôle majeur joué par la triade Uranus, Saturne et Neptune – planètes de synthèse dont avons parlé plus avant –, tout en incluant Mercure à la fin du processus et Jupiter dans sa phase intermédiaire. Par la suite, l’information livrée au client ou au lecteur sera colorée par sa ligne de rayons.[31] D’ores et déjà, un constat majeur s’impose : l’astrologie ne peut être enchâssée dans la prévalence exclusive du schéma uranien, car cette science repose sur un ensemble de composantes énergétiques qui font d’elle ce qu’elle est et parce que ces dites composantes sont INDIVISIBLES. 

Il reste un dernier point sur lequel nous voudrions attirer l’attention du lecteur : le niveau d’évolution de l’astrologue face au type d’astrologie qu’il promeut. La question est à la fois simple et complexe. Elle devient cependant plus pertinente si on la relie au niveau d’évolution[32] du praticien en rapport avec sa responsivité potentielle aux rayons uraniens. Car il y a fondamentalement quatre catégories d’astrologues.

  1. Ceux qui ne s’intéressent qu’à la vie de la personnalité et ne font entrer aucune considération spirituelle dans leur approche. 
  2. Les chercheurs de tous horizons avec ou sans approche spirituelle usant de l’astrologie pour circonscrire diverses problématiques (microcosmiques ou macrocosmiques) allant de l’Homme, au territoire, à la planète et jusqu’aux étoiles. 
  3. Ceux qui se focalisent sur l’approche de la personnalité tout en l’assortissant d’informations à caractère plus ou moins spirituel, bien que ce générique puisse comporter plusieurs acceptions. Mais en       définitive, on ne peut exclure l’âme de l’approche utilisée.
  4. Ceux qui, enfin, privilégient l’approche posant l’âme comme le moteur central de l’incarnation en vue de parvenir à des expansions de conscience progressives. Ils ont délaissé l’approche centrée exclusivement sur une éphémère personnalité. Ces astrologues ont commencé à assimiler le contenu des ouvrages émanant de la Hiérarchie. Ils ont constaté que le fait de l’âme est indissociable de leur pratique astrologique. Aussi la connaissance qu’ils délivrent est-elle totalement en accord avec l’enseignement de la Sagesse éternelle. Ces astrologues considèrent que la personne assise devant eux est d’abord une âme en incarnation, dotée d’une personnalité colorée par une ligne de rayons et sujette à l’influence (maîtrisée ou non) d’un dessein planétaire contenu dans leur thème natal. 

Ces quatre catégories d’astrologues ont leur raison d’être, car elles s’occupent d’individus qui se trouvent à des niveaux d’évolution divers. Et dont les besoins et les attentes sont très variés. Cependant une question doit être posée aux astrologues qui ont placé Uranus sur le trône exclusif de leur adulation. Formulons-la ainsi :  s’il appert que l’influence d’Uranus est plus efficiente durant les derniers stades d’un pèlerinage terrestre en ce que les chakras supérieurs ont été préparés progressivement à répondre à ses

puissants influx, comment prétendre être responsifs aux dits rayons si aucun processus de méditation n’a été enclenché ? Comment prétendre être totalement influencés par Uranus si la volonté n’est pas encore unie (via leur âme) à la Volonté Supérieure, laquelle leur fournirait la puissance d’un formidable aimant ?  Et d’un prodigieux mental intuitif ?  À chaque astrologue de répondre à la question. La position face à Uranus et le degré de responsivité à ses rayons doit être clarifiée de cette façon. CAR S’ASSEOIR À LA TABLE DE CETTE PLANÈTE EXIGE UNE INCONTOURNABLE QUALIFICATION SPIRITUELLE, acquise au fil des incarnations.  Elle n’est pas donnée d’office, seul l’astrologue se la mérite par ses efforts de recherches assidues d’expansions de conscience. La raison en est facile à comprendre dans la mesure où, lorsque la conscience de soi est véritablement développée – certifiant le sens de la direction, assurant la perception du but et la prise de conscience du plan – l’Être devient un agent actif du plan. Il a réalisé un alignement Âme-personnalité. Une fois parvenu à cette étape du pèlerinage terrestre, l’astrologue peut prétendre en son for intérieur, sans avoir à le clamer partout, qu’il a commencé à être responsif aux énergies les plus subtiles de la planète Uranus. Prétendre le contraire serait se leurrer. 

Concluons maintenant notre démonstration au moyen d’un simple jeu de questions et de réponses qui résumera l’ensemble du propos. Des informations nouvelles y ont été ajoutées. Mais commençons par l’examen de la figure ci-dessous.

Les trois sciences indivisibles

Existe-t-il une planète de l’astrologie ?

Réponse : Non, car l’astrologie ne peut exister en tant que science sans le concours de l’ensemble des planètes de notre système solaire. Et des étoiles aussi. Il y a cependant une autre raison à cela, c’est parce que l’astrologie ne peut être soustraite de l’astronomie et de la science des rayons. La Totalité opérative rend indivises ces trois sciences et la première à coiffer le sommet du triangle est la science des rayons dans la mesure où les rayons s’épanchent à travers les planètes. Il y a donc une hiérarchisation ici, difficilement contestable en vertu de la logique intellectuelle. Il serait également possible de greffer à ce modèle triadique la science des triangles, ce qui nous donnerait un quaternaire (de sciences) en interconnexion. Dans ce schéma, aucune planète n’obtient de préséance.  Par ailleurs, nous ne pourrions jamais attribuer à Uranus l’étiquette de «planète de l’astronomie», pas plus que de «planète de la science des rayons.» Ce serait d’un ridicule consommé.

En quoi le concept de Totalité nous permet-il d’appréhender la nature des énergies ?

Réponse : Parce que «Tout influe sur Tout». C’est le concept du Panchakara hindou. Pas plus que nos corps physique et subtils sont soumis à la gouverne d’une seule planète, pas plus que nos chakras ne soient influencés par une seule planète, aucune composante d’un système (micro ou macrocosmique) ne peut être dans sa globalité placée sous l’influence exclusive d’un seul rayon ou d’une seule planète.  Par ailleurs, l’astrologie pratiquée de nos jours ne s’attarde qu’à une seule composante de l’Être à savoir le véhicule physique dans ses divers aspects physico-physique, physico-émotionnel  et physico-mental. La connaissance quant à l’étude du corps émotionnel des Terriens n’a pas encore été donnée à l’Humanité. Et encore moins celle destinée à comprendre la vie du corps mental. En astrologie, toute approche réductive constitue déjà une limitation. 

Quelle planète utilisait-on pour pénétrer au cœur de la science astrologique ?

Réponse : Mercure, le Divin Messager, la planète par laquelle la pratique  de l’astrologie devient possible. La planète des Messagers célestes dont chaque astrologue devient le premier représentant. Mercure, Gémeaux et transmission de connaissances sont indissociables. C’est le premier «Sésame, ouvre-toi.» Les astrologues post-atlantéens et leurs successeurs ont toujours rattaché la profession de devin et d’astrologue à Mercure. Il faut relire Junctin de Florence à ce propos. Par conséquent,  les astrologues des ères antérieures (Taureau, Bélier et Poissons pour ne citer que ces dernières), de l’Antiquité, du Moyen Age et de la Renaissance travaillaient au moyen de Mercure pour pénétrer au cœur de l’horoscope. Jamais via Uranus. 

S’il n’y a pas de planète de l’astrologie, où se situe Uranus dans ce débat ?

Réponse : Pour répondre à cette question, il faut concevoir l’Univers comme une Hiérarchie de «Touts». Il y a cependant un début à cette chaîne de «Touts» contenants. Au départ, trône le Transcendant (situé dans une étoile de la Grande Ourse) à partir duquel les énergies descendent en perdant ainsi une certaine qualité vibratoire pour arriver sans danger vers la Terre. Le Soleil agit comme un Transformant, alors que les planètes, de leur côté le font comme des Transfigurants. Uranus à cet égard n’est qu’un Transfigurant. On ne peut lui décerner le titre d’Englobant transcendant. 

Ajoutons que la planète Jupiter absorbe une partie des rayons d’Uranus avant de les relayer vers la Terre. De ce fait, Uranus ne devient plus qu’une simple partie à l’intérieur d’un Grand Tout systémique. L’erreur des astrologues qui ont fait d’Uranus une planète de globalité a été de prendre la partie pour le Tout en lui attribuant une contenance à laquelle elle n’a pas droit. 

Pourquoi Mercure sans être la planète de l’astrologie est-il si important ?

Réponse : Parce que Mercure agit comme le médiateur entre le mental inférieur (concret) et le mental supérieur (abstrait). Il transmet de plus les informations entre l’âme et le cerveau. «Il incarne donc le mental illuminé (durant les derniers stades du développement humain) reliant l’âme à la personnalité.»[33]

Mais où se place Uranus dans la chaîne des planètes Transfigurantes ?

Réponse : Uranus, nous enseigne l’Astrologie ésotérique, constitue une planète de synthèse avec Saturne et Neptune. S’il nous est impossible de comprendre les implications macrocosmiques du mot synthèse, nous pouvons appréhender, ne serait-ce que minimalement, la signification plus élémentaire du mot, à savoir une réunion d’informations en provenance de divers niveaux d’expériences. Au plan spirituel, ces planètes nous aident, entre autres, à «amener la force christique, ce principe bouddhique, à sa pleine manifestation sur le plan physique, et cela par l’utilisation de la triple enveloppe inférieure (corps physique, émotionnel et corps mental).»[34] Tout est spirituel dans l’Univers. Nier ce fait, c’est nier la vérité, n’en déplaisent aux négateurs sceptiques. 

Que répondre aux astrologues qui prétendent qu’Uranus est la planète de l’astrologie ?

Réponse : La réponse est très simple si on considère qu’un tout petit syllogisme (primaire) réduit en miettes cette prétention. Inférons le raisonnement puisque la logique découle d’une manifestation de l’esprit.

  • Pour exister en tant que science, l’astrologie a besoin du concours de toutes les planètes. Nous pourrions aussi ajouter des étoiles et des rayons.
  • Or Uranus n’est qu’une des constituantes d’un grand Tout systémique.
  • Donc, Uranus ne peut s’arroger le titre de «planète de l’astrologie».

Nous laissons maintenant aux astrologues le soin de réfléchir avec un esprit ouvert à la démonstration qui vient d’être faite. Si l’argumentaire utilisé pour disserter sur une «pseudo-planète» de l’astrologie ne satisfait pas le lecteur, nous l’invitons à produire un contre argumentaire avec la même rigueur scientifique dont nous avons fait preuve en rédigeant ces lignes. Au final, chacun tranchera. Et l’astrologie y gagnera, car attester d’une réalité, si grande ou si petite soit-elle dans sa vérité, implique toujours sa reconnaissance par la conscience. 

René Le Brodeur

 

Références

[1]L’épistémologie est une partie de la philosophie qui prend pour objet l’étude critique des postulats, conclusions et méthodes d’une science particulière, considérée du point de vue de son évolution, afin d’en déterminer l’origine logique, la valeur et la portée scientifique et philosophique.

[2]Association Agni Yoga (1983), Infinité, Volume 2, Toulon, p. 13.

[3]Idem, p. 103.

[4]Rael, Leyla (1985), Le Rudhyar essentiel, Les Éditions de l’Or du Temps, Grenoble, pp. 19-20.

[5]Abellio, Raymond (1973), La fin de l’ésotérisme, Flammarion, Paris, p. 77.

[6]Il s’agit d’un modèle phénoménologique proposé par Abellio durant les années 1960.

[7]Nous référons ici au modèle astrologique proposé par le courant des philosophes de la Totalité opérative dont Rudhyar est l’un des représentants.

[8]Bailey, Alice A. (1976), L’Astrologie ésotérique, Éditions Lucis, Genève, p. 539.

[9]Idem, p. 391.

[10]Aurobindo, Shrî (1988), Métaphysique et psychologie, Albin Michel, Paris, p.285.

[11]L’un des sept plans de la matière-énergie.

[12]Blavatsky, H. P. (1982), La Doctrine Secrète, Volume 1, Éditions Adyar, Paris, p. 79.

[13]Dans son Traité des révolutions solaires.

[14]Bailey, Alice A. (1976), L’Astrologie ésotérique, Éditions Lucis, Genève, p. 317.

[15]Idem, p. 317.

[16]Idem, p. 317.

[17]Idem, p. 97-98.

[18]Idem, p. 201.

[19]Idem, p. 587.

[20]Idem, p. 275.

[21]Bailey, Alice A. (1976), L’Astrologie ésotérique, Éditions Lucis, Genève, p. 205.

[22]Association Agni Yoga (1981), Infinité 1, Toulon, p. 302.

[23]Bailey, Alice A. (1976), L’Astrologie ésotérique, Éditions Lucis, Genève, p. 174.

[24]Association Agni Yoga (1998), Fraternité, Yerre, p. 206.

[25]Synthèse du fonctionnement des triangles à partir de l’Astrologie ésotérique, pp. 409-410.

[26]Bailey Alice A. (1976), L’Astrologie ésotérique, Éditions Lucis, Genève, p. 369.

[27]Bailey Alice A. (1976), L’État de disciple dans le Nouvel Age, Volume 2, Éditions Lucis, Genève, pp. 298-299

[28]Bailey, Alice A. (1960), La télépathie et le corps éthérique, Édirions Lucis, Genève, pp. 110-111.

[29]Bailey, Alice A. (1966), La Lumière de l’âme, Éditions Lucis, Genève, pp. 33-34.

[30]Idem, p. 36.

[31]Cette ligne de rayons est composée du rayon de l’âme, de la personnalité, du corps mental, du corps émotionnel et du corps physique. Ce qui totalise cinq rayons.

[32]Seul un Maître peut mesurer le niveau d’évolution d’un être humain. Cependant un disciple peut arriver à le cerner, ne serait-ce qu’approximativement. 

[33]Bailey, Alice A. (1976), La lumière de l’âme, Éditions Lucis, Genève, p. 196.

[34]Bailey, Alice A. (1976), La lumière de l’âme, Éditions Lucis, Genève, p. 196.

Sources consultées

Abellio, Raymond (1973), La fin de l’ésotérisme, Albin Michel, Paris, 252 p.

Association Agni Yoga (1981), Infinité, Volume 1, 372 p.

Association Agni Yoga (1983), Infinité, Volume 2, 249 p.

Association Agni Yoga (1998), Fraternité, Yerre, 321 p.

Aurobindo, Shrï (1988), Métaphysique et psychologie, Albin Michel, Paris, 351 p.

Bailey, Alice A. (1976), L’Astrologie ésotérique, Éditions Lucis, Genève, 626 p.

Bailey, Alice A. (1976), L’État de disciple dans le Nouvel Age, Édition Lucis, Genève, 740 p.

Bailey, Alice A. (1960), La télépathie et le corps éthérique, Éditions Lucis, 199 p.

Bailey, Alice A. (1966), La Lumière de l’âme, Éditions Lucis, Genève, 367 p.

Blavatsky, H. P. (1982), La Doctrine Secrète, Volume 1, Éditions Adyar, Paris, 291 p.

Rael, Leyla (1985), Le Rudhyar essentiel, Les Éditions de l’Or du Temps, Grenoble, 143 p.

Rudhyar Dane, (1984), L’Astrologie de la personnalité, Librairie de Médicis, Paris, 410 p.

Rudhyar, Dane (1988), Vers une conscience planétaire, Éditions du Rocher, Monaco, 384 p.

Mémoire de maîtrise présenté à l’Université du Québec à Trois-Rivières en mars 1994 – Verbe de Puissance ou le champ morphogénétique d’expression de l’archétype Virgo en astrologie.

 

 

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