Le Sablier d’Édith Blais : un parcours initiatique, une leçon d’astrologie
8 avril 2021

Par René Le Brodeur, chercheur

Que peut faire un astrologue désireux de comprendre un parcours existentiel sans disposer des coordonnées de naissance de son sujet ?  Dans le cas d’un acteur, il y a les films. Pour les écrivains ou autres communicateurs, leurs ouvrages (textes) peuvent constituer une mine d’informations, pour peu qu’on se livre à une forme d’investigation rigoureuse. C’est pourquoi même sans disposer d’une Carte du Ciel, la trame de la destinée d’un individu reste décryptable puisque nous pouvons la lire dans son regard, dans sa démarche, dans les mots qu’il emploie pour s’exprimer. Toutes les composantes physiques et psychiques d’un être s’avèrent révélatrices. Il suffit d’apprendre à «voir», à «entendre» et à «saisir» tout ce qui émane de lui.

En parcourant le récit de la captivité d’Édith et de Luca, et de leur évasion réussie des mains des djihadistes, m’est venue l’intuition d’en faire une seconde lecture, mais avec l’aide des paramètres astrologiques cette fois. Premier constat : Édith Blais, la Canadienne, et Luca Tacchetto, l’Italien, sont de grands voyageurs. Ils ont parcouru plusieurs continents. Comme les grands voyageurs sont logés à l’enseigne du signe du Sagittaire, lequel peut régir leur Ascendant ou leur signe solaire, il devenait incontestable que ce signe devait prévaloir dans leur Ciel natal. À défaut d’une signature Sagittaire pure, une accentuation marquée du neuvième secteur natal renforce les rapports avec l’étranger. Et comme le Sagittaire constitue l’un des bras de la Croix Mutable, il devenait évident que cette Croix allait jouer un rôle majeur dans leurs pérégrinations africaines.

L’approche qui sera la nôtre

L’approche retenue ici sera celle de l’analyse des Croix astrologiques. Plus particulièrement : l’approche reliée à la Croix des signes mutables. Pour le lecteur non initié à la science astrologique, il faut savoir qu’il existe trois catégories de signes zodiacaux. La première catégorie comprend les signes cardinaux appelés Bélier, Cancer, Balance et Capricorne. Ces derniers forment la Croix Cardinale. Ensuite viennent les signes fixes comme le Taureau, le Lion, le Scorpion et le Verseau. Ces derniers forment la Croix Fixe. Enfin nous trouvons dans cette classification la catégorie des signes mutables comme les Gémeaux, la Vierge, le Sagittaire et les Poissons. Ces derniers forment la Croix Mutable.

Par ailleurs, lorsque l’on s’incarne dans un signe, on réagit aussi aux énergies du signe à l’opposé et aux énergies des deux signes formant une quadrature, d’où cette référence à la Croix. Bien que tous les terriens ne soient pas responsifs aux énergies des quatre bras d’une Croix quelconque, les protagonistes du Sablier le sont entièrement comme nous le démontrera cette analyse.

Le bras du Sagittaire ou la compréhension du moment

Commençons par dissiper un grave malentendu au sujet de la notion de chance. Certes, le lecteur pourrait se dire à la fin de la lecture du livre qu’Édith et Luca «ont été chanceux de s’en tirer ainsi». Mais la chance telle qu’on l’entend en Occident est quelque chose qui n’existe pas. La chance n’est qu’un symbole d’affirmation. La chance relève de la compréhension intuitive du moment, car la voie vers l’Infini passe par une conscience parfaite. Or, dans le récit, la compréhension parfaite du moment a été «saisie» par Édith et Luca en planifiant leur évasion. Nous entrons ici dans le premier bras de la Croix Mutable : le bras du Sagittaire. Signe des voyages, le Sagittaire représente le signe de l’intuition par excellence. «Je n’osais pas parler, mais MON INTUITION, le sentiment de réussite et de bonheur qui m’habitait, me faisait croire que nous avions trouvé la grand-route».[1] Le bras du Sagittaire imprime la direction juste. Or, cette direction juste suppose de décocher la flèche intuitive du mental vers une cible, un but à atteindre. Le but ici : l’évasion. Ce qui explique pourquoi les deux otages ne sont pas tant redevables à la chance qu’à leur parfaite compréhension du moment. C’est l’injonction adressée par le Sagittaire. Bien entendu, la direction reste inséparable de l’orientation. Luca s’oriente à l’aide des étoiles qui peuplent l’Infini. Et le Sagittaire vise toujours l’Infini, la quête de l’Infini. Il est écrit dans l’Agni Yoga que celui qui apprend à voyager autour du monde, à entrer en contact avec les citoyens de la Terre, sera apte à voyager vers l’Infini, vers les lointaines galaxies quand il sera affranchi de la Roue des Renaissances. Tout ce qui est en Bas est comme ce qui est en Haut. Qui voyage sans peur sur la Terre trouvera des ailes porteuses pour aller vers l’Infini. Première leçon : apprendre à voyager sans peur.

Le bras des Gémeaux ou la maîtrise de l’environnement

L’énergie des quatre Bras de la Croix se meut constamment d’un bras à l’autre. L’Expérimentateur, au centre, active sans cesse et simultanément chacun des bras au cours d’une journée et de la nuit. Évidemment, certains sont plus réceptifs que d’autres à la synergie de la Croix. Si la synthèse est propice au Sagittaire, la versatilité sied aux Gémeaux. Pour survivre en tant qu’otages, Édith et Luca doivent aussi puiser aux énergies de ce bras, lequel leur permet l’apprentissage de la langue des ravisseurs. Cette capacité à pouvoir communiquer, ne serait-ce que minimalement, permet d’établir un pont de compréhension mutuelle, ce qui constitue un gain majeur de part et d’autre puisque les facultés du cœur commencent à entrer en fonction. «… j’essayais d’apprendre l’Al-Fatita par cœur et je faisais les cinq prières quotidiennes derrière les moudjahidines. De plus, je continuais à apprendre le tamasheq et Papatou me montrait comment devenir une bonne musulmane». [2] Lorsqu’il est investi dans ses plus hautes potentialités, le bras des Gémeaux incite à l’adaptabilité face aux circonstances. Et plus particulièrement ici, face à des conditions de vie très inhabituelles. Tous les terriens doivent apprendre cette leçon qui incite à briser la monotonie des habitudes. Bien sûr, vu le contexte, l’inhabituel en tant que vécu est imposé, mais il constitue un gain majeur pour les otages. Car le bris des habitudes stimule la créativité. Les captives brodent. Édith construit une sculpture amérindienne, s’invente un univers spirituel propice à sa survie, conjuguant Yoga et prières prescrites par l’islam. Ainsi, l’adaptabilité dans l’épreuve devient un acte de pure créativité, un acte de re-création permanente s’arc-boutant sur un sens de l’observation ultra raffiné. Deuxième leçon : apprendre l’art de l’adaptabilité en toutes circonstances.

Le Centre de la Croix

Au centre de la Croix, les Expérimentateurs que sont devenus Édith et Luca, devront puiser dans le Calice des accumulations passées l’énergie nécessaire à leur survie. En d’autres termes, le point focal situé au centre de la Croix stimulera les acquis antérieurs comme l’endurance, la détermination, le courage, le triomphe sur la peur et la volonté de retrouver la liberté. Mais le point fondamental reste l’Amour, cette force prodigieuse qui relève de la Loi d’Attraction et sans laquelle l’évasion n’aurait jamais été possible. Édith livre en quelques phrases comment la Loi d’Attraction l’a fait entrer en résonance avec Luca. En psychologie spirituelle, cette étape est appelée la Reconnaissance d’âme immédiate. «Vous savez, lorsque vous croisez quelqu’un qui va marquer votre vie, on dirait que la rencontre est électrifiée, comme habitée d’une présence particulière qui illumine l’instant d’un premier échange. C’est ce qui m’est arrivé le jour où j’ai rencontré Luca». [3] Mais pour qu’une telle attractivité soit rendue possible, Édith et Luca devaient être sur le même rayon d’âme ou de personnalité, ou encore être sur une ligne de rayon complémentaire. C’est pourquoi l’attraction joua si fort pour eux. Il s’agit d’une pulsation d’âme, une connexion immédiate d’aura à aura. Et cette connexion de tous les instants avait le mérite d’augmenter leur pouvoir. En effet, lorsque deux êtres sont profondément unis par l’amour-amitié, leur pouvoir s’en trouve augmenté de sept fois. Or, la décision finale de s’échapper du joug de leurs ravisseurs a été prise à la suite d’une parfaite concordance en mutualité, chacun se trouvant à encourager l’autre. Chacun faisant résonner sa note-clé en une invincible harmonie directrice. Dès lors, tout devenait possible. La réussite avait été décrétée dans leur cœur. Ils marchaient au-delà de la peur du danger, leur seul gage de victoire possible. Mais tout compte fait, il est inopportun de considérer la réussite ou l’échec du moment, car ce n’est qu’en projetant les faits vers le futur qu’on peut être certain de leur valeur. Ainsi se façonne le devenir. Si l’histoire d’Édith et de Luca débute sur une prescience «ratée» du danger, elle s’est transformée en victoire finale puisque l’obstacle a été surmonté. À chacun des jalons de leurs péripéties, des gains de tous ordres ont été remportés. Troisième leçon : toujours s’appuyer sur la Force de l’Amour.

Le bras de la Vierge ou la renaissance en potentialités

Le troisième bras de la Croix Mutable s’articule dans le signe de la Vierge. Métaphoriquement, la Vierge symbolise la caverne (les entrailles de la terre) où les mystères sont dévoilés. La Vierge donne toujours naissance au Fils (l’âme) au plan spirituel. Signe matériel, la Vierge œuvre avec la Matière et la façonne à son gré. Les pains des otages sont cuits, enfouis sous la terre, dans des fours de sable chaud. L’analogie reste concordante. La tente ou les abris successifs deviennent autant de cavernes au sein desquelles les prisonniers doivent apprendre à vivre, à jeûner, à méditer. Le jeûne et le silence aiguisent les perceptions supérieures –du moins pour un temps– et constituent un émollient de premier ordre pour la vie du cœur. La compréhension, la compassion commencent à remplacer la colère et la révolte. Le bras de la Vierge rend l’épreuve plus difficile, car dans ce processus le Fils, l’Âme, doit naître. La Lumière de l’Âme doit vaincre les défaillances de la personnalité. La Vierge incite par ailleurs au discernement des valeurs. Considérons le nombre de jours vécus en captivité : 450 au total. L’addition de chaque chiffre nous donne neuf. Or, neuf est le nombre de l’Homme, le nombre de l’Initiation en ce qui concerne l’Humanité. Ce voyage –funeste en apparence au début– se transformera peu à peu en un itinéraire initiatique.

Avant de partir pour l’Afrique, Édith remettait totalement en question les modèles de vie occidentale desquels elle tentait de s’affranchir. «Je voulais éveiller l’endurance et la débrouillardise qui sommeillaient en moi».[4] Nul autre signe que la Vierge ne parvient à renforcer le «système D», car les énergies de ce signe font autant appel aux facultés mentales qu’à l’ingéniosité manuelle proposée comme défi par un quotidien hors norme. Quatrième leçon : apprendre à discriminer les valeurs.

Le bras des Poissons ou le travail rédempteur

La Loi du Sacrifice demande que l’Humanité fasse le don de ses meilleurs éléments. Les Porteurs de Feu dépeints dans ce récit, tous otages, ont pris l’engagement de servir l’Humanité. Les compagnes de détention d’Édith appartiennent à cette catégorie, même si leur sort reste peu enviable. Édith, pour sa part, apportera son travail rédempteur en narrant chaque étape de son voyage initiatique à ses lecteurs. Ce travail révèle une grande noblesse de cœur. Expliquons pourquoi.

Les Poissons forment le quatrième bras de la Croix Mutable. Ils agissent à un niveau supérieur, car les types Poissons, hommes et femmes –lorsqu’ils assument leur mission spirituelle– sont des Sauveurs d’Hommes. Il s’agit de leur mission première et ce, peu importe l’échelle de leur service planétaire. Dans le Cosmos, le grand et le petit sont relatifs. Sauver, soulager, manifester la compassion, prendre sur soi-même le fardeau d’autrui, tout cela s’inscrit dans le Grand Livre des Poissons. Le rachat et la rédemption appartiennent à ce bras. La leçon spirituelle proposée par les deux otages, et plus particulièrement par Édith, se traduit par la transmutation de la conscience qui passera de la conservation de soi-même en service altruiste du monde, si petit soit-il dans cet espace fermé appelé détention. Édith reste toujours soucieuse de la survie de ses consoeurs, même si sa marge d’action est limitée. Et ce travail de compassion s’avère réciproque. Cependant, là où le corps ne peut aider, la pensée généreuse, elle, peut faire le travail de compassion.

Édith et Luca doivent leur liberté à l’Ange-Gardien qui, lui aussi, accomplit un acte héroïque, au sacrifice de sa vie peut-être, en distrayant l’attention des chercheurs d’otages. «Quant au vieillard, il semblait comprendre la gravité de la situation; il s’est avancé sur la banquette pour nous dissimuler aux yeux du moudjahidine. […] L’Ange-Gardien avait dû mentir à l’autre type et, ce faisant, il nous avait aussi sauvé la vie[5] Ainsi fut accompli un acte de pure abnégation. Ce passage capital qui marque la fin de la captivité constitue une belle leçon spirituelle. L’Agni Yoga dit de la Providence qu’elle accorde ses faveurs à celui qui, par le passé, a toujours su conserver une parfaite droiture. Alors que d’autres innombrables Terriens ne peuvent rien contre la fatalité qui semble s’acharner contre eux –en raison d’un ancien karma négatif non racheté– le juste, lui, s’en tire comme un miraculé. L’Amour est action (karmique) réparatrice. Encore ici, la notion de chance s’avère irrecevable, car l’homme ou la femme ne font qu’engendrer leur propre karma, fruit de tous leurs accomplissements passés. Ce qui signifie que l’Expérimentateur agit constamment sur les quatre bras de la Croix et que d’autres énergies interagissent constamment elles aussi, dans le même temps. En vertu de la loi des correspondances, le semblable attire le semblable. La bonté ou la noblesse de cœur attire ainsi la bonté. Cinquième leçon : comprendre la puissance du cœur rédempteur.

Le don du meilleur à l’Humanité

La parution de ce récit initiatique constitue un acte de service envers l’Humanité. Il faut savoir que les mots parcourent l’espace et peuvent «sauver des vies». Il faut savoir que tout cet assemblage de poésies, d’aquarelles, de photos et la drama narrative forment un Tout de connaissances, favorisant des expansions de conscience chez le lecteur. De la sorte, chacun peut se demander ce qu’il aurait fait à la place d’Édith et de Luca. Qu’aurait-il fait à chacune des marches de l’épreuve ? Aurait-il réussi à surmonter l’épreuve ou aurait-il failli ?  Au tréfonds de lui-même, chacun peut répondre. Mais gardons surtout en mémoire que celui qui cherche à s’élever en perfection influence son entourage. Alors, quelqu’un peut-il s’élever ou descendre pour son propre profit ? Non.

«En vérité, personne ne peut agir sans influencer son entourage. Non seulement, on brasse les différentes couches de l’atmosphère, mais littéralement, on entraîne ses proches. Aussi, l’homme doit réaliser sa responsabilité envers l’Humanité. En élevant sa compréhension [de l’expérience], il apporte une aide substantielle à quelqu’un». [6] D’où l’utilité manifeste de cet ouvrage. L’inflorescence des pensées bénéfiques réparties tout au long du récit constitue une fleur flamboyante de l’esprit. À cet égard, nous ne pouvons qu’avoir de la gratitude envers l’auteure, les protagonistes du récit, les bourreaux, les prisonniers et les sauveteurs. Gratitude envers ces ciels flamboyants, ces nuits constellées, ces sables aveuglants, ces vents déchirants et tout ce jeu du Grand Livre de la Vie qui engendre à chaque respiration un entrelacement irrépressible de causes et d’effets. C’est à ce prix que l’Expérimentateur au centre de la Croix devient l’Observateur du principe spirituel duquel procède toute action corporelle. Quand les cœurs s’assèchent, les déserts apparaissent, privant la vie des eaux fécondantes de l’Esprit. Mais il y a toujours une riposte à l’avancée des déserts (du cœur), car les nuages les plus éthérés invitent toujours à s’abreuver à leur étage. Le Sablier a réussi ce pari.

Bibliographie

Blais, Édith (2021), Le Sablier, Éditions de l’Homme, Montréal, 287 p.

Association Agni Yoga (1988), Agni Yoga, Vincennes, 477.

[1] Blais, Édith, (2021), Le Sablier, Éditions de l’Homme, Montréal, p. 241.

[2] Idem, p. 203.

[3] Idem, p. 25.

[4] Idem, p. 22.

[5] Idem, p. 250.

[6] Association Agni Yoga (1988), Agni Yoga, Vincennes, p. 124.

 

Tous droits réservés – René Le Brodeur – 23 mars 2021

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