UNE HISTOIRE VÉCUE AVEC GRIFFONNE ET PETITE MINETTE

Une histoire vécue avec GRIFFONNE ET PETITE MINETTE

Par Jean Chatillon


Le 3 mai 1980, vers 18 heures, Myssa finit par accoucher d'une portée où se trouvaient deux jolies chatonnes habillées de blanc avec des morceaux irréguliers de noir.

Contrairement à d'autres qui montèrent au ciel tout droit, celles-ci nous séduisirent et nous les avons gardées pendant leur vie entière.

Avec elles, je pris un fameux cours de psychologie féline !

Je connaissais depuis longtemps les deux tempéraments qui divisent les humains : les extravertis (appelés aussi « visuels ») et les introvertis (appelés aussi « auditifs »).

Il me restait à découvrir que ce phénomène existe pareillement chez les animaux.

Car les deux minettes – bien que nées ensemble – s'avérèrent aussi différentes que possible.

La première était impulsive, d'un caractère massacrant, toujours prête à griffer ou à mordre.

Elle prit très vite le chemin de l'extérieur et devint une redoutable chasseuse de taupes !

Et le nom de GRIFFFONNE lui fut donné.


La seconde était lente et secrète, tout en douceur et en affection, sans la moindre trace d'agressivité.

Malgré les efforts de MYSSA, elle ne resta pas dehors et passa le reste de sa vie dans la maison, sans jamais chasser.

Et le nom de PETITE MINETTE lui fut donné.

Les chats sont un peu comme des enfants. Il faut les accepter tels quels. Et je peux dire que j'ai bien aimé ces deux minettes, en respectant leur diversité.

Mais, comme cela arrive dans les meilleures familles, j'avais une harmonie plus forte et naturelle avec l'une des deux. Devinez laquelle…

En premier lieu, nous avions exactement le même tempérament et nous nous comprenions sans avoir besoin de rien dire, par quelque mystérieuse chimie.

Puis, quand les autres sortaient à l'extérieur, elle restait toujours avec moi, dans la maison où la maladie me cloitrait de plus en plus.

Ainsi, je passai beaucoup de temps avec elle, et des heures souvent difficiles à vivre qu'elle me rendait plus légères avec sa bonne humeur.

Bien souvent, je la prenais dans mes bras et je lui disais : « Viens, nous allons regarder ce qui se passe dehors… » Elle adorait cela et se mettait à ronronner en voyant les choses d'un autre angle au milieu des grandes fenêtres.

Il lui arrivait très rarement (dans le bout de la pleine lune !) de « sortir en folle ». Elle partait à la course pour faire le tour de la maison deux ou trois fois puis rentrait aussi vite. Là n'était pas son monde.

Chère Petite Minette…

J'aurais des tas de souvenirs sur ces deux chattes. En voici quelques-uns.

- Griffonne avait à peine deux mois quand un mulot se risqua dans la maison.

Elle l'attrapa en moins de deux et vint fièrement nous le montrer. Elle était à peine plus grosse que lui !

Plus tard il m'arriva souvent de prendre une marche avec elle.

Rien de tel pour s'apercevoir à quel point nos sens sont atrophiés par rapport à ceux des animaux.

Dès qu'elle mettait le nez dehors, elle ressemblait à un radar vivant.

Elle voyait tout, entendait tout, sentait tout… alors que, la plupart du temps, je ne percevais rien. Moi qui croyais avoir au moins un sens plus développé que la moyenne !

Quand un chat regarde fixement au loin, il y a toujours quelque chose. Que l'on finit par trouver en y mettant de l'attention.

Oh combien la nature nous semblerait différente et plus intéressante si nous l'abordions avec des sens aussi aiguisés ! Sans doute cesserions-nous de nous percevoir comme coupés d'elle.

- Petite Minette m'enseigna aussi une autre chose extrêmement précieuse.

Comme elle était dépourvue d'agressivité, personne n'avait peur d'elle… et elle n'avait peur de personne !

Quand nous eûmes un gros chien, puis deux, elle alla les voir sans que ne se produisît aucune réaction d'hostilité. Alors que les autres chats avaient gagné des cachettes sures et grognaient à-qui-mieux-mieux.

C'était pareil quand quelqu'un passait la balayeuse. Ce grand tapage effrayait tous les autres mais pas elle qui restait bien tranquille sur mon lit.

- Un bon jour, les deux chattes accouchèrent simultanément !

Et notre population s'augmenta soudain de dix nouveaux arrivants !

Mais, bien vite, les deux mères se partagèrent l'ouvrage et s'occupèrent à tour de rôle de n'importe quel chaton.

Ce fut un spectacle aussi rare qu'édifiant.

Cadences…

Louis XIV disait : « Les rois ne sont pas malades… ils meurent, voilà tout. »

Les félins, qui sont les rois du règne animal, pourraient en dire autant.

Aussi longtemps que je vivrai, je n'oublierai jamais la bouleversante journée du 26 septembre 1994.

Poucette, dont je reparlerai plus loin, venait d'arriver ici. Et Petite Minette semblait bizarre depuis quelques jours.

Rien d'alarmant : elle passait ses journées à dormir près du calorifère du salon. Je crus qu'elle boudait un peu la petite nouvelle.

Jusqu'à ce matin du 26 où, me levant vers 9 heures, je la vis venir vers moi avec le poil défait et les yeux vitreux. Je devins soupçonneux.

Au déjeuner. Elle qui mangeait toujours avec appétit ne toucha à rien. Elle semblait incapable d'avaler quelque chose. Puis elle se recoucha, et l'inquiétude me prit pour de bon.

Son état s'aggravait d'heure en heure. J'étais seul et sans transport.

Que faire ? Sinon lui prodiguer le meilleur de mon affection, lui donner des petits massages, lui changer les idées en la faisant regarder par la grande fenêtre, etc. Elle appréciait, mais ne prenait pas de mieux.

Vers 17 heures, m'étant étendu un peu, je la vis qui m'implorait de ses beaux yeux et qui miaulait doucement. Ces petits êtres nous prennent sans doute pour des dieux… et je ne pouvais plus rien.

Elle avait lutté jusque là, mais ensuite elle alla se coucher par terre dans le débarras et s'abandonna à son sort. Je lui tins compagnie et elle ronronnait très faiblement.

Je rejoignis enfin ma compagne qui, à 19 heures, vint la chercher pour un voyage chez le vétérinaire. J'ai senti qu'elle ne reviendrait pas.

Mais je gardais un faible espoir… Au lendemain matin, on m'appela de la clinique pour m'annoncer son décès pendant la nuit. Elle avait 14 ans et 3 mois.

Je pleurai toutes les larmes que j'avais…

...

Griffonne resta seule parmi cinq autres chats plus jeunes

Elle avait un sens très aigu de son rang d'ancienneté et défendait avec succès son titre de Reine du Foyer ! Les familiarités déplacées se voyaient rabrouées.

En vieillissant, elle devint plus douce et je ne l'en aimai que davantage.

Elle sortait encore la nuit, puis revenait vers les 3 heures se coucher sur le rebord extérieur de ma fenêtre de chambre.

Bien souvent, je me suis levé pour la faire entrer et lui permettre de passer le reste de la nuit sur mon lit, avec un petit plat de graines sèches que j'avais préparées.

Elle appréciait beaucoup ce rare privilège et, après avoir mangé, s'endormait… généralement couchée sur mon ventre !

Pour son âge, elle semblait bien. Même si le vétérinaire nous avait dit qu'elle avait quelque chose au cœur.

Ses aventures durèrent encore pendant deux années. Jusqu'à ce jour du 20 octobre 1996, où il y eut encore un très bel Été des Indiens.

Elle voulut sortir pour chasser. Puis revint, pour sortir à nouveau deux autres fois.

À la nuit, elle n'était pas rentrée. Et, le lendemain, pas de nouvelles. Mon inquiétude croissait avec le temps.
J'envoyai un voisin faire le tour des lieux. Il ne trouva rien et jamais on ne la revit. Elle avait 16 ans et 4 mois.

Je la pleurai aussi, mais j'étais content qu'elle ait fini dans son Royaume, ce bois qu'elle aimait tant et connaissait comme personne.

Jean Chatillon

Une brève présentation de l'auteur par la rédaction

Jean Chatillon, l'auteur de cette histoire de deux jumelles chattes nées le 3 mai 1980 vers 18 heures, près de Nicolet, est un compositeur et un ermite sympathique. J'ai pris cet extrait pour le confier à l'attention des astrologues qui voudraient tenter d'expliquer pourquoi Griffonne et Petite Minette ont des tempéraments si différents. Avec leurs coordonnées de naissances et celles de l'auteur, les astrologues intéressés auraient tout ce qu'il faut pour en tirer quelques réflexions et commentaires utiles en ce qui concerne l'application de l'astrologie au cas des animaux de compagnie. J'ai pensé ajouter une page qui donne quelques indices supplémentaires aux astrologues qui voudraient faire les rectifications horaires des naissances qui expliqueraient leurs tempéraments si distincts. Aussi la carte du ciel de l'auteur ci-jointe devrait faciliter les liens de correspondance entre les chattes et l'expérience vécue de l'ami des chats; ce qui ne l'a pas empêché de poursuivre sa carrière de compositeur de musique.

Le texte ci-haut et la page qui suit sont extraits d'un recueil écrit par Jean Chatillon, et intitulé :

Aventures chez les chats.

En voici encore une page écrite en février 1982 et intitulée : "Une erreur de la nature", décrivant la naissance des deux chattes en question :

« Quand son temps fut accompli, après soixante-trois jours bien comptés (bien qu'elle ne sut absolument pas compter !), Myssa laissa sortir d'elle deux petites chattes noires et blanches.

Comme l'évènement était nouveau dans la maison, chacun observait avec attention ce qui se passait et baptisait au fur et à mesure des naissances.

La première qui parût, nommée Griffonne, suscita des commentaires élogieux sur la belle répartition de ses taches d'ombre et de lumière.

Mais, à la seconde, appelée Petite Minette, les gens autour de la boite se regardèrent et dirent : « Ce n'est pas possible ! »

Car elle avait l'apparence d'une sorte de casse-tête où les morceaux auraient été placés n'importe comment. « Un vrai Picasso… lança quelqu'un ». « Et encore, dans ses mauvais jours, ajouta un autre ».

Mais, fort heureusement, personne ne songea à trier les minettes sur leurs mines. On laissa vivre les deux, et ce fut bien ainsi.

Car Griffonne mérita plutôt bien son nom, étant d'un naturel peu sociable et assez prompte à jouer des pointes.

Alors que Petite Minette se révéla fine et douce comme pas une, avec rien de malaisé et tout en affection. La plus aimable petite chatte que la terre eut portée.

Fait étrange : elle ne possède pas de miroir et personne n'a pu la renseigner sur son apparence.

Donc Petite Minette se pense belle… et agit comme telle. Cela ne lui a jamais causé le moindre problème, et nous avons même fini par la trouver très jolie !

Je n'essaierais pas cependant d'en dessiner une autre dans le même style. La Nature seule connait le secret d'assembler en beauté des choses aussi déroutantes et de nous les faire aimer… » (fin de la citation)

Voici en pièces jointes : en photos, Griffonne

puis, Petite Minette (les deux photos seront installées bientôt)

Une carte du ciel représentant leur heure de naissance présumée. Mais vous savez qu'on ne peut naitre au même moment, n'est-ce pas ?

La carte du ciel de Jean Chatillon :