Parmi les mystères de 2012

Parmi les mystères de 2012

Par Donat Gagnon

2012 serait-elle une année charnière marquant un tournant dans  la compréhension générale de l’avenir du monde ? Peut-être; et pourquoi pas ? On dit que biens des choses, bien des comportements doivent changer. Des événements tout à fait inattendus et imprévisibles forcent les humains à certains moments, à changer d’idées, d’option, à déménager ou à disparaître. L’environnement terrestre dans lequel nous avons élu domicile peut nous y contraindre. Vivre sur la Terre comporte bien des risques; mais l’aventure n’en vaut-elle pas le coût ?

L’histoire de la Terre nous renseigne sur la disparition d’espèces vivantes attribuables à des cataclysmes causés par des astéroïdes, ou par l’explosion de super-volcans.  Notre époque sera-t-elle exemptée de connaître ce genre de catastrophes ? Les inventions technologiques en vue du confort de l’homme et de sa sécurité sur terre sont-elles des garanties de longévité de l’espèce ? Il faut mettre dans la balance les facteurs qui favorisent le bonheur de l’aventure humaine ici-bas comme ceux qui peuvent l’entraver. Par exemple la folie humaine dans l’usage de la puissance et la perte de contrôle de soi pourraient compromettre l’avenir de l’homme. On peut encore paraphraser François Rabelais et dire, “science sans conscience n’est que ruine de l’âme.”  Depuis longtemps nous avons été prévenus que le facteur destruction concerne aussi les dimensions psychiques invisibles. Pour cerner l’étendue des questions soulevées par le titre proposé, quatre voies d’approche ou quatre perspectives complémentaires nous paraissent utiles pour rencontrer des signes d’espérance.  En voici l’annonce : 1) Le point de vue scientifique sur les années que nous traversons présentement; 2) L’Apocalyse de saint Jean; 3) Le calendrier Maya; 4) La Vierge (Guadaloupe) du Mexique.

En première partie : Le point de vue scientifique sur les années que nous traversons présentement.

Ici, nous nous plaçons dans la perspective du géophysicien qui observe ce qui se passe sur notre planète en vue d’une connaissance qui pourrait servir aux habitants de la Terre; la perspective de l’astrophysicien est semblable, à l’exception qu’elle s’élargit à l’étude du système solaire et plus loin jusqu’aux galaxies. Aujourd’hui, on peut avoir accès à ces recherches par de nombreuses publications électroniques et papiers. Les technologies satellitaires actuelles d’observation et de retransmission des données sont extrêmement sophistiquées, mais de bons vulgarisateurs arrivent tout de même à nous les faire partager. Nous prenons connaissance de messages inquiétants parfois.  Au sein des éléments terrestres et extra planétaires, il y a de quoi nous faire sentir notre fragilité devant l’éventualité de volcans en danger d’explosion, ou d’avoir à subir une pluie de météorites ou un astéroïdes de moyenne dimension qui mettraient fin à notre aventure terrestre.  

Il convient de préciser que ce n’est pas le rôle du scientifique de mettre du sentiment dans la présentation et l’interprétation des faits. Mais même une présentation insensible des faits naturels et industriels peut quand même provoquer l’état de panique. Je pense spécialement à la série télévisée Scénarios catastrophes dans laquelle on met en route certaines hypothèses plausibles pour nous donner à voir les effets possibles sur les populations. Dans une émission portant sur l’arrêt de l'exploitation pétrolière, on a imaginé les conséquences à court et à moyen terme sur le  complexe industriel qui repose sur ce type d'énergie, de même que le transport des vivres et des combustibles. Le document télévisé a fait sentir avec un certaine intensité l’état de panique qui, dans cette éventualité, s’emparerait de la population mondiale. Le nerf rompu de nos moyens modernes de production peut provoquer une catastrophe planétaire, si on tient compte du niveau sans précédent de la population humaine. Les ressources sont limitées et la stabilité n’est pas assurée, et de nombreuses autres causes pourraient bouleverser nos habitudes et nos vies. On ne pourra pas toujours entretenir le même niveau d’illusion.

La terre n’est pas hospitalière au point de penser s’y installer à perpétuité. Dans le passé de nombreuses espèces sont disparues des suites de la chute d’astéroïdes, de l’éruption de super volcans, de glaciation, d’inondation majeure. La dernière glaciation a pris fin, il y a 11 500 ans environ, preuve que de grande étendues terrestres étaient inhospitalière à la vie humaine. Le réchauffement actuel de la planète constaté aujourd’hui et pourtant ignoré par la plupart vingt-cinq ans passés montre comment des changements importants sont en train de se produire. Les prévisions les plus pessimistes ont été dépassés par les événements. Les tremblements de terre augmentent en nombre et en intensité. On disait dans le passé, un siècle pour un tremblement de terre de 9 sur l’échelle de Richter; aujourd’hui c’est deux en dix ans. Les supers volcans sont toujours là en dormance. Espérons que la folie humaine n’ira pas jusqu’à provoquer leur réveil. Les déchets nucléaires sont là aussi en attente de leur dispersion dans l’environnement par une action soudaine imprévisible ou désirée par quelque fanatisme.

En soi, l’augmentation du magnétisme terrestre est plutôt une bonne nouvelle, car cela prouve que la terre a encore des moyens de défense pour résister à ce qui l’agresse, par exemple les particules chargées de rayonnement solaire qui affectent la terre périodiquement et qui peuvent mettre en panne le système satellitaire et électronique de la planète. Cela pourrait être une catastrophe possible causée par ce qui vient du ciel, sinon de l’intervention de l’homme. Quant aux ouragans de grande force, tel Katrina, les observations des chercheurs semblent confirmer le lien qu’ils ont avec la puissance des taches solaires dont la périodicité est de 11 ans. Il s’agit d’un cycle avec baisse et hausse  d'intensité. Par exemple, en 1989, c'était la période de haute intensité du cycle; c’est à cette époque que Hydro-Québec a connu des problèmes d’interruption du réseau de distribution électrique en raison des éruptions solaires. Par contre, en septembre 2003 et Halloween 2005, en pleine période de basse intensité, alors qu’on s’attendant à une période de calme sur l’empire du Soleil, il y a eu des éruptions solaires qui dépassaient même les sommets de périodes de haute intensité. Autrement dit, un recors d’éruption solaire de forte intensité a été atteint alors que le cycle était en période de basse intensité. “Pour le 4 novembre 2003 : Pour la première fois de mémoire d’astronome, deux taches de la taille de Jupiter était apparues sur le Soleil simultanément. Le point culminant fut atteint le dernier jour (4 novembre 2003) avec l’éruption la plus vaste jamais enregistrée : un X28 (dans le jargon des mesures d’intensité des éjections solaires.) Si l’éjection de masse coronale qui s’ensuivit avait été dirigée vers la terre, elle aurait réduit à néant notre réseau de satellites de télécommunications et de surveillances militaires.”(Lawrence E. Joseph, L’Apocalyse 2012 : Une enquête scientifique des catastrophes annoncées; glas de notre civilisation ou avènement d'une nouvelle ère ? Édition Michel Lafon pour la traduction française de l'américain, 2007 et 2012, 302 pages, pp. 129-130). À titre de comparaison, en 1989, une éruption X19 avait déclenché une tempête solaire qui frappa et grilla pendant plusieurs heures le réseau électrique Hydro-Québec. En se basant sur ces relevés, les astro et géophysiciens étaient fortement tentés de penser : à quoi doit-on s’attendre quand on sera en période de haute intensité vers 2011-2012-2013 ? À cette question, une équipe de spécialistes du Soleil du Centre national de recherche atmosphérique Boulder, dans le Colorado, confirmait ce que beaucoup avaient fini par soupçonner : “Nous prévoyons que le prochain cycle solaire sera de 30 à 50 % plus violent que le précédent, déclara Mausumi Dikpati”. (Idem, pp.132-133)

Mais pourquoi ces augmentations en nombre et en intensité de ces taches solaires ? C’est que le Soleil lui-même se réchauffe. Mais pourquoi se réchauffe-t-il ? Un géophysicien de l'académie russe des science qui se nomme Dr Alexei Dimitriev a étudié cette question durant trente ans et un autre russe du nom de Vladimir B. Baranov avec toute une équipe y compris des occidentaux sont arrivés à la conclusion que tout le système solaire se réchauffe. Et pourquoi se réchauffe-t-il ? Parce qu’il traverse une zone de turbulence dans son parcours autour de la Galaxie. Le soleil lui-même est en travail du fait que le système solaire est en train de traverser un nuage d’énergie et de poussière interstellaire. Il se produit un phénomène d’onde de choc devant le système solaire semblable aux flammes enveloppant l’avant et les flancs de la navette spatiale à sa rentrée dans l’atmosphère, “à la différence que d’énormes quantités d’énergie sont injectées dans le milieu interplanétaire, bouleversant le comportement du Soleil et le champ magnétique terrestre, voire exacerbant le réchauffement planétaire que nous connaissons actuellement. (Idem, p. 168)

Dimitriev aurait découvert l’onde de choc en analysant les données envoyées par la mission Voyageur depuis les confins du système solaire. Les deux satellites Voyageur I et II lancés en 1977 ont transmis durant une décennie des informations détaillées… sur l’environnement magnétique des planètes et leurs satellites, puis se sont dirigés en 1988 vers l’héliopause, frontière entre le système solaire et l’espace interstellaire à quelque 16 milliards de kilomètres du Soleil” (Idem, pp. 168-169)  Les informations recueillies sont précieuses pour comprendre un peu mieux le comportement terrestre et du système solaire. Ce qui est surprenant, c’est qu’on trouve aussi des signes de réchauffement des autres planètes du système solaire. Par ailleurs, "bien que le Soleil soit au centre de l'héliosphère (en somme tout le système solaire plus les 40 millions de kilomètres de l'onde de choc), et donc le plus éloigné de l'onde de choc, il est beaucoup plus sensible aux apports d'énergie que les planètes." Simplement parce que "le Soleil ne peut pas absorber et dissiper aussi efficacement que le matériau dur et froid des planètes. En conséquence, même les premiers apports d'énergie relativement faibles de l'onde de choc ont un impact significatif sur le Soleil. Or comme le souligne Dimitriev, ce qui perturbe le Soleil nous perturbe." En somme, la Terre subit l'impact de l'onde de choc directement, mais aussi indirectement en conséquence de l'agitation qu'elle provoque dans le Soleil. (Cf. p. 172)

Par ailleurs, les mêmes chercheurs reconnaissent et osent avancer l'hypothèse que les planètes exercent une certaine action sur le Soleil, non au point de le faire dévier de sa route mais en créant des mouvements dans sa masse en fusion gélatineuse. Les aspects de la carte du ciel dont on connait les effets sur Terre pourraient, semble-t-il, se concrétiser sur le Soleil. C'est là, me semble-t-il un certaine preuve de la loi d'interaction, déjà reconnue dans certaines traditions philosophiques et spirituelles.

Dans le même ordre d’idée, il faut dire deux choses encore sur le cycle du système solaire au sein de la Galaxie. Les observatoires de l’armée anglaise et de l’armée américaine ont rapporté et même célébré l’alignement du système solaire avec le plan galactique et le Centre de la Galaxie qui s’est produit en 2011. Il s’agit d’un événement marquant comme une planète ou la Lune qui passe par leurs nœuds. Il faut dire que la périodicité d’un tel passage autour de la Galaxie est extrêmement longue, donc c’est très exceptionnel et digne d’attention, puisque c'est comparable au franchissement de la ligne d'équateur céleste de la Terre par le Soleil au moment des équinoxes de l'automne et du printemps. C'est un changement d'hémisphère susceptible d'interprétation et de transformation.

D’autres sources parlent aussi d’un rapprochement du système solaire du Centre de la Galaxie en raison de son orbite elliptique. Ce fait est tout aussi exceptionnel que le précédent et pourrait avoir une signification énergétique.

Au XIe siècle saint Malachie avait formulé une longue série de devises applicables aux Papes qui se sont succédé jusqu'à aujourd'hui. Curieusement ces devises conviennent souvent bien à certains traits des Papes catholiques. La devise latine pour le règne de Jean-Paul II était de labore solis, qui signifie de l’ardeur ou du travail du Soleil. Les recherches sur le Soleil et les causes du réchauffement se sont intensifiées justement pendant le pontificat de ce Pape. Aussi, Jean-Paul II a été reconnu pour sa personnalité solaire, étant lui-même né sous un Lunaison, et pour sa grande capacité de travail, n’est-ce pas ?

Donat Gagnon, 22 septembre 2012.


Deuxième partie : La perspective de l'Apocalypse de saint Jean

Le constat scientifique des problèmes de notre Terre et de son environnement élargi au système solaire nous amène à poser cette question : Serions-nous déjà entrés dans une phase de transformations majeures qui échapperaient au contrôle des hommes ? Dans un tel contexte que nous est-il permis d’espérer ?

D’après ce que la science nous fait connaître avec ses outils d’observation sophistiqués et d’après le spectacle des cinéastes et auteurs de science fiction, nous sommes en droit d’affirmer que les nouveaux adeptes du genre apocalyptique ce sont eux. Mais jusqu’où nous mènent-ils ? On voudrait trouver du sens dans les films produits dans le genre qu’on n’y parviendrait pas la plupart du temps, parce que le message est enterré dans un clicquetic d’armes, d’explosions, d’accidents, de lamentations de toutes sortes qui n’ont rien à voir avec la beauté, ou la recherche de la vérité pleine et entière. On nous présente un tableau de destruction, de fin du monde, en laissant le spectateur sans repères sérieux qui lui permettraient de dépasser une interprétation de premier degré. C’est l’image de la destruction brutale où les êtres vivants ne valent plus rien, sinon quelques héros survivants et nécessaires pour repartir l’espèce. Paradoxalement et au même moment, dans un autre genre de cinéma, on produit des films dans lesquels le tribunal est devenu le lieu de la montée des enchères pour faire payer le prix fort de la valeur d’un humain. Ces deux exemples démontrent à quel point on a perdu le sens de la qualité humaine !

Les grands textes apocalyptiques doivent pourtant signifier tout autre chose malgré leur apparence catastrophiste. L’étymologie du mot apocalypse nous le suggère, en prêtant le sens de révélation au mot apocalypse. L’Apocalypse de Jean, par exemple, est vu comme un livre à mystère, un livre des secrets qui doivent être révélés, qui ne doivent plus être célés comme au temps du prophète Daniel mais révélés à certaines occasions, personnelles, historiques, collectives ou idéologiques. Les événements décrits dans ce livre apparaissent, il est vrai, dans un climat hautement dramatique; ils sont illustrés par des images matérielles qui prennent valeur de symbole. Précisons bien tout de suite que, si de telles images n’étaient interprétées qu’au premier degré (au niveau matériel), on ne pourrait pas parler de symbole dans ce cas et de clé d’interprétation pour saisir les messages qui concernent aussi les sphères de l’Âme et de l’Esprit. Pour qu’un mot ou une image ait valeur de symbole, il faut supposer que le mot ou l’image soit porteur d’un symbolisé qui transcende le sens premier ou matériel. L’image servant de point d’appui “matériel” à un contenu symbolique peut quand même être une construction imaginaire tout à fait légitime. C’est ce que nous allons voir d’abord avec le symbole du Dragon plusieurs fois mentionné dans l’Apocalypse de Jean.

Qui a déjà rencontré un dragon ? Je serais curieux d’entendre les réponses, étant donné la variété des utilisateurs de cette image symbolique chargée de sens assez différents les uns des autres. D’ailleurs le monde de l’imaginaire humain est capable de création de personnages assez convaincants pour amener plusieurs à se demander si c’est réel ou ce ne l’est pas. Les amateurs de jeux électroniques doivent en savoir quelque chose, de façon illusoire peut-être. Nous leur laissons le soin d’approfondir ce territoire ludique.

Dans certains cas, le dragon est construit à partir de mouvements observables dans la nature. Premièrement avec l’eau : au contact de la chaleur du Soleil, on sait que l’eau se transforme en humidité qui s’élève pour former les nuages dans l’atmosphère; puis, en se refroidissant, cette humidité va se condenser et tomber sous forme de pluie qui arrose le sol pour le bonheur de la végétation et de l’alimentation des êtres vivants sur terre. Ce cycle ascendant/descendant est une des caractéristiques du dragon. On a pu l’observer au spectacle final des derniers jeux olympiques tenus en Chine. Plusieurs personnes sous la carapace d’un long serpent rouge imitaient la marche du reptile en lui imposant des mouvements alternatifs ascendants/descendants, de gauche et de droite, Yin et Yang. On peut croire que ce dragon, qui est un symbole important de la Chine, veuille illustrer leur façon d’envisager la vie et d’imager les états ascendants et descendants de l’âme humaine. Ce serait faire insulte à la Chine de ne pas en respecter la perspective étroitement reliée à un contexte culturel  millénaire.

Deuxièmement, le dragon apparaît dans les descriptions des mouvements de la cosmographie du ciel : les planètes qui tournent autour du Soleil ainsi que leurs satellites le font normalement dans le plan de l’écliptique défini par le chemin du Soleil, mais il y a tout de même des inclinaisons des orbites respectives des planètes par rapport au cercle écliptique. L’endroit où l’orbite de la Lune traverse la ligne de ce cercle en montant de l’hémisphère sud vers l’hémisphère nord, se nomme le Nœud nord ou l’Ascendant de la Lune, autrement désigné par la Tête du dragon (☊); l’opposé de ce point à 180° est appelé le Nœud sud ou le Descendant de la Lune, autrement désigné par la Queue du dragon (☋). Les éclipses lunaires et solaires ne se produisent que lorsque la Lune est à son Nœud ascendant ou à son Nœud descendant. La période orbitale des nœuds de la Lune a une durée de 18,6 années. Par ailleurs, les planètes du système solaire ont chacune leurs nœuds mais le temps qu'il leur faut pour passer du Nœud nord au Nœud sud varie en fonction de l’étendue des orbites planétaires. Le Soleil en paraît exempté, mais pas tout à fait, puisqu’un phénomène cosmographique semblable se produit quand le Soleil traverse la ligne équatoriale de la Terre, projetée dans l’espace. Le point précis de la traversée de cette ligne vers le Nord est le point vernal marquant le début du printemps pour les habitants de l’hémisphère nord et le début de l’automne pour les habitants de l’hémisphère sud. Six mois plus tard la traversée de l’équateur se produit dans l’ordre inverse pour les deux hémisphères; c’est notre automne et leur printemps qui commencent.

Troisièmement, on voit quelquefois dans la grande peinture et aussi la sculpture, la représentation d'un dragon menaçant qui bloque une entrée et l'accès à un trésor. En particulier je pense au beau tableau que le peintre italien Paolo Ucello (Florence 1397 - 1475) en 1470.  Ce tableau a été reproduit dans le livre l'Homme et ses symboles par Carl Gustav Jung. Devant une image manifestement chargée de symboles ou exprimant un mythe, il faut d'abord observer les éléments de sa compositions. Sur le fond à gauche du tableau d'Ucello, on voit un grand rocher gris percé d'une caverne sombre à l'intérieur; sur la droite, le ciel est turquoise et s'y trouvent aussi des nuées tourbillonnantes qui dominent des nuages d'un noir impénétrable. En bas du même côté, un chevalier portant une cuirasse grise monte une selle rouge sur un cheval tout blanc et fougueux. De sa lance le chevalier semble tenir en respect le dragon vert très menaçant. Pourtant un femme élancée et délicate ne semble pas impressionnée, d'autant plus qu'elle tient en laisse ce dragon. Quelle interprétation tirer d'une telle scène ? Cette image représente possiblement la problématique assez complexe de l'être humain aux prises avec ses propres énergies dans le contexte de la poursuite d'un objectif spirituel. C'est un chevalier de l'esprit en quête de la sagesse (représentée par la dame). Il se pose la question : que faire de ses énergies ? Doit-il nier ses énergies physiques et psychiques, va-t-il les expulser de son être comme si elles n'en faisaient pas partie ? En bon chevalier de l'esprit monté sur son cheval qui lui sert de véhicule, il donne déjà la preuve d'une certaine maîtrise de soi en raison de la blancheur de son cheval qui n'a pas perdu pour autant sa vigueur à juger par son allure. Mais le chevalier est encore exposé à rencontrer d'autres résistances, dans les passions nouvelles, dans les empressements, les énervements, les ambitions parfois cause de violence; tout cela en vue d'un objectif noble représenté par la dame qu'il ne peut rejoindre tant qu'il n'a pas réussi à maîtriser le dragon, non pour le tuer mais plutôt le maîtriser. La dame vêtue de rouge et de vert (la couleur du dragon) qui tient le dragon en laisse en donne la formule. Voilà ce qu'est une image symbolique traduisant les évènements d'un vécu existentiel.

Dans le premier cas, on a pu constater que le dragon est une signature de la nature; dans le second, une signature de la cosmographie du ciel. Quant au troisième exemple, il nous a permis d'entrevoir une interprétation plus existentielle du dragon, du moins pour représenter les puissances de la psyché et de l'inconscient au sens de Carl G. Jung. En somme, il est important de saisir qu’un même symbole peut se prêter à plusieurs claviers et niveaux de signification.  En conséquence, il est indispensable de s’adapter à chaque contexte particulier pour en donner les interprétations adéquates.

L’Apocalypse de Jean (et la Bible dans son ensemble) est l’un de ces contextes particuliers qui peut donner des significations très originales au Dragon souvent nommé dans l’Apocalypse de Jean, et parfois sous différents vocables. L’Apocalypse de Jean est sans aucun doute le livre le plus énigmatique de la Bible, donc le plus difficile à interpréter; il l’a été souvent d’ailleurs par de grands esprits. Parce que ce livre fait partie des œuvres les plus religieuses et mystiques du christianisme, il convient d’en respecter l’intention spirituelle qui implique la foi. Mais il ne s’adresse pas seulement aux croyants. Il a une portée vraiment universelle dans son genre. Il met en scène les croyants et les tensions adverses qu’ils rencontrent. La problématique du Bien et du Mal y est franchement posée. Jean qui en est l’auteur serait aussi celui qui écrivit le quatrième évangile. Dans  son Apocalypse, il met en scène des personnages aux formes bizarres sorties de l’imaginaire. Nous en relèverons quelques uns qui peuvent aider à la compréhension d’aspects de la vie qui n’intéressent pas la science, que “l’homme ordinaire” veut ignorer et que l’homme sans foi ni loi préfère combattre. C’est un livre qui ne ménage personne. À cause de son caractère initiatique, il peut provoquer des prises de conscience radicales et fournir des clés pour interpréter le vécu actuel. Mais encore faut-il disposer des bonnes clés pour en comprendre les symboles. Un livre qui m’a aidé sur ce point particulier est celui de Philippe Plet, Les Grandes énigmes de l’Apocalypse. La clé des symboles. (Paris, Éditions Salvador, 2011). Allons-y d’abord avec la problématique du mal.

L’Apocalypse nous amène à comprendre qu’au delà du caractère brut, changeant du monde physique, il y a des facteurs d’ordre idéologique, sociologique, philosophique et même théologique parfois qui concourent à augmenter la somme d’épreuves ou de misère qu’on est obligé d’affronter en cette vie. Autrement dit, les problèmes de l’homme relèvent tout autant sinon davantage de la sphère psychique des humains que de la sphère corporelle. Dès lors, on peut comprendre que des auteurs sacrés aient besoin de créer des images fantastiques et symboliques pour traduire des problématiques de l’invisible. Le Dragon dans l’Apocalypse de Jean mérite d’être présenté par l’extrait suivant :

“Et apparut un autre signe dans le Ciel; et voici un grand Dragon rouge-feu, ayant sept têtes et dix cornes, et sur ses têtes sept diadèmes; et sa queue traîne le tiers des étoiles du Ciel. Et il les jeta sur la terre. Et le Dragon se tint devant la Femme qui allait enfanter, pour dévorer son enfant, lorsqu’elle l’aurait enfanté”. (Ap 12, 3-4)

(à suivre)                       

Donat Gagnon, 29 septembre 2012.

Les parties 3, 4 et la conclusion paraîtront prochainement à la suite de ce texte.