La fin des mondes

LA FIN DES MONDES

 

« Cette fois, c’est du sérieux puisque tous les signes concordent : alignement planétaire, retour de la mystérieuse planète Nibiru, inversion des pôles magnétiques de la Terre et, surtout, prédiction maya : la fin du monde est pour le 21 décembre 2012. Sans doute à sept heures ».

 

Cette information, trouvée sur Internet, est plus que sujette à caution sur le plan astronomique. En fait, elle sert d’introduction à un article autrement sérieux sur l’origine possible de cette date, mais résume assez bien les bruits qui courent sur Internet sur une fin du monde qui auraient été annoncée par les Mayas.

 

Reprenons un par un ces arguments :

 

-      Selon les explications fournies en abondance actuellement par les géologues, l’inversion des pôles magnétiques terrestres aurait lieu environ tous les 500 ans et serait  suscitée par une concentration importante des planètes dans le ciel. Il y en a eu plusieurs en une trentaine d’années, dont une majeure en 1982 et 1983 incluant toutes les planètes du système solaire. Un alignement aussi important, n’avait pas eu lieu depuis 1492. Mais il n’en existe aucun en prévision actuellement ni dans un avenir proche.

-      En outre, les variations, voire l’inversion,  des pôles magnétiques en question, liées à la composition du magma terrestre, n’ont rien à voir avec l’orientation Sud/Nord de l’axe de la Terre, qui pointe vers les constellations et par lequel se définit d’ère en ère notre étoile polaire. Cela devrait commencer à calmer l’angoisse de ceux qui redoutent, en se fiant à ces messages d’alerte, que la Terre se retrouve d’un seul coup tête-bêche.  

-      La mystérieuse planète Nibiru qui se promènerait de temps en temps dans notre univers sèmerait la plus grande pagaille dans l’orbite de nos belles planètes, et si cela s’était déjà produit… l’humanité s’en souviendrait.

 

La précision redoutable de cette soi-disant prédiction maya, jusqu’à en fournir l’heure exacte, fait cependant frémir et tchatcher d’autant, nombre d’internautes qui la propagent de site en site. Comme s’ils préféraient une bonne fin du monde une fois pour toutes et pour tous à la recherche de moyens plus habiles et plus humanistes de sauver notre univers terrestre.

 

J’ai du mal à y croire, et tous les arguments pseudo-scientifiques n’arriveront pas à m’en convaincre. Alors, logiciel astronomique et quelques connaissances de la civilisation maya et de l’histoire des divers calendriers à l’appui, j’ai mené mon enquête et vous en transmets les résultats.  

 

QUI ÉTAIENT LES MAYAS

 

Réunissant plusieurs groupes ethniques, la civilisation maya, qui incluait le sud du Mexique et l’état actuel du Guatemala, s’est particulièrement développée entre les années 200 et 900 après J.C., avant de tomber sous la coupe de l’empire du Mexique. On la connaît pour son écriture (ses premières stèles gravées dateraient de plus de 5000 ans), ses pyramides dans la forêt vierge, et sa remarquable connaissance des mathématiques et de l’astronomie. Ajoutons également, depuis que le bruit a commencé à courir sur Internet d’une prévision maya de la fin du monde, pour son calendrier sur lequel on peut lire actuellement tout et n’importe quoi.

 

OUI… MAIS, LE CALENDRIER MAYA DIT QUE…


Dans cette civilisation, on comptait au moins 17 calendriers différents qui étaient utilisés simultanément mais dont  chacun relevait d’un usage particulier : périodes de plantations et de cueillettes, administration, rites religieux masculins ou féminins, durée de l’année, état de paix ou de guerre entre les tribus, etc.

La plupart de ces calendriers couvraient des cycles relativement courts. Par exemple, le calendrier  Tzolk’in, accordé sur le cycle de Vénus vue de la Terre, d’environ un an et demi, régulait certaines périodes d’importantes célébrations rituelles. Nous y reviendrons. Celui du Haab fixait la durée de l’année : 365 jours et quart. Les astronomes et mathématiciens mayas disposaient donc d’une connaissance assez remarquable des mouvements des astres pour avoir été capables de calculer les années bissextiles.

En combinant le cycle soli-lunaire (une trentaine de jours en moyenne) et le cycle vénusien qui rythmaient la majorité des circonstances de leur vie, les Mayas obtenaient un grand cycle de 52 ans. A chaque issue de ce cycle avaient lieu de grands sacrifices humains et des feux de veille la nuit sur les rivages du Yucatan… pour chasser les ombres des morts qui en sortant de leurs tombes étaient susceptibles de répandre des maléfices dans l’univers des vivants.

En combinant ces deux cycles avec ceux d’autres de leurs calendriers, les Mayas avaient également défini un grand cycle de 400 ans significatif de périodes de grands changements,  fauteurs de troubles et de destruction.

 

LE « GRAND TEMPS »

 

En croisant ces divers cycles, les Mayas avait également conclu à l’existence de « grands temps », rythmant la vie de l’homme sur la Terre.

Certains archéologues spécialisés dans la culture maya et aztèque pensent que les pyramides à neuf degrés, existant aussi bien au Yucatan qu’au Mexique, sont significatives d’un décompte de « grands temps » qui se seraient succédé depuis la nuit des temps. Une théorie veut que de la base au sommet de la pyramide, chaque étape soit le résultat du grand temps précédent divisé par treize. Il y aurait donc neuf grandes époques (de l’histoire de l’humanité) et celle qui s’achève, la quatrième, aurait commencé en 3314 avant J.C.

En tenant compte de cette hypothèse et de la durée du grand temps actuel, le premier étage de la pyramide représenterait une durée de plus de un million huit cents mille années.

Que de grands changements puissent intervenir aussi bien dans la configuration de la planète que dans la vie des groupes pré-humains puis  humains durant des phases historiques aussi longues est évident. Cependant, à l’évidence aussi, même si chaque grand temps symboliserait la fin d’un monde… ce n’est ni le début ni la fin du monde. Les pyramides n’ont pas surgi de terre, en Egypte et au Yucatan trois mille ans avant J.C. sans que des civilisations avancées (donc survivantes en cas de déluge ou d’autre chose) aient été capables de les construire.

 

LA » MALEDICTION » DE VENUS

 

Admettons la date du 11 août 3114 avant J.C. comme celle de la création du calendrier maya sur lequel repose les cris d’alarme actuels. C’est une constante qu’un événement considéré comme majeur par un groupe particulier donne naissance à la conception d’un calendrier. C’est le cas pour les calendriers chrétien (devenu le calendrier universel), juif, musulman, bouddhiste, etc.

Comment les Mayas ont-ils définis leur propre date de départ ? Deux théories sont avancées sur ce plan. Selon certains archéologues, la grande référence de l’année chez les Mayas était le passage du Soleil au zénith. Donc, le premier jour de l’été, le 21 juin. Une autre théorie repose sur une écriture Maya signant le début du quatrième grand temps : « Vénus est apparue pour la première fois à l’horizon Ouest ».

C’est sur cette dernière version que s’appuient les amateurs de cataclysmes naturels : une planète inconnue serait venue subitement s’interposer entre la Terre et le Soleil. Comme ça ! Sans prévenir !

Il serait étonnant, dans ce cas, qu’aucune des civilisations de la lointaine antiquité, tout aussi avancées (Egypte, Vallée de l’Indus, Mésopotamie),  n’en ait pas gardé la mémoire. Car Vénus surgissant du néant pour éclater de beauté en étoile du soir… ça se remarque ! Et pas seulement au Yucatan. En outre, un astre d’une telle taille venant se loger entre le Soleil et la Terre, aurait dû provoquer un beau chambardement dans l’équilibre orbital des autres planètes du système solaire.

Poursuivons le même raisonnement apocalyptique : dans la mesure où cette apparition miraculeuse de Vénus préside  à l’origine du décompte du temps maya, il est vraisemblable (échos du Net…) qu’à la toute fin de ce dernier (décembre 2012 ?), elle devrait disparaître aussi soudainement qu’elle est apparue.

Le rébus d’une catastrophe annoncée se résout en prenant en compte la simple observation du ciel. Vénus, dans notre position géocentrique (vue de la Terre), « apparaît » en étoile du soir tous les 18 mois et pour une durée de 263 jours avant de passer entre la Terre et le Soleil (cinq jours) et de renaître en étoile du matin. Que les Mayas aient choisi ce jour particulier où après avoir disparu derrière le Soleil pendant une cinquantaine de jours, elle se lève « pour la première fois » à l’horizon Ouest à la tombée du jour, n’est pas étonnant. D’autant plus que cette planète jouait un rôle capital dans leurs fêtes rituelles. Les Mayas s’appuyaient en particulier sur les phases de Vénus pour rythmer les temps de paix et ceux de règlements de compte et de guerre entre les tribus.

 

VARIATIONS DES CALENDRIERS

 

La précision de cette date devient également fortement sujette à caution si l’on considère les durées variables de l’année et les dates de création des divers calendriers au fil du temps.

Ainsi à Rome, l’année débutait en mars et comportait 355 jours et dix mois. C’est Jules César qui, en - 46 avant J.C., instaura l’année de 365 jours sur 12 mois débutant le 1er janvier,  à laquelle s’ajoutait une année bissextile tous les quatre ans. D’où le nom du « calendrier julien ».

Au IXe siècle, l’Eglise aurait accordé le point de départ de notre calendrier actuel sur la naissance du Christ, telle qu’elle apparaît dans les Evangiles : la date du recensement ordonné par Hérode. De l’année 757 (romaine), retour à l’année 750 ou 751 et six années retirées du décompte du temps qui passe.

Information non garantie, mais figurant dans certaines encyclopédies.

Durant la Renaissance, le calendrier grégorien opéra le même tour de passe-passe dans le temps pour s’aligner sur la réalité de la précession des équinoxes (progression d’un degré tous les 72 ans de l’axe de la Terre devant le champ des constellations). Les occidentaux s’endormirent le 4 octobre 1582 et se réveillèrent le 15 octobre. De nos jours, si nous voulions nous accorder sur la même référence, il faudrait rajouter presque 6 jours à notre calendrier universel.

En outre, les savants mayas auraient révisé ultérieurement leurs calculs de cycles croisés et conclu à une erreur de quatre cents vingt jours en trop pour leur « grand temps » actuel. En fait, le troisième « grand temps » aurait commencé le... 28 octobre 2011.

Désireux d’inscrire leur prédiction dans une certaine vraisemblance historique, certains amateurs de calendrier maya ont ainsi révisé leur copie, mais n’en démordent pas sur leur vision d’une fin du monde annoncée.

La seule chose certaine, c’est que « l’apparition miraculeuse » de Vénus, qui vient d’avoir lieu, en position identique à celle du début du calendrier maya, se renouvellera le 26 mars 2013.  

Il est donc très peu vraisemblable que le soir de Noël 2012, Vénus se mette subitement à jouer au bowling avec les autres planètes du système solaire.

 

REVENONS AU CALENDRIER MAYA

 

Laissons de côté tous ces mystères passés ou à venir pour observer comment les Mayas ont conçu réellement ce fameux calendrier. Il s’agit d’un système ingénieux appuyé sur une  table mathématique évoluant de 1 à 99999 séquences de vingt jours.

Le temps 0 est donné pour 1. Après 20 jours, le calendrier indique 1.1. Encore 20 jours, et nous sommes en 1.2. A la fin du 1.9, nous passons en 1.2.1. Au bout de 9999 séquences de 20 jours, nous passons à 2.0. Le temps long actuel s’étire ainsi sur 5116 ans pour parvenir à son terme au bout de la 99999e  séquence de 20 jours. Nous en serions donc à la date qui circule sur Internet… à quelques années ou jours près selon les références calendaires utilisées et leurs variations dans le passé.

 

Plutôt que de refaire un calcul fort aléatoire, je vous propose de résoudre cette énigme par vous-même en répondant à ce quizz.

 

Le moteur de votre voiture indique 99999 kilomètres. Encore un kilomètre et…

 

1 - Elle vole en éclat 

2 - Elle s’envole dans l’espace 

3 - Le compteur revient à zéro 

 

En résumé, l’an 3114 av. J.-C, le premier lever de Vénus en étoile du soir cette année-là, a signé le point de départ d’un calendrier maya établi en fonction des modes de calculs de l’époque. La date réelle d’échéance de ce calendrier est sujette à caution et ne pourrait être établie qu’avec de nouveaux calculs complexes nécessitant une solide programmation informatique.

Le peuple des Mayas existait nécessairement avant pour avoir été capable de concevoir un tel calendrier… Il est donc vraisemblable qu’un très grand nombre de cycles de 20 jours nous attendent encore après 2012.


Irène Andrieu