Les décans, ces grands oubliés!


Les décans, ces grands oubliés!

 

Mes recherches sur l’astrologie traditionnelle m’ont amenée à m’intéresser aux décans. Très utilisés par les Anciens, ils sont peu à peu tombés en désuétude. On se demande pourquoi, puisque, comme on pourra le constater par l’étude du thème qui suit, les décans ont une influence réelle sur le signe, en particulier sur le signe Ascendant, dont ils colorent l’apparence et la personnalité.

 

Mais tout d’abord, un peu de théorie… Il existe deux systèmes de décans. Le premier, plus ancien, faisait partie à l’origine des dignités et débilités planétaires, avec le domicile, l’exaltation, la triplicité et le terme.  Dans ce système, le premier signe, le Bélier, a comme maître du premier décan Mars; suivent ensuite le Soleil et Vénus, selon l’ordre ptolémaique, c’est-à-dire la succession des planètes traditionnelles, de la plus éloignée dans le système solaire,  jusqu’à la plus rapprochée. Rappelons cet ordre ptolémaique : Saturne, Jupiter, Mars, Soleil, Vénus, Mercure, Lune.

 

Malgré le fait que le décan soit une dignité mineure, il avait une grande importance pour les Anciens. Denis Labouré cite ce court texte de Hermès Trismégiste :

 «  Ainsi, mon enfant, la force à l’œuvre dans tous les accidents de portée universelle vient des décans : par exemple… changements de rois, soulèvements de cités, famines, pestes, reflux de la mer, tremblements de terre, rien de tout cela, mon enfant, n’a lieu sans l’influence des décans. »[1]  

 

Denis Labouré nous précise en outre qu’une planète qui occupe son décan agit selon sa propre nature. Egalement, il mentionne que «  les livres médiévaux contiennent souvent la description des personnalités en fonction du décan occupé par le maître de l’Ascendant »[2]

 

Quant au deuxième système de décans, il s’appuie sur les triplicités dites modernes. Pour le signe du Bélier, le premier décan sera régi par Mars, maître du Bélier. Le deuxième sera régi par le Soleil, maître du Lion, deuxième signe de la triplicité de feu. Le troisième décan sera régi par Jupiter, maître du Sagittaire,  troisième signe de la triplicité de feu. Et ainsi de suite pour les douze signes et les trente-six décans.

 

En 1938, Brian Ross publia, sous le nom de plume David Anrias, un volume intitulé Man and the Zodiac[3]. Chacun des signes ascendants fait l’objet d’une minutieuse description, tant physique que psychologique. Son livre abonde par ailleurs de croquis représentant l’apparence physique des signes selon les décans.

 

Il faut souligner que cette emphase sur le signe Ascendant demeure fidèle à l’approche des Anciens, qui caractérisaient l’individu par son Ascendant et son maître, plutôt que par son signe solaire. Cependant, David Anrias utilise le système plus moderne des décans, basés sur les triplicités.

 

Evidemment, le premier décan d’un signe sera le plus pur des trois, puisque régi par le maître du signe. Pour les deux autres décans, il y aura interaction entre le maître du signe Ascendant et le maître de la triplicité qui régit ce décan. Voyons ce que cela peut donner dans le cas du troisième décan du Verseau, toujours selon D. Anrias :

 

« Le décan Balance du Verseau est régi par Vénus. La disposition est mélancolique et sujette à des états d’âme et aux caprices de l’imagination… La destinée est largement influencée  par le mariage et les relations amoureuses; toutefois, peu de satisfactions sont obtenues par l’un ou par l’autre. En effet, le côté Balance réclame de l’affection. Par contre, la nature saturnienne du signe a peur de s’abandonner à la destinée, tout en entretenant une auto-analyse qui s’avère destructrice pour l’objet de son affection. Lorsque ce décan est affligé, il cause parfois des désordres nerveux »[4]

 

On peut voir dans le précédent exemple les délicates précisions apportées par le décan. L’Ascendant Verseau , un signe qui incline vers une certaine indépendance, sinon vers le célibat, est amené dans le 3e décan,  sous l’influence de la Balance,  à faire des choix de vie qui vont presqu’à l’encontre de sa nature profonde…

 


 

Voyons maintenant le thème de Gérard Depardieu. Une naissance à 08h00 du matin lui donne un Ascendant dans le troisième décan du Sagittaire, à 25°. Ce décan est sous l’influence du troisième signe de la triplicité à partir du Sagittaire, soit le Lion. Nous reconnaissons bien là l’acteur Depardieu, avec sa prestance pareille à nulle autre, son charisme, sa forte personnalité. Pensons également aux rôles léonins qu’il a interprétés au cours de sa longue et glorieuse carrière, entre autres ceux d’Auguste Rodin, Cyrano de Bergerac, Christophe Colomb, Marin Marais. Voici la description que donne M. Anrias du 3e décan du Sagittaire : « Les passions sont fortes, mais contrôlées. L’esprit est sobre et capable d’une grande concentration. Nous avons ici la meilleure des deux moitiés du signe, sa moitié humaine, qui promet succès et richesses après une période difficile. »[5]

 

C’est un fait que Gérard Depardieu a connu une enfance modeste, dans un quartier ouvrier, comme en témoigne Saturne en Vierge. Pour appuyer l’interprétation donnée par David Anrias, mentionnons une Part de Fortune prometteuse en maison 2; également, si Saturne régit la première partie de la maison des avoirs, Jupiter lui succède par la suite.

 

Ensuite, la conjonction du Soleil et de Jupiter en maison 1, est particulièrement remarquable à la lumière de notre étude des décans. En effet, si Jupiter est maître de son Ascendant de naissance, le Soleil est maître du dernier décan du Sagittaire. Cette conjonction angulaire vient donc souligner encore plus l’influence du décan Lion dans le signe du Sagittaire. A noter cependant que Jupiter est en chute en Capricorne. On pourrait penser que cette grande confiance en soi, qui semble souvent friser l’arrogance en public, est peut-être feinte et qu’il n’a au fond pas une très haute estime de lui-même.

 

Quoiqu’il en soit, une ambition démesurée, exacerbée par un Asc. Sagittaire décan Lion et une conjonction Soleil-Jupiter  en Capricorne (!), a cohabité difficilement avec le drame personnel vécu par son fils Guillaume, dont on connaît l’accident de moto, l’amputation d’une jambe, et le décès subséquent, à un âge relativement jeune. Il est intéressant à cet égard de souligner l’axe des nœuds dans les maisons de la famille et de la carrière du père, le Nœud nord se situant en maison IV.

 

En terminant, j’ai voulu faire la démonstration que la technique des décans appliquée à l’étude de l’Ascendant, est précieuse et vaut la peine d’être conservée. Or, la plupart des praticiens de l’astrologie, après l’avoir abordée durant leurs études, l’ont délaissée pour des méthodes souvent plus sophistiquées. Pourtant, le décan, en particulier celui basé sur les triplicités modernes, est une méthode tout à fait simple, qui nous permet de nuancer l’interprétation de chaque Ascendant. Sans doute pourrait-elle-même nous aider au niveau de la rectification de l’heure de naissance, de par la netteté avec laquelle elle décrit l’apparence physique du consultant et ses traits de caractère. Pourquoi ne pas la ré-intégrer à notre pratique?

 

Carole Lalonde



[1] Labouré, Denis, Du domicile au décan, p. 76

[2] Ibid, p. 77

[3] Anrias David, Man and the Zodiac, Astrology Classics, Maryland, 1938

[4] Anrias David, Ibid, p. 102 (traduction par C.L.)

[5] Ibid, p. 94.