LA LEÇON DE PIANO (THE PIANO) : Les amours terrestres de la femme Poissons.

Le film "La leçon de piano" (The Piano)

 

Les amours terrestres de la femme Poissons

 

Cet article traite des amours de la femme Poissons, tels qu'ils ont été dépeints dans un magnifique film, "La leçon de piano". Ce film a reçu un accueil pleinement mérité,  en raison de sa beauté, de son esthétisme et de la puissance évocatrice de ses images. En tant qu'astrologues, nous nous pencherons sur l'analyse du thème central, soit celui des amours d'une femme de type Poissons.  En effet, nous verrons que les amours ne sont jamais simples lorsque la femme Poissons ne s'est pas encore incarnée. Elles peuvent même devenir tragiques….

 

"La leçon de piano" a été réalisé en 1993 par Jane Campion. La distribution des acteurs principaux est la suivante : Holly Hunter joue Ada McGrath, une jeune femme écossaise offerte en mariage à un propriétaire terrien néo-zélandais; sa fille Flora, âgée d'environ 10 ans, est jouée par Anna Paquin; Sam Neill joue Alisdair Stewart, le mari qu'on a choisi pour Ada; enfin, George Baines, homme engagé qui deviendra l'amant d'Ada, est joué par Harvey Keitel.

 

Synopsis : On apprend au tout début du film qu'Ada est devenue muette à l'âge de six ans, sans qu'on sache pourquoi. Au moment où l'histoire commence, Ada est une jeune femme écossaise monoparentale, que son père vient de marier à un propriétaire de plantation en Nouvelle-Zélande. Ada traverse donc l'océan avec sa petite fille Flora, pour rejoindre son fiancé. Un piano les accompagne sur ce long voyage, car Ada est musicienne.

 

Stewart, le futur époux, descend la montagne à la rencontre de sa fiancée et de sa fille qui l'attend sur la plage; un cortège, formé de colons anglais et d'indigènes Maori, accompagne le planteur. Jugeant le piano trop lourd, trop encombrant, Stewart décide de le laisser sur place. Malgré leur opposition farouche, Ada et sa fille n'auront  d'autre choix que de suivre le groupe jusqu'à leur demeure située au sommet de la montagne.

 

Au fur et à mesure qu'ils gagnent de l'altitude, Ada se retourne pour contempler son piano, abandonné sur le rivage. Ses yeux noirs expressifs nous font clairement sentir que, pour cette femme muette, expatriée, c'est son âme qu'elle abandonne ainsi aux flots turbulents. Dès leur arrivée dans la maison du fiancé, une brève cérémonie de mariage est célébrée. Ada et sa fille choisissent par la suite d'ignorer le mari, le père, qui leur a été imposé; leur tête-à-tête en langage signé se poursuit, dans l'indifférence la plus totale envers l'entourage.

 

Profitant d'une absence du maitre des lieux, Ada et Flora sortent et descendent la montagne, jusqu'à la maison de George, l'homme engagé. Elles lui demandent de les emmener jusqu'à la plage. Là, Ada s'installe à son piano et joue des heures durant, oubliant momentanément sa nouvelle vie dans cette contrée sauvage. Pendant qu'elle s'abandonne à sa joie et que résonnent sous ses doigts des pièces mélodieuses, sa fille vêtue de blanc  danse  autour du piano et fait des pirouettes sur le sable humide. George, un colon écossais illettré qui porte un tatouage Maori sur le visage, fait les cent pas; il semble intrigué, envoûté même, par le piano, par la musique, par la femme…

 

Quelques jours plus tard, George fait une proposition surprenante à son patron, le  mari d'Ada: il offre de négocier pour lui, auprès des indigènes, l'achat d'une parcelle de terre Maori; en retour, il réclame le piano abandonné sur la plage. Stewart, surpris par l'intérêt pianistique de son homme engagé, mais y voyant son profit, accepte sur-le-champ. Lorsqu'il annonce à sa femme qu'il a vendu le piano à George, Ada tape du pied, en proie à une véhémente colère. Elle lui fait savoir (ses propos sont traduits par sa fille) que l'homme est inculte et qu'il ne saura que faire de ce piano. Stewart se met en colère à son tour. Il lui dit qu'il faut faire des sacrifices, car les trois forment maintenant une famille. Il lui ordonne d'enseigner le piano à l'ouvrier.

 

Ada accepte à contrecoeur; elle se rend chez George avec sa fille. Celui-ci fait comprendre à Ada qu'il veut seulement l'écouter pendant qu'elle joue; il sous-entend également qu'il s'attend en retour à certaines faveurs…Ada comprend que l'homme la désire; elle répugne à l'idée d'avoir à échanger l'utilisation de son bien-aimé piano contre une familiarité physique avec cet homme. Finalement, George lui propose de lui revendre son piano après un certain nombre de faveurs. Les deux marchandent âprement, puis Ada obtient gain de cause sur le nombre de visites exigées.

 

Au début, ces visites lui répugnent. Elle glisse, à son corps défendant, dans une intimité de plus en plus impudique; quant à George, il attend chacune de ses visites avec une impatience grandissante. Un jour, la petite Flora, que sa mère oblige à jouer dehors durant les leçons de piano, surprend leur intimité, à travers la fenêtre. Elle éprouve de la jalousie pour cet étranger venu s'immiscer dans sa relation symbiotique avec sa mère. A leur retour, Flora insinue devant son père adoptif que sa nouvelle femme le trompe. Stewart, qui n'a pas réussi à consommer son mariage, est profondément bouleversé. A la visite suivante d'Ada chez George, il la suit et les épie à leur insu.

 

Peu après, George choisit de ramener le piano à sa propriétaire. À Ada, venue s'enquérir du pourquoi de son geste, il dit : "Vous voir vous prostituer ainsi pour votre piano m'est pénible. Je voudrais que vous m'aimiez pour ma personne, mais vous ne le pouvez pas." Ada retourne alors chez elle et y retrouve son bien-aimé piano.

 

A son étonnement, elle réalise qu'elle n'éprouve plus le même plaisir à jouer, seule devant son piano. Peu à peu, elle comprend qu'elle est tombée amoureuse de George, à son insu. Elle cherche à le revoir, mais son mari la suit et l'empêche de rejoindre son amant. Alors, Ada demande à sa fille de lui faire parvenir un message d'amour, gravé sur une note de bois qu'elle a enlevée du piano. Sa fille refuse d'en être la messagère; elle fait mine d'aller chez l'amant de sa mère, puis change de direction et va informer son père adoptif du geste de trahison de son épouse.

 

Stewart, qui travaille dehors, une hache à la main, entre dans une rage meurtrière. Il court vers la maison; il entraine Ada dehors, lui immobilise la main droite sur une bûche, puis lui coupe deux doigts! Ada fait quelques pas, puis le regarde, hébétée, avec ses grands yeux noirs; elle tournoie lentement sur elle-même avant de s'affaisser au sol. On voit ensuite son mari qui essaie tant bien que mal de la soigner. Elle le fixe intensément, sans rien dire. Finalement, Stewart descend à la cabane de George et lui ordonne de quitter l'île avec Ada. Il a compris, par une mystérieuse télépathie, qu'Ada ne serait jamais à lui.

 

George, Ada et Flora s'embarquent sur une pirogue, conduite par les indigènes. Le piano, jugé périlleux par les Maori, est cependant hissé à bord de la pirogue. Puis, soudain, à la surprise générale, Ada exige qu'ils poussent le piano par-dessus bord. George refuse, disant qu'elle le regrettera, mais Ada insiste. Finalement, les Maori font basculer la lourde caisse de bois qui renferme le piano;  au moment où les câbles se déroulent à toute vitesse du fond de la pirogue, Ada met un pied au milieu des câbles; on voit le piano plonger dans les eaux profondes et limpides de l'océan Pacifique; il entraîne à sa suite Ada, dont la cheville est attachée par une corde au piano.

 

Dans une scène saisissante, on voit d'abord  la jupe noire et la crinoline blanche, ébouriffées, se balancer telle une cloche, dans les eaux claires; on voit ensuite le visage d'Ada qui regarde autour d'elle; il est étrangement calme, comme si ce fond marin lui était déjà familier.  Puis, les bulles d'air s'échappent de ses lèvres; Ada semble alors réaliser qu'elle va manquer d'oxygène. Elle commence à se débattre mais la corde la retient.  Elle se penche et parvient à libérer son pied, puis remonte à la surface où l'attendent les pagayeurs Maori.

 

Dans la scène suivante, on la voit dans une maison bourgeoise, confortable. Elle joue du piano avec deux prothèses de métal aux doigts amputés; elles semblent avoir été fabriquées par un habile artisan. On la voit aussi, en présence de son amoureux, se pratiquer à émettre des sons, en se voilant la tête. Le film se termine avec la narration d'Ada qui nous raconte que chaque soir, elle s'endort au son d'une berceuse : c'est celle du silence de l'océan où gît, tel un cercueil, son piano…

 

Analyse du film

 

Tout d'abord, la tonalité neptunienne est fortement suggérée par de nombreux éléments du scénario. L'émigration (Sagittaire) évoquée au tout début devient ici un exil (Poissons). Ada sait qu'elle ne sera pas heureuse sur cette île sauvage et  inculte, avec un homme qui lui est étranger. Le symbolisme des Poissons est davantage suggéré par les lieux physiques, ici une île perdue en plein océan Pacifique. On ne peut oublier la mer omniprésente dont les vagues viennent lécher le rivage.

 

La musique est aussi un thème neptunien; ici, elle permet l'évasion d'une vie jugée trop dure, vers une dimension où tout n'est qu'harmonie.

 

L'étrange mutisme d'Ada nous rappelle aussi le signe des Poissons, considéré "muet" par les Anciens. Pourquoi est-il muet ? Sans doute parce que Mercure, symbole d'expression, y est à la fois en chute et en exil. Aussi, parce que la réalité des Poissons ne peut s'exprimer véritablement. Enfin, parce que les lieux où vivent les Poissons sont des lieux de réclusion, de silence (hôpitaux, prisons, monastères).

 

Ce mutisme d'Ada a par ailleurs quelque chose d'autistique, puisqu'il n'est lié à  aucune cause physique. Au début du film, son père en dit : "It is a dark talent." Il fait allusion à la volonté inébranlable d'Ada, à son puissant psychisme, qui font qu'elle a choisi de ne plus parler dès l'âge de six ans. Cette volonté inébranlable sera à nouveau évoquée vers la fin du film, alors qu'Ada communique par télépathie avec son mari, après son geste barbare. Elle lui laisse savoir qu'elle a peur de sa propre volonté et qu'il doit la laisser partir avec George Baines. On pourrait penser ici à un thème neptunien teinté de la fatalité du Scorpion.

 

Le thème de la folie est évoqué lorsque le mari d'Ada confie ses doutes à une proche parente. "Elle a gravé des notes de piano sur la table de cuisine et fait semblant d'en jouer, mais la table n'émet naturellement aucun son", dit-il. "Je me demande si elle est saine d'esprit…"

 

Le triangle amoureux, explicité dans le film, est aussi du domaine des Poissons; on peut le relier à l'exaltation de Vénus aux Poissons, où Vénus a de la difficulté à choisir, ainsi qu'à Neptune, la duplicité…Le thème de la trahison est également présent: trahison ressentie par la petite fille, lorsque sa mère l'écarte de sa présence pour vivre sa passion. Trahison en retour de la petite Flora qui dénonce l'infidélité de sa mère auprès de son père adoptif.

 

Enfin, nous venons ici au cœur du propos: la psychologie particulière de l'héroïne du film, et le scénario qui en découle, tiennent à son refus de s'incarner. Ce thème du refus de l'incarnation est un enjeu majeur chez le neptunien. La symbolique du douzième signe rappelle celle de la gestation, puisque le signe des Poissons est suivi du Bélier, qui avec sa tête, provoque la naissance. Souvenons-nous également des deux Poissons, dont l'un remonte le courant vers le Divin et l'autre descend le courant vers l'incarnation, vers la dimension fœtale.

 

Le neptunien, la neptunienne, manifeste la plupart du temps une présence éthérique qui n'est pas sans rappeler la dimension angélique des limbes. D'ailleurs, dans le film, la petite Flora se promène et joue avec des ailes d'anges, provenant d'un déguisement pour une pièce de théâtre.

 

Pour pénétrer plus avant dans la symbolique spirituelle de l'univers neptunien, Liz Greene nous parle du concept de la "naissance d'une vierge"[1], que l'on retrouve avec le récit chrétien de Jésus et qui serait la suite de la mère océanique. Puisque rien n'existe sauf la mère, tout ce qu'elle engendre ne peut qu'être vierge; la fusion mère-enfant est totale et exclut toute autre relation. Nous retrouvons cette idée de "naissance d'une vierge" dans le film avec Ada qui est de toute évidence fille-mère. Non seulement le père est-il absent mais Ada nous apparaît psychologiquement vierge (malgré la présence bien tangible de l'enfant), dans son comportement avec les hommes et en particulier avec son mari. Nous la sentons farouche, sauvage, comme une terre qui n'a pas été cultivée. Cet aspect "asexué" transparaît parfois dans la personnalité neptunienne; il est lié à son refus inconscient de l'incarnation. Plus tard, lorsqu'Ada découvrira la passion et la jouissance physique, elle en sera complètement transformée.

 

Le refus initial de s'incarner amène d'autre part Ada à ignorer le dur labeur nécessaire à la survie économique, qu'implique la vie d'un colon. Son labeur à elle, c'est la maîtrise acquise sur son piano et qui lui permet de recréer une ambiance neptunienne protégée, tel l'état fœtal cher aux Poissons.

 

Il est intéressant par ailleurs de voir le développement psychologique de l'enfant: elle apparaît protectrice de sa mère: elle se fait l'interprète de ses colères, de ses désirs. Les deux sont souvent en symbiose, dans leurs jeux, dans leur communication non verbale, dans les récits imaginaires qu'invente la mère et qui tissent la réalité de l'enfant. Mais lorsqu'Ada décide d'exclure son enfant de son intimité physique pour mieux s'investir avec son amant, la petite Flora se révolte, car elle n'accepte pas cette tardive "coupure" du cordon ombilical. La mère manifeste ici les extrêmes de la personnalité neptunienne dans ses rapports affectifs, à travers la dichotomie fusion-séparation. Une scène est particulièrement éloquente à cet égard; c'est celle où l'enfant, assise sur le lit de la mère, décide qu'elles vont jouer aux cartes; celle-ci, étendue nonchalamment à ses côtés, demeure indifférente à ce jeu et à sa fille; Ada contemple son visage dans le miroir et ne rêve plus qu'à l'amour inaccessible car devenu fruit défendu.

 

Plus tard, Flora refusera d'aller porter un message à George, sur l'ordre de sa mère. Elle lui crie, avec obstination : "Nous ne devons pas… nous avons promis!"  Elle se substitue ainsi au sur-moi de la mère; elle devient la mère de sa mère ! Ce développement psychologique contre-nature chez une enfant nous fait toucher du doigt les "dommages collatéraux" qu'entraîne le refus de s'incarner chez la femme Poissons. Sa vie professionnelle en souffre; ses amours en souffrent et sa relation avec ses enfants en souffre également.  Les enfants de la mère neptunienne immature peuvent soit manifester une carence affective avec une maturité précoce, avec des aspects Lune-Saturne, ou encore, à travers un Neptune exalté, rechercher toute leur vie la fusion, par une relation symbiotique faite de dépendance ou un recours à un mysticisme plus ou moins fécond.

 

Si le thème de la prostitution, qui nous est présenté dans le film,  est un thème cher à Vénus aux Poissons, celui de l'amputation est lié à la Lune Noire. (Rappelons le sigle de la Lune Noire qui évoque, tout comme celui de Saturne, la faucille).  En effet, dans un thème fortement neptunien, la Lune Noire devient un mal nécessaire. Il est la voie toute indiquée de l'autonomie pour la neptunienne dépendante. Ici, la Lune Noire agit de manière très physique : tout d'abord, nous assistons à l'amputation volontaire d'Ada, qui enlève une clé du piano, y grave un message d'amour à l'intention de son amant, et la remet à sa fille. Puis, son mari, dans un accès de rage, lui coupe deux doigts et envoie la petite fille vers l'amant de sa femme. Devenue hystérique, la petite Flora  emporte, enveloppés dans un linge, les doigts sanguinolents de sa  mère !

 

Cette amputation, qui prive désormais Ada de son piano, lui fait désirer la mort. En le voyant plonger dans la mer, elle choisit instinctivement de le suivre, car elle ne peut envisager la vie sans ce piano qui est devenu sa voix, son expression, son univers. La régression vers l'état fœtal est symbolisée de manière saisissante par l'image d'Ada attachée par un pied à son piano, plongeant au fond de la mer (lire mère !).

 

Puis, devant l'imminence de sa propre mort, elle choisit la vie et coupe elle-même, symboliquement, le cordon ombilical qui la retient à son piano. Ce choix est tellement instinctif qu'elle en sera elle-même émerveillée. "Quelle surprise !" s'exclame-t-elle. "Ma volonté a choisi la vie !"

 

Ada, femme neptunienne, choisit enfin de s'incarner en émergeant des eaux fœtales.  Nous pourrions nous questionner sur l'élément déclencheur qui fait que Ada choisit enfin de s'incarner. La réponse est évidemment la passion amoureuse qu'elle ressent pour George Baines. Fait intéressant : tout au long du film, nous sommes en présence de deux hommes qui l'aiment, qui la désirent et qui attendent, non sans impatience, l'éveil d'un désir réciproque chez elle. En même temps, les deux hommes exercent un certain pouvoir sur sa vie : Stewart à cause des liens matrimoniaux, Baines parce qu'il garde son piano en otage. Ada choisira finalement Baines, un ouvrier illettré qui de surcroît s'est intégré à la culture Maori, plutôt que Stewart, un écossais instruit qui possède une plantation. Si Stewart l'aime en dépit de sa musique, Baines l'aime à travers sa musique. C'est un être instinctif qui vibre intensément à la nature artistique d'Ada. L'adage suivant est particulièrement vrai pour les Poissons : "Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas." Ce choix d'Ada, malgré tout courageux, démontre la profondeur, la qualité de ses sentiments. Car un écueil guette la neptunienne en amour, celui de se prostituer pour une vie faite de facilité et de luxe.

 

J'aimerais faire une parenthèse ici pour évoquer un débat qui s'inscrit en filigrane tout au long du film, soit celui entre art et culture. Dans une scène, une dame de l'entourage de Stewart (sa sœur ?), fait une promenade dans la nature avec ses dames de compagnie. Alors qu'elle s'accroupit pour uriner, ses compagnes l'aident à soulever ses encombrantes crinolines et protègent sa vertu (!) en étendant des couvertures autour d'elle. Elle en profite pour leur dire qu'elle n'aime pas la manière dont la nouvelle femme de George joue du piano. Elle dit : " Ce n'est pas de la bonne musique. Elle vous pénètre jusqu'au tréfonds; ce n'est pas une bonne chose." Au niveau astrologique, si Jupiter représente la culture, cette culture s'exprime différemment dans le signe du Sagittaire et dans celui du Poissons. Le défi du Sagittaire sera de développer sa personnalité au contact d'une culture qui ne soit pas faite de diktats bourgeois ou de snobisme, mais d'une expression artistique authentique.

 

La dernière scène du film nous montre Ada jouant du piano, grâce à ses ingénieuses prothèses. La jeune femme réapprend à parler et vit heureuse avec son amant. Ceci nous ramène aux planètes dites bénéfiques pour les Poissons, soit Vénus et Jupiter. La capacité d'être heureuse est bien présente chez la femme Poissons, lorsqu'elle choisit d'éviter le rôle de victime et qu'elle prend sa vie en mains. Malgré tout, on entend la voix d'Ada en toute fin du film qui nous parle de ces nuits où elle retourne en imagination au fond de l'océan silencieux pour retrouver son piano. La note finale du film est tout à fait juste; elle nous laisse entrevoir que malgré l'amour et la fidélité, la femme Poissons recherchera toujours un ailleurs inaccessible…

 

Voici quelques thèmes astrologiques associés au film:

 

En premier, celui de Holly Hunter, qui tient le rôle d'Ada. Nous n'avons pas son heure de naissance.[2] Cependant, son Soleil, situé à 29 degrés des Poissons, est suffisamment éloquent pour servir notre propos. Son Soleil est conjoint à Scheat, une étoile fixe qui entraîne vers la noyade ! Son Soleil forme un quinconce dissocié, décroissant, avec Pluton; d'autre part, Jupiter et Neptune, les deux dispositeurs de son Soleil, se retrouvent conjoints en Scorpion. Cette tonalité neptunienne teintée de Scorpion est donc présente à la fois dans le film et dans la personnalité de Holly Hunter.

 

L'actrice a gagné un Oscar en 1993 pour sa performance dans ce film; outre sa remarquable interprétation, elle a joué elle-même les pièces qui ont été composées pour elle. Nous trouvons tout naturellement une "résonance" entre sa personnalité astrologique et le scénario du film, entre autres dans la conjonction entre la Lune et la Lune noire en Bélier, qui amène tôt ou tard, une coupure radicale avec son passé. On peut même affirmer qu' une espèce de schizophrénie, thème caractéristique du douzième signe, est suggérée, ne serait-ce qu'au niveau symbolique, dans la conjonction dissociée entre un Soleil sur le dernier degré des Poissons et une Lune au tout début du Bélier. Son esprit (Soleil) peut se vivre en retrait, en osmose avec un univers secret, invisible, alors que dans son quotidien (Lune), elle doit affronter une réalité parfois brutale (d'autant plus que Mars, dispositeur de la Lune, se trouve au Verseau.). Même si nous savons peu de choses sur Holly Hunter, il est clair que son thème Poissons comporte suffisamment de dynamisme pour entraîner croissance et individualisation.

 

Quant à Jane Campion[3], qui a réalisé ce film, elle est née en Nouvelle-Zélande. C'est donc une vision innée, intime, du pays et de ses habitants qu'elle nous livre. Sa Lune est en conjonction avec le Soleil de Holly Hunter, en conjonction également avec Scheat, à la fin des Poissons.

 

Liz Greene, qui a écrit un livre magistral sur Neptune, nous dit que les mythes neptuniens font appel à ce qu'il y a de plus primitif en nous, car l'eau engendre la création. Les thèmes de la conception, de la gestation, de la naissance, nous dit-elle, sont donc de son ressort.[4] Or, Jane Campion était enceinte pendant le tournage du film "The Piano". Peu de temps après qu'elle ait terminé le film, elle a eu la douleur de perdre son fils, douze jours après sa naissance. Le thème de Jane Campion montre une Lune Noire (le mythe de Lilith s'apparente à la mort d'enfant) conjointe à Saturne et en opposition à son Soleil natal.  Il est donc évident que la réalisatrice a vécu intensément le tournage de ce film, non seulement au niveau artistique et conceptuel, mais aussi dans sa chair, en tant que "mater dolorosa".

 

Enfin, un mot sur le thème du lancement du film lui-mème[5]. Il présente un stellium de cinq planètes au Scorpion: Mercure, Vénus, Jupiter, le Soleil et Pluton. Pluton colore évidemment l'ensemble.  (La mort du fils nouveau-né de la réalisatrice n'est évidemment pas étrangère à cette concentration plutonienne). Nous retrouvons également une conjonction Lune-Saturne au Verseau, indicatrice du difficile et solitaire chemin vers la liberté de choix pour une femme muette dans une colonie néo-zélandaise, loin de toute civilisation. Parallèlement, l'enjeu de la reconnaissance sociale et professionnelle pour Jane Campion mérite qu'on le souligne ici. Il s'agit d'une des rares femmes à avoir reçu une nomination pour un Oscar en tant que réalisatrice d'un film.

 

Les nœuds Gémeaux-Sagittaire se situent sur le degré exact d'exaltation des nœuds, à 3° de part et d'autre; ils évoquent le thème de l'expression signifiante. Rappelons, dans le film, cette phrase de la petite Flora qui affirme avec aplomb à son entourage : " Ma mère ne souffre pas d'être muette; elle dit que, de toute façon, les gens parlent à tort et à travers ! "

 

Soulignons en dernier lieu la conjonction exacte, à quelques 20 minutes près, entre Uranus et Neptune. Il s'agit d'une conjonction remarquable, puisque grande conjonction, se reproduisant à tous les 172 ans. Voici ce qu'en dit Irène Andrieu: " Il existe une possibilité d'acquérir une grande sagesse par la contemplation de la société. Cet actif est un méditant, vivant son insertion dans le groupe en toute conscience et indépendance…" [6]

 

Le film, sorti en 1993, s'est fait porte-parole de ces valeurs à la fois des Poissons (sensibilité, musique, mais aussi souffrance, sacrifice, victimisation) et du Verseau (révolte, non-conformisme, individualisation); c'est ce qui marque  l'histoire d'Ada, une femme luttant pour échapper à un mariage de raison afin de vivre une grande passion et qui devient, chemin faisant, adulte, femme et mère.

 

Quant au film et au cinéma en général, il s'agit bien sûr d'un véhicule à la fois uranien et neptunien, sans parler de la Lune, les images… Qualifié de "septième art", le cinéma transpose ces images en séquences vivantes qui reproduisent sur grand écran nos gestes quotidiens, tout en imprimant sur notre psyché, tel un négatif, leur sens profond, psychanalytique.

 

 

 

Carole Lalonde



[1] Greene, Liz, The Astrological Neptune and the Quest for Redemption, Weiser p. 85.

[2] Holly Hunter est née le 20 mars 1958 (heure inconnue) à Conyers, Georgia, USA. Données recueillies sur Astrothème.

[3]  Naissance de Jane Campion le 30 avril 1954 à Wellington, Nouvelle-Zélande, heure inconnue (source: Astrothème).

[4] Greene, Liz,  The Astrological Neptune and the Quest for Redemption, Weiser, 506 pages.

[5]   Le lancement du film au Canada s'est fait le 19 novembre 1993 à Toronto, à une  heure inconnue (source: Wikipedia).

[6] Andrieu, Irène, Initiation à l'Astrologie d'Evolution,  Dangles, p. 170.



Commentaires des lecteurs :
1.   I can't believe I've been going for years without knowing that. (Alla)