Le cinéma nous habite pour le meilleur et pour le pire

Par Donat gagnon

Le cinéma est la création de rêveurs originaux qui ont contribué aux inventions de moyens techniques nouveaux, capables de transposer sur un écran des images en mouvement empruntées au monde naturel et à l’imaginaire humain. Les perfectionnements des techniques en usage dans le septième art nous portent à croire que les réalisateurs cinématographiques pourraient parvenir à illustrer les rêves les plus fantastiques, à rendre en images presque vivantes les créations que des esprits assez éclairés sur les possibilités humaines ont pu livrer dans la littérature universelle.

L’avènement du cinéma dans le contexte de la Grande conjonction Neptune-Pluton de 1892 en Gémeaux enclenchait un cycle de révolutions des moyens d’expressions ou de communication. En paraphrasant Pascal, on dirait que deux espaces infinis devenaient, illusoirement peut-être, accessibles par le biais de la photographie et de son évolution dans le cinéma. L’esprit d’invention des techniques les plus audacieuses, dans le genre prométhéen, relève bien d’Uranus. De son côté, Neptune représente, dans sa dimension subtile, l’inspiration qui va devenir message saisissable s’il trouve les appuis formels d’expression attribués à Mercure; ce dernier va chercher les ingrédients complémentaires et nécessaires chez les autres planètes en vue de produire une œuvre qui ait une portée collective, tel qu’on le remarque dans le cinéma actuel.

Dans le quatrième quadrant du cycle de Neptune parvenu en Poissons, on devrait assister à une nouvelle manière d’envisager la communication. L’empathie neptunienne et la manière de cette planète de trouver des raccourcis en vue d’un objectif réputé inatteignable semblent ébranler actuellement les résistances du mental physique. Bien sûr cela présente des inconvénients dans la mesure où l’image du monde matériel change de consistance pour laisser place à la vision des deux infinis pascaliens, l’extérieur et l’intérieur.

Les artistes créateurs sont-ils en train de mettre les pieds sur de nouveaux territoires sacrés marqués au fer de l’interdit ? Les grandes traditions plaçaient des gardiens des secrets sur les Seuils ou les zones frontières, sans doute pour des raisons d’équilibre psychique et pour bien vivre chaque étape du développement de l’être humain. Les malheureux débordements dont on est souvent témoin résultent de l’oubli des sages conseils, et pourtant il faut bien avancer dans ce que d’aucuns appellent l’inconnu, la foi, la promotion des individus par l’interaction des personnes, la réalisation, la grande libération. Voilà des motifs neptuniens que le cinéma nous expose assez bien parfois.

Par contre, les producteurs cinématographiques ont besoin d’argent pour faire les films et pour s’en procurer ils vont chez les marchands dans les genres suivants : les armuriers, qui exercent des pressions pour imposer des scénarios où les armes sont omniprésentes et les morts laissés dans l’indifférence; les compagnies de cigarettes, qui encouragent ce genre de drogue honorable et indirectement les autres drogues; les compagnies d’automobiles, qui occupent beaucoup trop d’espace dans les films (c’était plus justifiable dans les débuts de l’automobile); les compagnies d’électronique, qui, en échange de leurs donations, tiennent à faire montre de leur présence en imposant un niveau sonore devenu intolérable dans la majorité des films, de quoi tuer le cinéma. Ces derniers exemples démontrent que le cinéma a pris une dominante martienne sinon martiale désagréable depuis que les acteurs ont perdu le contrôle sur la bande sonore. Les acteurs comme les chanteurs doivent se battre et crier pour se faire entendre. Que devient le message à travers tous ces fracas et toutes les violences banalisées ? On dirait que cela est imposé aux spectateurs, comme la violence au hockey.

Pour illustrer mon propos, je vais en amateur livrer quelques réflexions sur des films que j’ai appréciés en salle de cinéma cette année. Mais avant je veux rappeler un film lancé en 1973 sous le titre : La montagne sacrée, un film culte réalisé par Alejandro Jodorowski. Grâce à une amie, j’ai eu la chance d’acheter récemment sur Amazone.ca  sa réédition en DVD et, bien sûr, de le regarder encore. Ce film avait été présenté de nombreuses fois sur grand écran au Collège de Trois-Rivières pour fin de discussion dans les groupes du cours de Philosophie de la condition humaine. Donc j’avais pu le visionner à plusieurs reprises par intérêt personnel et pour augmenter mon habileté à commenter les images et les scènes du film, qui se prêtaient bien au rappel des grands thèmes traditionnels relatifs à l’initiation, au cheminement spirituel de l’homme au sein de conditions absurdes et grossières parfois. D’entrée de jeu, je crois n’avoir jamais vu d’autres films aussi chargés en symbolismes.

La première partie nous présente quelques exemples d’initiation. Le film débute avec deux femmes qui reçoivent d’un « maitre Â» l’initiation dans un cérémonial très ritualisé par des gestes (moudras) et des sons tibétains et le dénuement des personnes sans doute en signe d’un nouveau départ pour la grande  purification. La nudité est fréquente dans ce film sans qu’on puisse dire que l’intention est érotique ou pornographique. Elles révèlent des façons dont le corps, le sien propre ou le corps de l’autre est traité : de façon dégradante ou de façon à servir un but d’élévation. La vie est présentée dans sa réalité brutale dans l’inacceptable comme dans la normale des défis que toute personne doit affronter dans le cours de son existence. 

Un deuxième tableau nous montre un imitateur de Jésus pratiquant des ascèses d’un goût douteux.  Entre autre, il se fait attacher sur le sable en plein soleil, exposé aux mouches et aux animaux, jusqu’à ce que son corps donne des signes apparents de décomposition. Bizarrement une fleur lui a poussé dans la main. Une troupe d’enfants le transportent. Par goût du spectacle ou non, il s’accroche sur une croix élevée, ce qui lui mérite une volée de cailloux lancés par des enfants qu’il met en fuite, après s’être délivré des cordages qui le retenaient à la croix. Pourtant malgré son étrangeté, ce personnage est assez authentique pour s’attirer la sympathie d’un cortège de belles jeunes filles « vertueuses Â» qui marchent à sa suite. Ce personnage et l’une des filles vont être présents jusqu’à la fin du film. Un infirme cul-de-jatte se lie d’amitié avec lui et se fait transporter sur le dos de l’ascète. Quand ces deux personnages se mettent en frais de transporter une croix, toujours à l’imitation de Jésus, il est aperçu par des vendeurs d’objets religieux qui s’intéressent à lui en raison d’une ressemblance qu’ils pensent pouvoir exploiter. On le fait boire jusqu’à perdre conscience et on fait un moulage de son corps en posture de crucifié, ensuite il est jeté sur un tas de pommes de terre. À son réveil, quand il aperçoit les nombreuses répliques de son corps, il crie de colère et casse tous ces plâtres. Il était prêt à suivre un chemin spirituel, mais la vue de ces moulages identiques de son corps heurtait manifestement sa conception de l’identité personnelle. Peut-être l’a-t-il compris à ce moment-là et a-t-il décidé de cesser les imitations grossières qu’il pratiquait lui-même ?

La deuxième partie du film nous transporte à Mexico. Il y a là une exposition et un montage qui présente la conquête du Mexique par les conquistadors. On voit des crapauds portant cuirasses de conquistadors, on voit couler le sang des pyramides et tout s’écrouler dans le bruit des explosifs. Le cul-de-jatte et l’ascète rigolent sur l’espace théâtral en démolition. On voit que le ton de la deuxième partie est nettement celui de la dénonciation et de la révolte qui permet de passer à autre chose. La bêtise humaine est identifiée et dénoncée sur toutes ses formes, la violence des militaires, l’incompréhension des indigènes, etc.

Avant de passer à la troisième partie, je dois dire que tout le décor du film repose sur des figures symboliques. Ce n’est que dans sa quatrième partie que le film nous montre des paysages naturels, des paysages de montagne, eh oui ! car il s’agit de gravir la montagne sacrée; c’est le grand symbole qui a donné le titre au film. Maintenant, il faut comprendre que la montagne que l’on escalade sur le plan physique n’est qu’un symbole de la Montagne sacrée qui représente les états de conscience et de l’être, qui se franchissent à la mesure des accomplissements et des détachements; ce qui est bien illustré dans la quatrième partie du film. La Montagne sacrée a pour analogue, le Mont Analogue chez saint Jean de la croix, le Mont Méru en Inde, la Montagne de Caf chez les mystiques musulmans, la Montagne sacrée des Taoïstes en Chine et le Mont Fuji au Japon. En plus de ces lieux, le Mont Olympe en Grèce, le Mont Thabor et le Mont Sinaï dans la Bible, sont d’autant plus consacrés qu’ils ont été visités par des sages, des saints et des prophètes qui ont énoncé les principes d’une culture universelle et métaphysique. Partout dans le monde, on trouve des montagnes sacralisées, parce qu’elles symbolisent le thème universel de l’Ascension et de l’Au-delà.

La troisième partie intéresse particulièrement les adeptes de l’ésotérisme explicite. C’est ici qu’on touche de plus près le thème de ce premier numéro d’Astrospirale 2011, l’Astrologie dans les manifestations artistiques – photographiques et cinématographiques. L’astrologie occupe une place importante dans le film. Le scénariste s’en sert de façon explicite pour illustrer des comportements, des passions, des manies et des entreprises qui correspondent plus ou moins à l’esprit des planètes. Sur le plan terre à terre, les planètes peuvent se prêter à des interprétations et à des concrétisations parfois décevantes, surtout quand elles illustrent les bas-fonds de la réalité la plus grossière. C’est un des aspects du symbolisme mais ce n’est pas le seul car les mêmes planètes regardées d’un point de vue transfiguré signifient autre chose. C’est ce qui fait dire parfois qu’il faut cultiver les vertus des planètes plutôt que leurs défauts. Elles représentent des champs de force qu’il faut apprendre à maitriser comme de bons outils. Cela va de soi si on croit que les planètes sont reliées à une intention divine supérieure; mais si on les retranche de toute intention supérieure dans un dualisme radical, elles sont vues comme de malheureux démons définitivement condamnés. Par contre, du point de vue de la non-dualité où tous les aspects de la réalité sont reliés et interdépendants, elles ne sont pas moins que nous des créatures divines qui attendent elles aussi leur transfiguration. Pour Jodorowski les planètes sont des principes ou des puissances qui régissent l’univers sur un certain plan, mais je ne vois pas qu'il ait saisi qu'un symbolisme authentique suppose le rattachement au Principe du Tout ou de l'Unité principielle. Par ailleurs, il me de donne l’impression de se réserver le beau rôle dans la dernière partie du film consacrée à l’escalade de la "montagne sacrée".

Alejandro Jodorowski a mis en scène des mini scénarios pour montrer les effets des planètes suivantes : Vénus, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune et Pluton. Chacune est représentée par un chef d’entreprise particulier; par exemple, Vénus sera la planète d’un entrepreneur appelé Fun qui fabrique et vend des cosmétiques, de la lingerie légère; il s’occupe de la « fabrique des bébés… Â»

Mars est représenté par une femme à jambe de bois (marque laissée par un accident). Mars virilise le comportement de certaines femmes. Les clairons retentissent pour l’appel aux armes. On fabrique des  bombes anti-personnelles. Les magasins vendent toutes sortes de gadgets, par exemple des guitares électriques en forme d’armes. Il faut bien motiver les ventes pour aider l’économie, n’est-ce pas, comme le soutiennent certaines personnes ou les marchands d’armes dans de nombreux pays ?

Le représentant de Jupiter vit dans le grand luxe, sa femme est un objet de salon mais il a des compensations avec sa maitresse. Il dirige une fabrique d’art qui effectue des peintures en séries; il réalise des sculptures vivantes et la « love machine Â» activée par l’émotion sensuelle. Son ambition le pousse à distribuer à l’échelle mondiale les productions des acteurs planétaires précédents; c’est un expansionniste.

Saturne est représenté par une femme qui sait se métamorphoser, passer de l’allure clown de cirque à celle, protocolaire, d’une reine qui passe les armées en revue, de même que les employés de ses usines qui portent le symbole de l’entreprise. L’obsession de la sécurité conduit à vouloir tout planifier, programmer les gouvernements, identifier les ennemis potentiels et se préparer quinze ans à l’avance pour leur faire la guerre. On publie régulièrement dans le but de programmer les gens.

Le représentant d’Uranus est un original qui se plait dans les « sexe trips Â». Il travaille dans les communications. Il reçoit les ordres par TSF et se charge de les transmettre. Par exemple il apprend qu’il faut élimer 4 millions de citoyens dans les 5 prochaines années pour régler les problèmes économiques. C’est son travail de faire avaler la pilule, au nom d’un impératif nouveau ou du progrès.

Neptune est représenté par un chef de police du nom de Jackson. Il surveille les nombreux mouvements de foule. Beaucoup sont sacrifiés au poteau d’exécution. Plusieurs personnes perdent certaines parties de leur corps car des collectionneurs maniaques en réclament pour leur musée privé. Tout le monde doit appliquer le livre vert (de Kadafi ?).  On gaze et on fusille. Probablement pour des raisons d’envahissement psychique, on extrait des corps de personnes bien vivantes, des objets, parfois des oiseaux, ou autres matérialisations causées par leurs désirs obsessionnels. Cela peut se comprendre, mais moins pour le sang bleu. L’auteur du scénario devait avoir une idée là-dessus.

Pluton est représenté par un passionné d’architecture. Il construit des immeubles dortoirs et des cités de la liberté. Les citadins passent la nuit dans un gratte-ciel où chaque citadin vient y dormir dans son cercueil particulier. La problématique du collectif et du particulier se trouve résolue. On sauve de l’espace tout en faisant des millions.

Commentaires

J’ai trouvé et je trouve encore désolante cette présentation des énergies planétaires. Elle est caricaturale, grossière, expéditive tout en mettant l’accent sur le côté dégradant. Si le but visé est de décrire des situations humaines en utilisant l’outil astrologique pour les décoder, c’est génial. D’autres films du même  genre aurait dû prendre le relais et donner des prolongements à ce procédé, et faire beaucoup mieux. C’est ce que j’espérais déjà en 1973 et qui ne s’est jamais réalisé par la suite. Pourtant ce film reste impressionnant par sa profusion de symboles en tous genres. On en voit partout, sur les personnes, sur les édifices, sur les murs des salles. Le monde est perçu comme un espace sacré malgré la coexistence du meilleur et du pire. Les candidats sensibles au symbolisme se retrouvent en face d’un programme de recherche qui peut prendre une vie. En marge de l’astrologie, d’autres démarches sont explorées, telle l’alchimie avec son idée de transformation, d’élimination des scories et de transmutation des énergies et émotions plutôt négatives en détermination morale et en sentiments supérieurs. Des signes kabbalistiques sur la chair humaine et dans des lieux de réunion signalent la voie de la mystique juive. Les symboles graphiques ou mandalas servant à l’exercice de la concentration se retrouvent sur les tables ou les murs donnant aux lieux une impression de sacré. Les moudras (ou gestes rituels des mains) s’y trouvent avec leurs semblables dans la gestuelle des arts martiaux, qui sont des tests. Quelques chakras de source orientale, tels le frontal et celui du cÅ“ur, reviennent à quelques reprises. Quelques cartes du Tarot ressortent dans le grand jeu de ce film. Même les quatre symboles des arcanes mineurs sont confiés au disciple de la voie comme des armes de survie pour la poursuite du chemin : le bâton (du pèlerin), l’épée (de la parole éternelle), la coupe (qui comble la soif), le denier (de l’œuvre accomplie).

Beaucoup se contentent de vivre dans une morne indifférence mais le spectateur du film est privilégié parce qu’il se sait convié à suivre quelques chercheurs authentiques du but de l’existence. Mais il faut traverser les sphères obscures des vendeurs d’illusions, des vendeurs de drogues diverses, des vendeurs de pouvoirs vains, de formules miracles sans efficacité spirituelle, d’objectifs à l’usage des volontés de puissance. Il faut toujours avoir à l’esprit que le but, n’est-ce pas, est d’atteindre la sphère de la liberté, de la vie et de l’amour ?

J’ai entendu des personnes dire qu’ils ne comprenaient rien à ce film. C’est compréhensible. La sensibilité au symbolisme s’éveille à la mesure de l’intériorité et de la recherche de sens dans la vie. Par ailleurs, les symboles eux-mêmes agissent en provocateurs d’éveil à la recherche du sens; ils servent de point d’appui à la réflexion et à la concentration. Mais tout cela peut encore échapper à de prétendus grands esprits. Je me rappelle que ce film impressionnant avait fait un peu scandale lors de sa présentation au Festival de Cannes 1973. Je ne saurais dire pourquoi : était-ce parce qu’on voyait dans cette profusion de symboles et de techniques initiatiques autant de parodies dégradantes des mystères qu’il fallait garder secret ? Il est vrai que ce film de 113 minutes est lourdement chargé si on tient compte de tout ce qu’on vient d’en dire, et il y a plus encore. Ce film ouvre quelques fenêtres sur les méthodes d’approche de quelques grandes traditions qui s’intéressent à l’homme et sa réalisation. Aussi, faut-il rappeler qu’il dénonce avec force et arguments imagés, les pièges et les illusions que le chercheur humain peut éventuellement rencontrer ? Quand le « territoire Â» de la liberté se montre, il faut savoir en rire, comme il est dit à la fin du film : « Ceci n’est pas la réalité, c’est un film. Â»

 

En guise de conclusion générale, je présente succinctement quatre films que j'ai vus en salle dans le cours de la dernière année et j'exprime quelques commentaires.

Premièrement, je veux rendre hommage au film Discours du Roi  réalisé par Tom Hooper, mettant en vedette trois personnages : le Roi George ‘Bertie’ VI (acteur Colin Firth), Lionel Logue (acteur Geoffrey Rush) qui agit comme thérapeute du Roi pour surmonter son bégaiement, la femme de George VI (actrice Jennifer Ehle) qui se trouve être la reine mère d’Élisabeth II. Ce film a remporté, le 27 février dernier, l’Oscar du meilleur film de l’année 2010.  J’ai adoré ce film que j’ai vu deux fois au grand écran. Ce film a les qualités que j’attends du cinéma : un niveau sonore convenable, des paroles audibles, un scénario assez évident pour qu’on puisse concentrer l’attention sur l’essentiel d’un problème et du message à transmettre. Une certaine stabilité dans le fond du décor qui donne sens au mouvement de la scène (au focus), une idée inspirée de la phénoménologie de la perception. La manière dont on provoque les émotions des spectateurs est à considérer : les émotions que l’art cinématographique arrive à provoquer servent-elles à élever le niveau des sentiments ? Or, ce film a toutes ces qualités. J’achète.

Deuxièmement, le film Des Hommes et des Dieu, Grand prix du Festival de Cannes 2010 et de plusieurs Césars, est une production française de Xavier Beauvois. Le film relate le drame de 7 moines cisterciens assassinés le 30 mai 1996 durant la guerre civile en Algére. On n’a retrouvé que leurs têtes mais non leurs corps. L’enquête n’a pas précisé les conditions de leur mort. Le film porte plus précisément sur la question de savoir si les moines doivent quitter ou rester au Monastère de Thibirine, en Algérie ? La guerre civile fait rage dans ce pays. Des fonctionnaires de l’État suggèrent aux moines qu’il serait préférable de quitter parce que c’est devenu dangereux d’être là et parce qu’on ne sait pas à qui on a affaire. On les traite en étrangers alors qu’ils demeurent, travaillent et sont liés d’amitié avec les gens du village depuis des décennies. De plus, ils rendent toutes sortes de services aux gens de la place, des chrétiens et surtout des musulmans, service de médecine, d’aide à la communication avec les fonctionnaires de l’État, d'interprètes, partage de service en agriculture, etc. Les rencontres interculturelles, les dialogues interreligieux sont favorisés et fonctionnent bien. Voilà pour le fond du décor, mais le cÅ“ur du problème est de décider en communauté si on reste ou on part. Christian de Chergé (joué par Lambert Wilson) le prieur du monastère propose que l’on reste. La gravité de la décision amène des confrères moines à réagir à cette façon de décider alors que c’est la vie et la mort de chacun qui est en jeu. « On ne t’a pas nommé prieur pour que tu décides à notre place ! » « C’est le sens même de la communauté qui est en jeu dans la manière où on va prendre la décision. Â»  Les échanges passent cette étape d’hésitation et chacun formule ses réserves ou les arguments qui justifient le fait de partir. Mais ces arguments reposant sur la peur pourraient conduire à la soumission à l’armée ou aux terroristes. Ils ne sont pas entrés chez les moines pour de semblables motifs. Progressivement, à force de dialogue libre et sincère, les arguments en faveur de rester sont exprimés et acceptés quand ils se rappellent mieux le sens de leur mission. Finalement, ils restent d’un commun accord. Quelque temps plus tard, sept moines seront enlevés (deux y échappent) comme otages pour servir de monnaie d’échange pour la libération des terroristes retenus en France. Je retrouve dans ce film les qualités que j’ai identifiées dans le précédent. En plus, il faut souligner la qualité des dialogues incarnés dans la réalité concrète des discussions touchant les rapports interculturels, les conflits interreligieux. Je n'ai jamais si bien compris le sens de l'incarnation. Il faut voir ce film et entendre son message pour comprendre qu’il y a toujours un espoir, sinon une invincible espérance. Au début, nous avons dit : Neptune c’est le message, la capacité de voir grand. À sa manière, ce film redonne au cinéma une façon de toucher les cordes sensibles de l'intérieur humain sans déployer les armes et faire du bruit à tout casser. Sans qu’il soit question d’astrologie dans ce film, on peut tout de même dire qu’il touche les valeurs neptuniennes de la communauté, de la conscience universelle et de la foi.

Troisièmement, le film Avatar de James Cameron est un événement qui illustre bien les capacités technologiques mises à la disposition des cinéastes pour réaliser des films qui arrivent à dire ce qui était réputé inexprimable. Produire des images et des robots qui imitent à ce point le vivant, à le faire penser et parler, jusqu’à faire oublier peut-être qu’on est en pleine fiction. Cela me rappelle les mots de Don Quichotte dans un film qui lui était consacré : « Quand la fiction atteint ce degré de perfection, elle rejoint la réalité. Â» C’est une phrase on ne peu plus neptunienne, car elle fait sentir la possibilité de la surréalité, de l’impossible possible. Dans ce film, le bruit des machines et les armes des envahisseurs modernes d’une lune (on dirait de Jupiter) s’opposent à la fraicheur et à l’esprit de recueillement d’une population d’indigènes qui vivent en paix près de leur arbre de vie. On viole leur espace sacré, on détruit leur sanctuaire. On peut envisager qu’il est à craindre que l’aventure cinématographique, s’engageant dans cette voie, ne soit tentée de commettre le "viol" des esprits, qui entraine leur dégradation. Je fais allusion ici aux remarques de Léon Chestov publiées dans son livre Les révélations de la mort, dans lequel il disait qu’il arrivait à certains visionnaires de débaucher les esprits d’un autre monde et de les entrainer dans le sentier dégradant.  C’était en interprétant la Nouvelle de Dostoïevski : Le Rêve d’un l’homme ridicule. 

Quatrièmement, quelques mots pour rappeler l’importance du film québécois réalisé par Sylvain Archambault : Piché : Entre ciel et terre. Ce film a semblé plaire au public et les recettes au box-office ont été bonnes. Ce film m’est apparu exportable pour sa qualité et en raison du sujet traité : l’atterrissage en catastrophe de l’Airbus A330 aux Açores en aout 2001.  On pourrait reprocher que ce film est assez bruyant, que le scénario dévie du thème de l’aviation auquel on s’attendait, que les spectateurs sont trop longtemps retenus sur l’histoire d’un transport de drogue qui à conduit le pilote Robert Piché en prison en Géorgie (É-U). Est-ce que ce sont ces genres de remarques qui ont fait que le film a été ignoré des récents prix Juno’s du cinéma ? Je veux bien pour le bruit. Le temps en prison et la thérapie après l’atterrissage, sont des aspects de la biographie de Robert Piché qu’on ne pouvait ignorer sans massacrer le message du film. Dans l’analyse que j’ai faite de la Carte du ciel de Robert Piché et des Cartes qui éclairent les conditions de l’atterrissage en catastrophe, j’ai démontré que la conjonction Neptune-Saturne, appliquant sur l’Ascendant et au centre d’un carré en T avec Mars et Uranus, était une configuration qui avait forcée notre héros à travailler sur lui-même de façon sérieuse et courageuse pour survivre dans un contexte où il faut tout de même sauver l’image de la respectabilité. Plus que l’atterrissage, sa popularité soudaine a produit un choc psychologique qu’il a dû résoudre en accomplissant un genre de mutation proprement neptunienne, en développant une esprit de compassion et de service, soit en venant en aide aux gens souffrant de dépendance à l’alcool ou autres drogues. Cela fait de lui un double héros, en atterrissant son avion et en dominant le malaise psychique, deux épreuves qui commandent une purification, quand elles sont ramenées à la grande lumière du jour. Je conclus en disant que, malgré tout, Robert Piché a pu profiter d’une grande visibilité. Par contre, les donneurs de prix de cinéma auraient tout de même pu faire plus pour Sylvain Archambault le réalisateur.

Donat Gagnon, 21 mars 2011.


Commentaires des lecteurs :
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