Le film Thelma & Louise ou l'empreinte de la Lune Noire

Par Carole Lalonde


Thelma & Louise est un film américain produit en 1991 par Ridley Scott. Il met en vedette Susan Sarandon dans le rôle de Louise et Geena Davis dans le rôle de Thelma.

 

Synopsis du film :

Susan Sarandon joue le rôle de Louise, une serveuse au début de la quarantaine; Louise en veut à son amoureux, Jimmy, qui refuse de s'engager dans le mariage. Elle décide de partir une fin de semaine avec une copine pour une "virée" entre filles. Cette copine, c'est Thelma (Geena Davis), une femme-enfant mariée à Darryl, un homme caractériel et jaloux. N'osant pas affronter son mari, Thelma part en douce avec son amie Louise, dans une mythique Thunderbird bleue décapotable  de 1966.

 

Sur l'insistance de Thelma, elles arrêtent dans un bar, le Silver Bullet. Thelma, qui n'a jamais l'occasion de sortir pour s'amuser, devient rapidement soule. Son partenaire de danse l'entraine vers le stationnement et commence à la violer. Louise arrive sur les lieux et le somme d'arrêter. L'homme l'ignore; Louise lui met un revolver sur la tempe. L'agresseur relâche son emprise sur Thelma; il se tourne cependant vers Louise et lui lance des propos obscènes. Celle-ci vise froidement et l'atteint au cœur. On voit l'homme s'affaisser sur le coffre de sa voiture. Les deux femmes s'enfuient en trombe avec leur voiture.

 

Après l'affolement des premières minutes, Louise renonce à aller à la police; elle choisit plutôt la cavale, convaincue qu'elles ne pourront jamais prouver qu'il y a eu tentative de viol. Elle communique alors avec son ami de cœur, Jimmy, en lui mentionnant qu'elle est dans de sales draps, mais sans préciser qu'elle a tué un homme. Elle lui demande de lui faire parvenir de l'argent pour l'aider à se sortir du pétrin. Jimmy réalise que la situation de Louise est sérieuse; il se rend à sa rencontre et lui remet l'argent en mains propres. Puis, ils vont au motel et il lui offre enfin la bague tant désirée. Louise accepte de la porter, mais refuse de revenir avec lui. Malgré l'insistance de Jimmy, elle garde le secret sur son meurtre et promet de l'appeler quand tout sera réglé. Puis, ils se quittent après une nuit d'amour.

 

Pendant ce temps, Thelma est dans sa chambre, au même motel. Elle se laisse séduire par J.D. (interprété par Brad Pitt), un mauvais garçon extrêmement séduisant. Il raconte ses méfaits à une Thelma fascinée. La jeune femme, qui n'a connu qu'un seul homme depuis l'âge de quatorze ans, découvre enfin l'orgasme dans les bras de J.D. Le lendemain matin, Thelma et Louise se retrouvent au restaurant du motel. Louise découvre alors que Thelma a laissé filer le bel aventurier avec tout leur fric.

 

Devant une Louise effondrée, Thelma se métamorphose. Elle ordonne à Louise de monter dans la voiture. En route, les deux femmes passent devant une épicerie. Thelma met ses lunettes de soleil, sort posément et va braquer le commerce, de la manière enseignée par son amant de la nuit précédente. Puis, la décapotable s'éloigne en trombe. Plus tard, elles seront interceptées par un patrouilleur pour excès de vitesse. Pendant que Louise, assise aux côtés du policier, sort son permis de conduire, Thelma arrive à sa hauteur et le menace de son arme. Les deux complices l'enferment ensuite dans le coffre de sa voiture.

 

Pendant que les deux femmes multiplient les méfaits, la police les recherche activement. Un enquêteur du nom de Hal (Harvey Keitel) s'intéresse de près à l'affaire. Après avoir interrogé la serveuse du bar, il conclut à une sale affaire, où les femmes ont peut-être agi en légitime défense. Jusqu'à la fin, Hal essaiera de convaincre Louise de faire demi-tour et d'affronter la justice.

Louise se dirige ensuite avec Thelma vers le Mexique, mais refuse de passer par le Texas, malgré que ce soit une direction tout indiquée. Thelma cherche à connaître la raison de cet évitement dans le passé de Louise. Elle soupçonne que son amie a été violée au Texas. Thelma refuse de dévoiler son secret.  Toujours sur la route, les deux femmes croisent à plusieurs reprises un chauffeur de camion lubrique qui leur fait des gestes vulgaires. Elles l'attirent avec des poses séductrices, puis elles mettent le feu à son camion-citerne rempli d'essence.

 

Finalement, elles arrivent au Grand Canyon. Elles se savent alors recherchées. Malgré la fatigue du voyage, Thelma dit à Louise : " Je suis éveillée; je n'ai jamais été aussi éveillée…" Elles sont alors prises en chasse par une meute d'autos patrouilles et un hélicoptère qui surgit devant elles, de manière spectaculaire, du ravin. Les policiers les somment, à l'aide d'un haut-parleur, d'éteindre leur moteur et de se rendre. Thelma regarde Louise et lui dit: "Si tu veux bien, continuons notre route." Louise la regarde d'abord sans comprendre. Devant eux se trouve un gouffre. Les deux femmes se regardent un long moment. Elles se sont comprises. Elles s'enlacent et Louise appuie sur l'accélérateur. Devant les patrouilleurs ébahis, la Thunderbird s'élance dans le ravin. La dernière scène, mythique et maintes fois imitée (!),  montre l'arc décrit par la décapotable bleue, dans le ciel du désert.

 

La Lune Noire comme toile de fond du scénario

 

Tout d'abord, rappelons ici les caractéristiques de la Lune Noire, qui découlent de sa position astronomique : mentionnons brièvement que la Lune Noire représente un vide à combler, (foyer vide de l'orbite lunaire); elle représente également notre nature cérébrale (apogée de l'orbite lunaire) alors que le point opposé, Priape, représente notre nature animale, instinctive (périgée de l'orbite lunaire).  On se souviendra que dans la mythologie, Priape avait un phallus démesuré. De par sa nature cérébrale, la Lune Noire entraîne à des actes privatifs, tels refouler, refuser, castrer, sublimer, initier. Pour sa part, Priape au point opposé nous entraîne à des actes fusionnels, tels la jouissance, l'ivresse, la passion, la spontanéité, le rire, le délire, l'errance, l'absurde[1]. Le rôle de la Lune Noire, dans notre évolution personnelle, sera de faire de nous des individus autonomes, libérés de tout conditionnement. D'où le qualificatif d'initiatrice qu'on attribue à la Lune Noire.

 

Il découle de cette position astronomique particulière de la Lune Noire qu'elle est opposée à la Lune. La Lune se manifeste à la Terre, alors que la Lune Noire est le non-manifesté, le silence, le secret. Egalement, la Lune Noire est le double de la Lune en termes de foyer de l'ellipse. La Lune Noire est  qualifiée de lucide et individualisée en raison de son éloignement de la Terre, de ses attaches, de son conditionnement. 

 

Analyse de l'histoire

 

L'histoire illustre une recherche d'équilibre entre la Lune Noire et Priape. Au début, nous faisons connaissance avec une Louise (Susan Sarandon) marquée par l'ascèse de la Lune Noire. Elle est rationnelle, froide, autoritaire et entend bien diriger sa vie elle-même. Nous comprendrons bientôt que suite à une nébuleuse histoire de viol, elle est en réaction contre Priape et ses excès. Elle a refoulé sa sensualité, ses désirs. Louise est une femme de tête.

 

A l'opposé, son amie Thelma se présente au début du film comme une femme-enfant, sans aucune autonomie. Elle n'est pas lucide face à sa vie; elle n'a pas appris à refuser.  Les deux seront confrontées à Priape : Louise, parce que sa Lune Noire l'amène à refouler des événements jugés trop douloureux (son viol au Texas). Thelma, pour sa part, sera subjuguée par Priape, parce qu'elle n'a pas développé sa nature cérébrale. Une première rencontre avec Priape a lieu lors de la tentative de viol au bar; il s'agit d'une manifestation inconsciente, incontrôlée. La deuxième rencontre avec Priape a lieu lors de la séduction de J.D. (Brad Pitt). Cette fois, Thelma s'abandonne totalement, avec anticipation, au plaisir.

 

Tout au long du film, les exigences symbolisées par la Lune Noire se révèleront presque insoutenables: Louise doit renoncer à son fiancé; Thelma doit apprendre à vivre dans l'insécurité la plus totale; elles seront dépouillées de leur argent; elles devront tout quitter pour fuir. Un équilibre précaire est trouvé dans le rire, les chansons à tue-tête, la spontanéité, la folle gaieté, l'ivresse, le plaisir. C'est l'axe Lune Noire - Priape qui s'exprime ici. Malheureusement, les deux personnages finiront par perdre pied dans cette oscillation de plus en plus extrême entre deux pôles; elle se terminera par un ultime soubresaut, celui de la plongée vers la mort.

 

Mais le cheminement des deux femmes mérite qu'on l'explore plus à fond, car les stigmates de la Lune Noire apporteront lucidité et dé-conditionnement aux deux femmes. La présence de Louise et de J.D. à ses côtés servira de catalyseur à Thelma; elle vivra en accéléré son adolescence manquée et ses débuts de vie d'adulte. Sa relation osmotique avec J.D. reflète d'ailleurs le thème du double. La scène du motel où J.D. joue avec elle à la main chaude et saute à pieds joints sur le lit, évoque l'innocence du frère et de la sœur jouant ensemble. On y sent que Thelma a trouvé, l'espace d'une nuit, l'âme sœur avec qui elle vit enfin son adolescence. Ensuite, le récit que fait le mauvais garçon de ses cambriolages fascine Thelma. Elle est comme envoûtée. Le lendemain, elle réussira avec brio un braquage basé sur les enseignements de son alter ego devenu  son mentor.

 

Quant à Louise, le double se manifeste de manière paroxystique, lorsqu'elle est témoin de la tentative de viol de son amie. Son agresseur surgit de son passé et se confond avec l'agresseur de Thelma. Sa colère et son désir de vengeance, si longtemps réprimés, font irruption; elle passe de victime à justicière avant d'abattre froidement l'homme qui est devant elle.

 

La rencontre de son double s'accomplit encore une fois dans la scène finale du film. Alors qu'elles sont au Grand Canyon, les deux femmes se témoignent leur appréciation mutuelle de ce voyage initiatique à deux. A mesure que la fatalité les poursuit, sous la forme d'une meute d'autopatrouilles, leur identité se fusionne en un bloc. Délaissant derrière elles maris et amants, agresseurs et policiers, elles s'enlacent et s'élancent vers la mort.

 

Il devient intéressant ici de relever les propos de Laurence Larzul au sujet de la rencontre avec son double, son reflet, son image. Elle affirme: " Nous rivalisons instinctivement avec cette image, car nous n'avons d'autre recours que d'affirmer notre différence à son égard. Ne pas le faire, c'est traverser le miroir, se fondre dans le reflet….  On ne peut fusionner avec le reflet sans risque de se noyer."[2]  Il est clair, en observant le déroulement du scénario, que les rencontres successives avec son double, contribueront au naufrage des deux femmes.

 

On peut parler de paradoxe également, dans le cas de la Lune Noire. Face à la violence, face au machisme, elles affirment leur différence d'une manière tellement extrême qu'elles deviennent à leur tour machistes et violentes. L'ombre les recouvre totalement, telle une éclipse, et elles deviennent ceux qu'elles combattent.

 

La présence de Lilith

 

Lilith, personnage mythique surgi de la tradition juive, se faufile à travers le film. De nombreux auteurs l'ont associée à la Lune Noire. Lilith serait la première femme, née avant Adam et avant Eve. Elle aurait sommé le Créateur de la débarrasser de ce piètre amant qu'était Adam![3] Elle s'envolera hors du Paradis Terrestre (comme les deux femmes sembleront s'envoler de la terre du Grand Canyon à bord de leur Thunderbird); Lilith reviendra sous la forme d'un serpent tentateur pour tendre à Eve la pomme de l'Arbre de la Connaissance.

 

Lilith est la créature par qui le Mal est venu. Tout au long du film, Louise s'identifie inconsciemment à la première femme de la mythologie juive. Elle est stigmatisée par son passé, par cette condamnation sans appel des hommes qui l'ont jugée responsable de son propre viol, qui ont placé l'homme au-dessus des lois. La présence de Hal, l'enquêteur, peut paraître insignifiante, inefficace. Mais en réalité, son rôle symbolique de rédempteur qui lui tend la main, lui fait porter le film sur ses épaules. De drame, le film devient tragédie lorsque le spectateur réalise que le mythe primitif, archaïque, de Lilith et de sa chute du Paradis Terrestre, se joue encore une fois dans un bled perdu du sud-ouest des Etats-Unis, en plein vingtième siècle! Plus encore lorsque le Rédempteur, revenu sous les traits de l'enquêteur Hal, sera crucifié, bâillonné, ravalé par le mythe primitif de Lilith et de sa honte.

 

Une courte scène qui passe presqu'inaperçue, mérite qu'on y revienne: c'est celle où Louise, assise dans la voiture, attend son amie Thelma partie à l'épicerie. Elle ne se doute pas que Thelma est en train de braquer le commerce. Louise jette un coup d'œil à la maison sur le bord du chemin. Elle y voit une femme âgée assise à la fenêtre. Le spectateur, désormais aguerri à ce milieu résolument hostile, aura tôt fait de conclure à la "commère du village", qui va bientôt pouvoir se repaître de leurs agissements répréhensibles. Mais non, le visage demeure en retrait, dans une intériorité paisible. Une autre femme est debout derrière elle. Louise et la vieille femme s'échangent un regard. La vieille semble communiquer avec elle par osmose, l'invitant presque à vieillir, peut-être avec Thelma à ses côtés… Mais Louise est brusquement tirée de sa rêverie, lorsque Thelma sort de l'épicerie en criant et en gesticulant, le magot à la main. Encore une fois, c'est la fuite en avant. Les dés sont jetés.

 

Avant de terminer cette analyse, j'aimerais parler de l'impact sociologique de ce film. Après vingt ans, nous sommes clairement en présence d'un film-culte. L'analyse astrologique, pour sa part, valide son impact en le reliant aux grands mythes de l'histoire. Pour le spectateur moyen, le film a contribué à mettre en relief la culture machiste du sud-ouest des Etats-Unis et la banalisation de la femme-objet. Cependant, certains (ou certaines?) ont qualifié le film de "pseudo-féministe". Ceci amène l'astrologue à se poser la question suivante : "De quelle manière s'exprime la Lune Noire dans ce film?". Un regard critique nous permet de voir que le contexte social dépeint par le film met en jeu des forces inégales entre la Lune Noire (individuation) et Priape (forces de l'instinct). Egalement, que le danger du double n'a pu être évité en raison de la profonde blessure narcissique que portent à la fois Thelma et Louise. Enfin, que la Lune Noire en tant qu'ombre (Lilith) culpabilisante, demeure sans espoir de rédemption.

 

Thelma et Louise sont-elles victimes ou héroïnes? Chacun pourra se former sa propre opinion. Pour ma part, j'aimerais souligner l'extrême lucidité de la dernière scène où Thelma dit à Louise: " Je suis éveillée; je n'ai jamais été aussi éveillée…" Le spectateur est alors transporté dans un espace-temps quelque peu surréaliste, fait d'intensité et de fatalité. Il est dans l'attente de ce qui va suivre et qu'il sait être inexorable. Leur mort, choisie en pleine conscience, a quelque chose d'initiatique et d'individualisé. Elle signe leur refus ultime de  l'autorité, de la justice des hommes, du machisme."

 

Thème de Geena Davis


 


Les coordonnées de naissance des deux actrices principales nous sont données sur Astrothème.[4]

J'ai choisi de me pencher sur le thème de Geena, qui présente une Lune Noire vraie en Verseau en conjonction exacte à son Soleil.  Avant d'analyser son thème, voyons brièvement sa biographie.

 

Geena Davis est née d'une mère assistant-professeur et d'un père ingénieur civil. Durant son adolescence, elle a pratiqué le tir à l'arc, jusque dans des compétitions olympiques. Elle a joué de divers instruments de musique et a appris le norvégien. Elle fait partie du club Mensa avec un quotient intellectuel de 140. Elle mesure 6 pieds. Geena a été mannequin avant d'être découverte par le cinéma. Elle a tourné dans de nombreux films; elle s'est mariée quatre fois. Son dernier mariage avec un médecin iranien dure toujours. Elle a eu de lui une fille, puis deux jumeaux à l'âge de 48 ans. Geena milite activement pour une représentation équitable des deux sexes à la télévision et au cinéma, dans les émissions d'enfants. Un doctorat honorifique lui a été décerné pour son implication à ce niveau. Depuis 2002, elle est moins active au cinéma puisqu'elle se consacre à sa famille et à son travail de conscientisation sociale.

 

Des liens intéressants nous apparaissent entre son vécu et son thème. Il s'agit d'un thème de personnalité forte, avec un grand carré en signes fixes et la conjonction Lune Noire - Soleil. Sa pratique du tir à l'arc, que l'on retrouve avec la conjonction Saturne-Mars en Sagittaire, n'est pas sans rappeler les Amazones, thème corollaire de Lilith.  Neptune à l'Ascendant Scorpion peut surprendre; il est maître de la maison V. On voit que son jeu d'interprétation en tant qu'actrice a pu bénéficier de cette plasticité naturelle de Neptune à l'Ascendant.

 

La Lune Noire conjointe au maître du Milieu du Ciel nous confirme que sa vie professionnelle l'a conduite à des crises existentielles et des carrefours, d'autant plus que les deux maîtres du MC et du FC s'opposent en réception mutuelle; les deux sont en exil. Neptune maître de maison V à l'Ascendant  laisse supposer que Geena a pu recourir aux paradis artificiels pour fuir ces tensions énormes, d'autant plus que Priape, dans sa recherche de sensations, est conjoint au dispositeur de son Soleil, Uranus.

 

Sa grossesse gémellaire à 48 ans nous montre un choix de vie atypique en faveur de la vie de famille. Sa culture a pu se fondre avec celle, radicalement différente, de son conjoint iranien, si on regarde les noms donnés aux enfants, à consonance iranienne. N'oublions pas que la Lune Noire, qui nous invite à couper avec nos conditionnements, est avant tout culturelle!

 

Soulignons également au passage la forte empreinte uranienne qui teinte son vécu. Elle a marié un chirurgien plastique. Pour une actrice célèbre, nous pourrions y voir la promesse inconsciente de l'éternelle jeunesse, chère au Verseau! Egalement, cette grossesse à 48 ans démontre une étonnante fertilité (pensons au mythe d'Ouranos). Son implication sociale pour l'égalité des sexes, son doctorat honorifique également, sont des thèmes Verseau qui se marient bien avec la Lune Noire faite à la fois de refus et d'engagement. Son physique est tout autant atypique (elle mesure six pieds et chausse la pointure 12!), que son parcours de vie.

 

A l'heure actuelle, sa vie nous apparait stable, épanouie; une photo prise en 2008 nous la montre recevant son doctorat honorifique. Elle porte une chevelure longue, de couleur naturelle; quant à  son visage, il apparaît également  naturel, sans fard.  On peut penser que sa Lune en Taureau, sur son degré d'exaltation et en maison VII, ainsi que son Soleil appliquant au FC, et le signe du Cancer chevauchant sur sa maison IX,  ont apporté ce virage dans ses valeurs qui lui a fait retrouver l'équilibre entre carrière et vie familiale. Son Neptune à l'Ascendant, après sa quadrature, nous apparaît comme un sacrifice librement consenti de s'effacer derrière son rôle de mère.

 

Si on compare le film Thelma & Louise et sa carte du ciel, il apparaît clairement que ce film était fait sur mesure pour elle.  L'hyperlucidité de la conjonction Lune Noire-Soleil a pu la guider dans l'intelligence instinctive du personnage de Thelma, de son parcours initiatique et de son étonnante métamorphose.  Fait à noter, le 24 mai 1991, qui marque la date de sortie officielle du film, la Lune Noire vraie se trouvait à 17 degrés du Sagittaire, sur le nœud nord de Geena Davis et sur la Lune Noire natale de Susan Sarandon! Les deux actrices ont reçu une nomination pour un Oscar pour leur film. Il y aurait des choses très intéressantes à dire sur le thème de Susan Sarandon également, mais je laisse le plaisir de ces découvertes au lecteur.

 



Thème de lancement du film

 


Je terminerai cette analyse en présentant le thème du lancement du film, dressé pour le 24 mai 1991 à Hollywood, Californie, avec un Soleil placé en conjonction exacte au MC, puisque l'heure du lancement nous est inconnue.  Le but de cette analyse est de présenter le modus operandi de la Lune Noire, en quelque sorte, à partir de la démarche suggérée par Laurence Larzul, qui nous dit que " tout se passe comme si la Lune Noire montrait le parcours initiatique que nous devons emprunter pour passer des valeurs Nœud sud aux valeurs Nœud nord."[5]

 

Voici ce que l'auteure nous dit d'une Lune Noire en Sagittaire : " Le problème de cet individu est d'adhérer au consensus moral de son temps…Nous le verrons plutôt adepte de l'hérésie… ou encore d'un courant spiritualiste ou intellectuel minoritaire prônant une philosophie hors-norme." [6] Il s'agit ici, bien sûr, de féminisme.

 

Voyons maintenant l'axe des nœuds. Le nœud sud est en Cancer; le nœud nord en Capricorne. Dans son livre, écrit avec Patrick Giani,  sur les nœuds lunaires, Laurence Larzul dit de cet axe:

"Dans une vie antérieure récente, vous avez beaucoup rêvé sans mener les choses à maturité… Vous gardez une attitude enfantine face aux responsabilités sociales. Vous cherchez l'approbation d'un père. Sans son appui, vous craignez que la terre ne se dérobe sous vos pieds. Vous avez besoin de modèles. Pourtant, vous devez grandir à présent et travailler à votre élévation personnelle."[7]

 

L'astrologie nous permet de cerner le propos du film, qui est d'inviter les femmes à délaisser un modèle patriarcal étouffant pour ériger leurs propres modèles. Jupiter en Lion en XII nous invite à réexaminer ce modèle patriarcal. Une intéressante réception mutuelle entre la Lune en Balance et Vénus en Cancer, en quadrature, nous indique des ajustements à apporter aux rôles féminins; quant à Saturne au Verseau (dispositeur du Nœud Nord), Liz Greene nous invite à le considérer comme lié à "une conscience de groupe."[8] Ce peut être l'avatar attendu qui permet "d'adhérer au consensus social de son temps."

 

En terminant, ma recherche via cet article m'a fait renouer avec la Lune Noire; son importance dans nos analyses astrologiques s'y trouve confirmée ! Tel un hologramme, la Lune Noire apporte cette profondeur qui nous fait toucher aux racines de l'Être.

Carole Lalonde
courriel : clalonde@hotmail.com


[1] Larzul, Laurence, Comprendre la Lune Noire, Editions de Vecchi,  p. 25

[2] Larzul, Laurence, p. 18

[3] Bril, Jacques, Lilith ou la mère obscure, Edtions Payot, Paris 1981

[4]  Geena Davis est née à Wareham Center, Massachussetts, 070 W 43 / 41 N 46, le 21 janvier 1956 à minuit 6 minutes, EST. 

Susan Sarandon est née à New York, N.Y., 074 W 00 / 40 N 42' 51", le 4 octobre 1946 EST à 14h25.

[5] Larzul Laurence, p. 23

[6] Ibid, p. 46

[7] Giani Patrick et Larzul Laurence, Les nœuds lunaires, Ed. de Vecchi, 1990, p.157.

[8] Greene Liz, Saturn, A new look at an old devil,  Weiser1979 p. 66