Saturne en Balance: vers la maturité relationnelle

 

  Saturne en Balance : vers la maturité relationnelle.

 

 Après un premier passage dans le signe de la Balance du 29 octobre 2009 au 7 avril 2010,  Saturne y est à nouveau entré le 21 juillet 2010 et y restera jusqu’au 5 octobre 2012.

 

Les transits de Saturne.

Quand Saturne transite un lieu, il est souvent perçu comme un facteur restrictif, privatif et frustrant. Armé de sa faux, ce dieu-planète coupe, là où il passe, tous les cordons ombilicaux matériels, affectifs, intellectuels voire « spirituels » que nous nous constituons quotidiennement pour nous rassurer. Mais sa valeur privative nous oblige à nous responsabiliser, à devenir autonomes et adultes, à grandir. Comme un arbre que l’on taille pour le renforcer et lui permettre de donner de meilleurs fruits, plus beaux et plus sains, la personnalité est elle aussi, lors des transits importants de Saturne, soumise à un élagage pour la faire fructifier. On comprend aisément que ces élagages, avec tout ce qu’ils supposent de sacrifices et de renoncements, puissent ne pas être perçus comme des parties de plaisir pleines de joie et de légèreté. Néanmoins, à celui qui se montre prêt à gravir la montagne (celle du Capricorne dont Saturne est le maître), à celui qui accepte de s’alléger et d’abandonner toutes ses béquilles et ses poids inutiles, à celui qui consent à renoncer à tout superflu pour entrer dans la profondeur de son silence intérieur, à celui-là Saturne offrira, au bout d’un lent et patient travail de maturation tout en tension verticale, ses qualités de structuration, d’intériorisation, de détachement serein ; et au fil de cet allègement, permettra l’accès à l’Essentiel, à la couronne de Lumière intérieure évoquée par ses anneaux, à l’Être.

 

Le transit de Saturne en Balance constitue donc l’occasion de chercher à comprendre quelle est l’essence de ce signe, afin de pouvoir en élaguer les aspects plus superficiels qui conviennent peu à la rigueur et à l’austérité saturniennes. Nous pouvons remarquer d’emblée que le grave et sérieux Saturne est exalté en Balance, ce qui à première vue pourrait paraître surprenant dans ce signe qui est sous la maîtrise de la belle et souriante Vénus. Saturne le solitaire, vecteur d’inhibitions et de refoulement, exalté dans le signe de la relation ! Saturne le Surmoi structurant, exalté dans le domicile aérien de la changeante déesse de l’amour !

 

Le mythe de Myrrha.

Pour éclairer quelque peu ces apparentes contradictions, adressons-nous à la mythologie gréco-romaine, et parmi les nombreux épisodes aussi intéressants les uns que les autres concernant Vénus-Aphrodite, choisissons d’évoquer aujourd’hui l’histoire de Myrrha, propre à nous offrir quelques enseignements sur le signe de la Balance et ses rapports avec Saturne. C’est l’histoire d’un bien tragique amour que nous conte Ovide dans Les Métamorphoses, au Livre X.

 

Alors que Myrrha, fille du roi de Syrie Cinyras, n’est encore qu’une petite fille, sa mère Cenchréïs offense Aphrodite en prétendant que l’enfant est plus belle que la déesse ! Myrrha elle-même, encouragée par tant d’audace maternelle, se croit dispensée d’honorer la déesse ! Voilà pourquoi cette dernière, toujours prête à la vengeance malgré ses séduisants sourires, décide d’enflammer le cœur de la jeune fille d’un amour malheureux : l’adolescente tombe amoureuse de son propre père !

Consciente d’être la proie d’un amour coupable, Myrrha tente de le combattre tout en étant douloureusement déchirée entre des arguments contradictoires.

Lorsque Cinyras, ignorant que sa fille est éprise de lui, la consulte sur le choix de son époux, celle-ci lui répond : « Je voudrais un époux comme toi ! » Le père approuve la jeune fille ; il ne comprend pas !

Une nuit, accablée de honte et de douleur et n’en pouvant plus de tant d’insoutenables tourments, Myrrha tente de mettre fin à ses jours. Cependant sa nourrice veille et sauve la jeune fille qui finit par lui confier son terrible secret ; la vieille femme promet à l’enfant de l’aider à rejoindre le lit paternel. Myrrha, bien qu’étant toujours en proie à de terribles hésitations,  va consommer son crime et se retrouve enceinte dès la première fois.

Lorsqu’après douze nuits d’amour, Cinyras veut enfin connaître son amante, allumant un flambeau, il découvre avec effroi sa fille et son déshonneur. Il se saisit alors de son épée pour la tuer.

Epouvantée, Myrrha s’enfuit dans les ténèbres ; neuf jours durant, elle erre dans les campagnes. A nouveau déchirée, cette fois entre la crainte de la mort et le dégoût de la vie, elle implore les dieux de la bannir du monde des vivants et de celui des morts. Les dieux entendent sa prière et la transforment en arbre : ses larmes coulent sous forme de gouttes de myrrhe, liqueur embaumée qui perpétuera sa mémoire.

Puis un jour, le fruit de l’inceste ayant grandi sous l’écorce, l’arbre s’entr’ouvre pour laisser naître l’enfant, le bel Adonis qu’accueillent les Naïades, le couchant sur l’herbe molle et l’arrosant des pleurs de sa mère.

La beauté de l’enfant est telle que Vénus elle-même en tombe amoureuse ; mais ceci est une autre histoire encore.

 

Quelques pistes d’interprétation.

Le choix de ce mythe pour illustrer le signe de la Balance, et plus particulièrement les rapports de ce signe avec Saturne, s’appuie sur la nature de l’amour tout à fait particulier de Myrrha. Un amour coupable car incestueux, inspiré par l’esprit de vengeance de Vénus, et unissant Myrrha à son père, c’est-à-dire liant une jeune fille à un homme âgé, symboliquement un amour vénusien passant par le prisme de Saturne.

 

Ce mythe est d’une très grande richesse, mais dans le cadre de ce court article, nous nous arrêterons simplement sur l'aspect d'immaturité de Myrrha, propre à nous éclairer sur l’un des aspects saturniens du signe de la Balance et sur quelques-unes des conditions nécessaires à une vie relationnelle saine. Nous convions le lecteur à méditer l’ensemble du beau texte d’Ovide afin d’approfondir les autres nombreuses pistes d’interprétation.

 

Si Myrrha tombe amoureuse de son père, c'est qu’obnubilée par sa propre beauté physique, coupée de sa dimension sacrée, elle se montre incapable de s'ouvrir à l'altérité. Éprise d’elle-même plus que d’un autre, elle va très logiquement investir son amour sur son géniteur, celui dont elle est issue et en qui elle va pouvoir se retrouver. Cette relation en miroir lui évitera les remises en cause et les métamorphoses nécessaires à toute véritable rencontre.

 

Or, le signe de la Balance ouvre le second hémicycle du zodiaque, celui de la relation à l'autre. Pour que cette relation puisse avoir lieu de manière équilibrée, il est nécessaire d'avoir conduit la personnalité à l'âge adulte, Soleil rayonnant du Lion entré dans l'humilité de la Vierge, et prêt à renoncer à sa toute-puissance égotique et à se transformer devant les enjeux de la rencontre de la Balance où il s’agit de laisser une vraie place à l’autre, intérieur ou extérieur.

Mais la coquetterie et la vanité de Myrrha qui la conduisent à défier Vénus elle-même, sa fausse pudeur qui n'est que manipulation à l'égard de son père, montrent que la jeune fille n'en est pas là. Elle nous éclaire sur le chemin que doit parcourir la Balance avant d'être capable d'intégrer harmonieusement un Soleil et un Pluton en chute dans ce signe.

 

S'unissant à un vieillard protecteur (saturnien) qui la connaît puisqu'il est son père attentif, Myrrha pense aussi pouvoir faire l'économie du nécessaire processus de séparation qu'exige toute mutation vers la maturité d’une relation adulte. Myrrha n’est en réalité qu’une petite fille capricieuse, encore totalement dépendante de sa nourrice, incapable d’assumer la réalisation de ses propres désirs. Le signe de la Balance est au carré de celui du Cancer (régi par la Lune), et l’entrée dans une relation équilibrée exige de sortir d’une matrice lunaire (représentée par la nourrice) qui à ce stade devient mortifère. D’ailleurs Myrrha en est consciente, les tourments de la culpabilité et sa tentative de suicide le montrent bien.

Entrer dans une vraie relation d’altérité implique d’accepter d’ouvrir les valeurs familiales et personnelles à celles d’un autre, au risque de devoir les transformer. L’exaltation de Saturne en Balance nous indique que de nouvelles structures sont à construire, mais Saturne est également maître du Capricorne qui lui, est au carré de la Balance : la voie de la véritable rencontre de l’autre passe aussi par des frustrations, des renoncements, la perte temporaire d’un rassurant cocon familial qui semble nous mettre à l’abri de tout danger. Toute relation saine implique de prendre le risque de cette coupure à laquelle Myrrha n’est visiblement pas prête.

 

Ses hésitations douloureuses nous montrent néanmoins que la jeune fille est consciente d’un choix à faire entre ses instincts de régression et une aspiration à grandir. Mais son manque de courage (Mars en exil en Balance demande un travail pour être intégré) et la faiblesse d’une personnalité coupée d’elle-même, la poussent à choisir la voie de moindre résistance, avec la force de son désespoir et dans les tourments d’une culpabilité toute saturnienne.

 

Myrrha finit par consommer son crime et devient mère. Au-delà d’une première lecture dramatique de cette seconde partie du mythe, nous pouvons y voir, à un niveau symbolique, la voie de sortie de la crise de Myrrha, et avec elle, des méandres douloureux du signe de la Balance. En s’unissant à son père roi, Myrrha trouve l’occasion de s’approprier ses qualités solaires et saturniennes, et de retrouver son propre centre. L’épée de Cinyras libère la jeune fille de toutes ses chaînes intérieures entravant jusque là son évolution, et par la même occasion l’autorise à grandir. De jeune fille, Myrrha devient femme et mère, donc responsable. Sa transformation en arbre atteste de sa reconquête de la verticalité, de sa capacité à puiser au plus profond d’elle-même la nourriture à travers ses racines pour grandir, exister, s’élever vers la transcendance du ciel à travers son feuillage, et finalement donner naissance à Adonis, gage d’un nouveau départ sur un autre plan pour Myrrha. Ses larmes de myrrhe la soulagent de tous ses remous émotionnels, purifiant sa vie affective pour l’ouvrir à sa dimension sacrée et la conduire vers la méditation et la contemplation que favorise la myrrhe.

Dès lors, on comprend que suite à ce retour de Myrrha à l’Unité, Vénus soit séduite par l’enfant qui naît de l’arbre à myrrhe.

 

Quelques idées-clés concernant les effets possibles du transit de Saturne en Balance.

A interpréter en fonction de la place du signe de la Balance en maisons.

 

-       Sentiment de frustration, de manque ou d’insécurité, avidité affective en raison de pertes sentimentales ou relationnelles, réelles ou ressenties comme telles. Réactivation d’un sentiment d’abandon si celui-ci existait dans le thème natal. Prise au sérieux excessive de tout ce qui concerne la relation. Hypersensibilité. Refuge dans un repli sur soi, solitude ou sentiment de solitude. Tentation de revenir dans toutes sortes de girons maternels sécurisants (familiaux, intellectuels, culturels, etc…).

-       Ou froideur, dureté, rigidité, jugement à l’égard de l’autre, fermeture à la sensibilité, refoulement de ses propres désirs par mesure de protection préventive. Ou bien sentiment de subir ce genre de comportements de la part de l’autre.

-        Dépendance à l’égard de l’autre. Recherche désespérée de sécurité à l’extérieur de soi, par des relations à un « père structurant » et protecteur, voire déresponsabilisant, mais pouvant aussi devenir limitant et culpabilisateur. Ou besoin de l’assentiment paternel pour faire ses « choix ».

-       Crise de valeurs auxquelles on pensait croire ou adhérer, et qui s’avèrent « fausses » ou vides. Retours désagréables concernant d’éventuelles compromissions.

 

Opportunités offertes par ce transit :

 

-       Purification de la vie affective et relationnelle, apaisement des remous émotionnels. Prise en charge de nos propres désirs, besoins et manques, sans attendre de l’autre qu’il les comble à notre place, autonomie affective.

-       Ouverture à l’altérité. Recherche de profondeur, de stabilité et d’une harmonie véritable dans les relations, accepter les confrontations nécessaires, voire les séparations qui s’imposent, sortir de toute superficialité. Construction de relations durables, saines et équilibrées, dans l’écoute et le respect de soi et de l’autre, dans la conciliation plutôt que dans la compromission.

-       Engagement dans des choix clairs et adultes répondant à nos véritables désirs, et concentration de la force pour trouver le courage de s’y tenir.

-       Défaire les structures héritées qui ne correspondent plus à nos véritables valeurs, s’ouvrir aux convictions de l’autre avec respect et amour.

-       Prise de conscience de la vanité de l’attachement aux apparences, à la séduction, à une beauté extérieure factice.

-       Affinement des sens, des goûts esthétiques, de la perception de la Beauté et de l’Art ; structuration et mise en forme d’élans artistiques. Se relier à la dimension sacrée de l’Amour et de la Beauté.

-       Mise à profit d’une période de solitude pour recréer le lien avec Soi dans un dialogue intérieur débouchant sur l’Unité.

 

Le 2/9/2010.

Marie-Paule Baicry.

 

 

Bibliographie

 

Ovide, Les métamorphoses.

Jean Chevalier, Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles.

Michel Cazenave, Encyclopédie des symboles.

Corinne Morel, Dictionnaire des symboles, mythes et croyances.

Jacques Berthon, Les résonances mythiques du signe de la Balance, Astrocassette X3-465.

Gisèle Borie, Géraldine Jouin, L’astrologie : l’interprétation des signes par les mythes.

 

Commentaires des Lecteurs :

1. Le contenu de votre article est long et dense. J'y ai connu le mythe de mirrha. Merci pour les conseils. (Thérèse T. de Vernal)