Les malentendus de la prédiction (Donat Gagnon)

Il y eut une science qui s’exerçait à l’art de prédire. Elle s’appelait astrologie. Puis, vinrent d’autres sciences qui prétendirent faire mieux parce que de vérité certaine, disait-on. Ces dernières, pourtant héritières de l’ancienne, blâmaient les prophètes et leurs prédictions et traitaient ces derniers d’irrationnels devins.

 

La raison des modernes se prĂ©tendit justifiĂ©e de dĂ©trĂ´ner l’ancienne  au prix, s’il le faut, de ce qui parle au cĹ“ur ou Ă  l’esprit. La raison triomphale convertit le rĂ©el en calcul et en système d’opĂ©ration. Elle fit la chasse au mystère et en interdit la porte d’entrĂ©e.

 

Les rĂ©actions n’ont pas manquĂ© Ă  l’allure que prenait l’histoire, par exemple dans les littĂ©ratures : du genre mythique, fantastique, Ă©sotĂ©rique, mystique, romantique, et dans  d’autres formes d’art portant l’audace jusqu’au cri - théâtre, cinĂ©ma - ou jusqu’à la laideur sculpturale et architecturale. Mais on a beau tenter d’enfermer l’esprit dans une formule, l’esprit trouve toujours une porte de sortie Ă  qui veut bien s’en sortir.

 

On a laissĂ© entendre aux astrologues qu’il n’est pas bon de prĂ©dire. Il est vrai qu’il vaut mieux taire parfois ce que l’on voit ou saisit assez bien. Mais voir sans dire, c’est se taire, n’est-ce pas ? En effet, on voulait nous faire taire et l’on y a assez bien rĂ©ussi. Depuis, on utilise l’euphĂ©misme prĂ©vision Ă  la place de prĂ©diction pour faire exactement la mĂŞme chose. Maintenant tout le monde fait des prĂ©visions : savants des sciences dures autant que des sciences molles et humaines. On voit que toutes ces gens parlent, parlent…jusqu’à nous faire penser qu’ils disent plus qu’ils ne voient. De toute façon, on les invite et on les paie pour qu’ils nous disent quelque chose. Leurs paroles prĂ©visionnelles intĂ©ressent Ă  plus d’un titre : celle de l’ingĂ©nieur qui nous assure que les ponts vont tenir, celle de l’économiste qui veille sur notre appauvrissement et parfois notre enrichissement collectif et personnel, celle du psychologue ou du sociologue qui nous prĂ©viennent des comportements possibles des individus et des populations, celle des spĂ©cialistes de la mĂ©decine qui se soucient de notre santĂ©, et la parole prĂ©visionnelle de bien d’autres encore.

 

Mais quelle innovation avec le gĂ©nome humain ! Sa connaissance et sa maĂ®trise ouvrent de nouvelles possibilitĂ©s de projection sur l’avenir, surtout celui des payeurs. Pour assurer la meilleure rentabilitĂ©, on pourra faire des choix sĂ©lectifs. Attention ! les compagnies d’assurance en font dĂ©jĂ  leur affaire probablement. On peut dire des membres de cette dernière catĂ©gorie, qu’ils ne prĂ©disent pas mais qu’ils prĂ©voient très bien pour tirer un avantage. Beaucoup d’autres aussi ne disent rien dans leur intĂ©rĂŞt, et leur intĂ©rĂŞt nuit peut-ĂŞtre au nĂ´tre parfois.

 

Ce nouveau dĂ©terminisme du gĂ©nome pourrait ĂŞtre plus inquiĂ©tant que l’ancien puisqu’il conditionne les jugements de cour ; il dĂ©fait la paternitĂ© ; il tue le fĹ“tus avant terme ; il tue l’esprit en se proposant comme formule explicative « passe-partout Â» : c’est gĂ©nĂ©tique. Cela passe bien dans la conversation sans qu’on s’y connaisse en gĂ©nĂ©tique.

 

Nous ne proposons pas à tous ces gens de renoncer à leur capacité de prédire. Cela reviendrait à leur enlever l’espace de liberté qui leur permet d’explorer leur champ de possibilité. La perspective du futur nous rappelle à la liberté et à l’imagination de choix possibles qui nous placent devant la responsabilité de décider de la façon la mieux éclairée. Effectivement, l’exercice de la prévision, et de la prédiction quand on a le courage de dire ce que l’on prévoit, est une prérogative de l’homme responsable qui s’engage dans une action qu’il veut être la meilleure.

 

Parfois, on entend dire que l’étendu de la vision fait les grands hommes politiques. Cela traduit, il nous semble, l’aptitude de ces derniers à saisir ce que pense une population et à imaginer les solutions correspondantes et concrètes porteuses d’avenir. De tels hommes, qui ont compris l’enjeu de ce genre de projection sur l’avenir, savent habituellement s’entourer de bons éclaireurs sur les leçons de l’histoire et de personnes capables d’imagination créatrice pour proposer les actions adéquates.

 

La fonction prĂ©dictive est aussi actuelle qu’ancienne. On a beau changer les mots et donner de nouveaux titres aux gens qui l’exercent, elle demeure une nĂ©cessitĂ© de la vie active. Des centres de recherche en prospective ont Ă©tĂ© mis sur pied, en pensant crĂ©er de toutes pièces une science prospectiviste qui ferait table rase des expĂ©riences antĂ©rieures. On a commencĂ© par caricaturer l’art conjectural des astrologues en disant que leurs mĂ©thodes se rĂ©sumaient Ă  la rĂ©pĂ©tition du passĂ©. Effectivement, c’est assez caricatural ! Mais quand les nouveaux spĂ©cialistes se sont exercĂ©s dans la conjecture scientifique, ils se sont aperçus de la complexitĂ© de cette pratique et de la relativitĂ© des rĂ©sultats. Ils redĂ©couvrirent qu’il fallait d’abord accepter de s’appuyer sur certaines constantes de l’expĂ©rience passĂ©e pour se rendre capable de projeter certaines images du futur, c’est-Ă -dire entrevoir et prĂ©voir, dire et prĂ©dire. Ensuite, il y a la nouveautĂ© ; ils se croyaient les seuls interprètes et inventeurs de la nouveautĂ©. Cette prĂ©tention ne les a pas bien servis, puisque ces prospectivistes scientifiques furent rapidement dĂ©passĂ©s sur leur gauche par des ouvrages de sciences-fictions ou par des femmes ou des hommes douĂ©s de prĂ©voyance. Alors, s’il faut revenir dans les mĂŞmes sentiers, il vaut mieux dĂ©missionner, se dirent certains d’entre eux traumatisĂ©s par l’interdit scientiste.

 

De leur cĂ´tĂ©, les milieux astrologiques travaillent Ă  la cueillette et au rafraĂ®chissement des donnĂ©es essentielles des traditions astrologiques. L’aspirant astrologue et mĂŞme l’astrologue chevronnĂ©  rĂ©visent ou vĂ©rifient les principes de l’astrologie pour s’assurer de leur efficacitĂ© pratique. Quand la connaissance est suffisamment acquise, la pratique va de soi. S’ils Ă©noncent le fruit de leurs recherches sous forme de prĂ©dictions, ils reconnaissent avec humilitĂ© que leurs pronostics ont la valeur d’un indice de probabilitĂ© d’évĂ©nement. Ce que toute science devrait faire, Ă  l’instar de la mĂ©tĂ©orologie d’ailleurs qui parle maintenant en termes de pourcentage de probabilitĂ© de pluie ou de beau temps. Nous avons le regret de dire, toutefois, que beaucoup d’astrologues se donnent l’air de parler dans l’absolu et d’ignorer un peu trop que leurs pronostics inscrits dans la relativitĂ© s’adressent Ă  des gens qui peuvent en changer l’allure en raison de leur puissance de rĂ©action inhĂ©rente Ă  leur libertĂ©.

 

Toute science comme tout discours est relatif. L’astrologie n’échappe pas Ă  cette règle dans ses applications. Pourquoi est-ce ainsi ? Simplement parce que tout change en ce monde ; tout pourrit ou rouille ; les Ă©lectrons s’envolent. Le pont construit en conformitĂ© des règles de l’art et des principes Ă©prouvĂ©s et consignĂ©s dans le Formulaire de MĂ©canique gĂ©nĂ©rale que d’aucuns appellent la Bible de la MĂ©canique ne rĂ©sistera que jusqu’à ce que l’usage et la rouille auront fait leur Ĺ“uvre. C’est un fait qui ne met pas en cause la compĂ©tence de l’ingĂ©nieur sinon sa prĂ©tention Ă  nous laisser entendre qu’il est solide Ă  toute Ă©preuve et fait pour durer. Toute prĂ©diction en cette matière a la valeur de la rĂ©sistance des matĂ©riaux utilisĂ©s et de leur fatigue causĂ©e par l’usure et l’usage.

 

On peut transposer cet exemple sur l’ensemble des produits de consommation, offerts souvent avec une garantie à court terme qu’on nous fait payer en surplus du prix affiché. Même si nous comprenons que toute chose s’altère avec le temps, nous souscrivons à des assurances qui nous garantissent illusoirement de prolonger leur durée, peut-être pour calmer une angoisse inconsciente devant l’impermanence de toutes choses y compris de notre corps physique. Nous réservons à plus tard de tirer les conséquences de cette dernière affirmation.

 

Cette fois prenons l’exemple de l’astrophysique, un domaine de prĂ©dilection pour faire des prĂ©dictions. La prĂ©diction, en astronomie, consiste Ă  donner Ă  l’avance la position d’un astre.  Cela se fait en appliquant les lois de la mĂ©canique cĂ©leste ou lois du mouvement et de la gravitation des corps cĂ©lestes. Quand nous lisons les travaux des astronomes contemporains, on remarque qu’ils ne sont pas gĂŞnĂ©s d’employer le mot prĂ©diction. Nous ne leur en faisons pas le reproche.

 

Cependant, il convient de remarquer ce qui suit : au-delĂ  de la connaissance et de l’utilitĂ© des lois pour mesurer la terre et comprendre son mouvement dans l’espace cĂ©leste, les Anciens astronomes Ă©taient convaincus que leurs recherches les conduiraient Ă  une meilleure connaissance de l’homme et du dĂ©roulement de sa vie personnelle et de celle des collectivitĂ©s sur terre. Cette motivation plus qualitative que quantitative (mesure), plus mĂ©taphysique disons-nous, faisait que l’astronome d’hier Ă©tait aussi un astrologue. Puis simplement, un astrologue ne peut se satisfaire de la seule Ă©tude des corps et de leur mouvement. Un astrologue reconnaĂ®t au moins quelques liens de parentĂ© avec cet univers. Ses progrès dans la connaissance de soi confirment que tout se tient en interdĂ©pendance et sympathie dans l’Univers. Cela se vĂ©rifie Ă  la condition que l’on fasse la dĂ©marche qui convient. Les astrophysiciens de premier ordre ont abordĂ© et discutĂ© de telles questions au XXe siècle et se sont rendus Ă  l’évidence de la vĂ©ritĂ© de l’interdĂ©pendance universelle. Pourtant, cette idĂ©e n’était pas nouvelle ; au troisième siècle, le philosophe Plotin en exprimait quelque chose Ă  travers ce qu’il appelait la sympathie universelle pour expliquer le rapport des astres avec l’homme.  De nombreux mystiques reconnaissaient que non seulement l’ambiance universelle agit sur l’homme mais ils comprenaient aussi que la conscience humaine pouvait avoir une action sensible sur l’Univers. Pourquoi pas si la prière de l’homme peut Ă©branler le cĹ“ur de Dieu ?

 

LA VALIDATION DES PRÉDICTIONS

 

On a quelquefois reprochĂ© aux astrologues de lancer des prĂ©dictions dans des productions Ă©crites et mĂ©diatiques mais de faire peu cas de la rĂ©alisation ou non de ses prĂ©dictions en dĂ©but d’annĂ©e par exemple. Il faut reconnaĂ®tre que ce reproche est mĂ©ritĂ© mais avec des rĂ©serves. Tout astrologue consciencieux a le souci d’éprouver les principes sur lesquels il s’appuie pour effectuer ses prĂ©visions et les formuler sous forme de prĂ©diction. Les relevĂ©s des observations que les astrologues mettent dans leurs meilleurs traitĂ©s pourraient se comparer Ă  ceux qu’on trouve dans la Bible de la MĂ©canique. On rappelle que cette dernière Ă  l’usage de l’ingĂ©nieur et du technicien rassemble les rĂ©sultats de tests effectuĂ©s en accord des lois de la physique et de la mĂ©canique sur des matĂ©riaux en vue d’en mesurer la rĂ©sistance. Les tests consignĂ©s dans la Bible de la MĂ©canique sont manifestement limitĂ©s au cadre matĂ©riel, tandis que ceux de l’astrologie concernent une pluralitĂ© de plans, allant du plan physique au plan mĂ©taphysique. De plus, le terrain de la vĂ©rification pour l’astrologue est sa propre matière vivante, la manière dont il ressent l’ Â« ambiance Â» ou le « climat Â» qui agit sur lui et sur les personnes dont il fait l’étude approfondie. Cette façon de faire suppose qu’on accorde une importance Ă  la subjectivitĂ© humaine, ce que beaucoup de dĂ©marches scientifiques ont ignorĂ© au nom de leur modèle d’objectivitĂ©.  Sri Aurobindo soutenait dans La vie divine (Albin Michel) que la subjectivitĂ© avait autant de droit  Ă  ĂŞtre reconnue que l’objectivitĂ© du savoir tournĂ© vers la matière, et mĂŞme davantage parce qu’en fait, elle regarde l’homme lui-mĂŞme, son âme, son mental, son esprit et tout ce qui transcende un monde en perpĂ©tuel changement. Bien entendu, la situation a beaucoup Ă©voluĂ© depuis le scientisme radical du XIXe siècle. Ce vieux modèle d’objectivitĂ© positiviste a Ă©clatĂ© en pièce. Depuis le dernier quart du XXe siècle, les diffĂ©rents champs de savoir sont disposĂ©s au dialogue et Ă  considĂ©rer avec plus d’ouverture les approches qualitatives associĂ©es Ă  la subjectivitĂ© et Ă  l’intĂ©rioritĂ© humaine.

 

Dans le champ matériel, on acceptera de tenir un discours plus relativiste en parlant de probabilité d’événement, tandis que dans les champs de l’intériorité humaine, les échecs prévisionnels seront attribuables en surplus à des facteurs impondérables que l’astrologue reconnaît mais qu’il ne peut pas contrôler, comme le libre-arbitre individuel, l’action de la pensée, le pouvoir transformateur de la conscience et de l’intention.

 

Depuis des siècles, la communautĂ© astrologique a Ă©tĂ© maintenue dans un quasi Ă©tat de culpabilisation Ă  propos de la validation de ses prĂ©dictions. Mais oĂą en est la communautĂ© scientifique vis-Ă -vis de ses propres prĂ©dictions et de leur degrĂ© de validation ?   Nous pensons tous, n’est-ce pas, que la science est au-dessus de tout soupçon Ă  cet Ă©gard ? Il convient de questionner cette impression entretenue peut-ĂŞtre par le mythe scientiste et par d’inconditionnels puristes de la science qui lancent reproches et interdits Ă  l’endroit de ceux qui ne sont pas la copie conforme de leur modèle de savoir.

 

Pour jeter de la lumière sur le sujet, j’emprunterai quelques renseignements surprenants Ă  un ouvrage collectif d’auteurs scientifiques oeuvrant dans la prospective. L’ouvrage sous la direction de AndrĂ©-ClĂ©ment DĂ©couflĂ© (Directeur du laboratoire de prospective appliquĂ©e) s’intitule TraitĂ© Ă©lĂ©mentaire de prĂ©vision et de prospective. (Presses universitaires de France, 1978, 432 pages). Les textes prĂ©sentĂ©s entre guillemets sont empruntĂ©s, Ă  moins de mention contraire, Ă  Benjamin Matalon (UniversitĂ© de Paris VIII) auteur du chapitre « Les limites de la prĂ©vision scientifique . Â» Son texte dĂ©bute ainsi Ă  la page 107 du livre :

 

« La possibilitĂ© de prĂ©voir est assez largement reconnue comme une caractĂ©ristique essentielle de la science, celle qui justifie Ă  la fois ses prĂ©tentions au statut de connaissance objective et vraie et ses possibilitĂ©s d’application. Â»

            Selon nous, cette dĂ©finition de la possibilitĂ© de prĂ©voir Ă©tait dĂ©jĂ  implicite dans le dĂ©bat dĂ©jĂ  engagĂ©. Mais il reste Ă   voir l’état de la situation dans les faits pratiques. Lisons ce qu’en dit l’auteur Ă  la page 127 :

 

« Ă€ première vue, la prĂ©vision est de toutes les activitĂ©s scientifiques, celle dont on devrait pouvoir le mieux apprĂ©cier la validitĂ© : en confrontant ses rĂ©sultats Ă  ce qui se passe effectivement, on devrait pouvoir comparer les mĂ©thodes, repĂ©rer les points faibles pour les amĂ©liorer, rejeter celles qui se sont montrĂ©es vraiment trop mauvaises. Pourtant les travaux de validation des prĂ©visions sont quasi inexistants, et tous les spĂ©cialistes lorsqu’on leur soumet le problème, objectent qu’il est mal posĂ© dès lors que le but de la prĂ©vision n’est pas de dire l’avenir. Â»

            Selon nous, il y a des gens qui se dĂ©fendent bien de prĂ©dire comme d’être porteur d’une maladie honteuse. Pourtant, ils ne font pas moins des prĂ©visions mais sans les publier. Serait-ce parce que l’indice de probabilitĂ© d’évĂ©nement fourni par l’écart entre prĂ©visions et rĂ©sultats pourrait miner le mythe scientifique si efficace dans le public ? Si l’on accepte maintenant de parler en terme probabiliste en mĂ©tĂ©orologie, c’est peut-ĂŞtre parce que, dans ce cas, l’indice de probabilitĂ© vient sauver l’image de la science. Comme il est Ă©vident pour tous que les mĂ©tĂ©orologues se trompent assez souvent, il vaut mieux concĂ©der Ă  cette Ă©vidence. Par ailleurs, plusieurs scientifiques, non des astrologues, croient que certaines prĂ©visions pourraient avoir la valeur de prophĂ©ties. Selon eux, surtout dans le domaine social, les prĂ©visions sont faites pour agir et guider l’action non pour connaĂ®tre un avenir inĂ©luctable. Nous pensons qu’ils ont raison et que la communautĂ© astrologique s’entend assez bien avec les opinions rĂ©sumĂ©es dans les deux dernières phrases. L’auteur ajoute Ă  la page 128 :

 

« Des prĂ©visions, par leur existence mĂŞme, peuvent modifier les comportements et donc bouleverser les situations, rendant, selon le cas, la rĂ©alisation de la prĂ©vision plus ou moins probable. Â»

            Cette opinion n’est pas Ă©trangère Ă  l’avis de beaucoup d’astrologues. Les uns mettraient des rĂ©serves, tandis que d’autres confirmeraient qu’effectivement les prĂ©visions ou plutĂ´t les prĂ©dictions  peuvent provoquer des rĂ©actions de conscientisation et de choix. Elles peuvent donc servir au dessein de libertĂ©. Qui s’oppose Ă  ce que l’astrologue compĂ©tent guide ses consultants dans la voix de la libertĂ© ? Et l’auteur prĂ©cise encore ce qui suit aux pages 128 et 129 :

 

« Il rĂ©sulte de ces interactions entre prĂ©vision et action qu’il n’est pas possible de valider simplement des prĂ©visions en les comparant Ă  ce qui se produit effectivement. Contrairement Ă  ce qui se passe dans d’autres activitĂ©s scientifiques, il n’y a donc pas de processus de confirmation ou d’infirmation empirique. La mise Ă  l’épreuve et la recherche systĂ©matique de contre-exemples, dans lesquels (Karl) Popper (1973) voit la caractĂ©ristique essentielle de la dĂ©marche scientifique, sont, en fait, pratiquement absentes de l’activitĂ© de prĂ©vision.»

Si c’est ce que font ces scientifiques de la prospective et que confirme le plus grand Ă©pistĂ©mologue des sciences du siècle dernier, les astrologues devraient en prendre note et sortir de la culpabilitĂ© mortifère. Ils devraient poursuivre leurs travaux de recherche en dĂ©veloppant des procĂ©dĂ©s originaux de validation sans tomber dans des exigences qui ne leur conviennent pas et que les savants modernes ne savent pas combler eux-mĂŞmes. Nous relevons un dernier emprunt au mĂŞme auteur Benjamin Matalon et Ă  la page 129 du mĂŞme livre :

 

« Nous nous trouvons donc, comme dans d’autres champs d’application des sciences, devant une activitĂ© qui d’une part se veut scientifique, cherche Ă  se garantir par le recours Ă  des mĂ©thodologies raffinĂ©es et qui, d’autre part, se trouve dans une situation oĂą porter un jugement sur elle est pratiquement impossible. C’est peut-ĂŞtre une de ses limites les plus graves, parce que difficilement franchissable. Â»

            VoilĂ  quelqu’un d’impliquĂ© dans la science prospective et qui se dit incapable de porter un jugement sur l’activitĂ© prospective qui se veut scientifique. Plus loin dans le contexte, on relève que la prĂ©vision est une tâche difficile en raison de la complexitĂ© des phĂ©nomènes ou des facteurs intervenants et des incertitudes surtout en ce qui concerne la date des Ă©vènements. C’est vrai que c’est complexe et difficile.

 

Pour notre part, nous remarquons une énorme carence chez tous ceux qui veulent faire table rase des anciennes méthodes. D’abord la pratique de la prédiction ou prévision exige qu’on ait de bons repères temporels. Se priver du repère temporel et plurimillénaire de l’astronomie relève du pire non-sens. Ensuite, ignorer l’expérience millénaire du temps et de l’espace qualifié, que l’astrologie transmet de génération en génération, est une perte pour la culture et un handicap à l’imaginaire humain. De plus, nous pensons encore que la façon d’étudier le réel de la science positive causait une injustice à l’endroit de la subjectivité humaine qui intervient si grandement dans l’action.

 

L’astrologue, au contraire, accorde une importance au moins Ă©gale au pĂ´le subjectif et au pĂ´le objectif. De toute façon, notre perception de l’un et de l’autre a de grandes chances de se transformer si l’on considère la perspective d’un plus grand Ă©veil de la conscience. Les gens qui cultivent les prĂ©jugĂ©s ont cette habitude un peu perverse de faire camper les astrologues dans le passĂ© ou dans le futur. En fait, l’astrologue est un mĂ©ditant de l’espace et du temps. Cette mĂ©ditation a la vertu de ramener sans cesse au PrĂ©sent et Ă  la prĂ©sence rĂ©elle oĂą le temps prend un goĂ»t d’éternitĂ©. La vision n’est peut-ĂŞtre que l’expĂ©rience d’être saisi par la profondeur du Principe prĂ©sent ou de l’Éternel prĂ©sent. Entrer dans la profondeur du temps prĂ©sent permet l’expĂ©rience de la simultanĂ©itĂ© et donne le sens de l’éternitĂ©. En somme, prĂ©vision et prĂ©diction des futurs possibles sont des manifestations de la richesse du Temps de la PrĂ©sence. Si on n’a pas digĂ©rĂ© le passĂ© et que l’avenir nous inquiète, on peut encore se reposer dans le prĂ©sent, n’est-ce pas ?

 

Donat Gagnon

Scorpion-ascendant Sagittaire.