Les défis de l'interprétation en astrologie (Donat Gagnon)

La connaissance des lois des mouvements planétaires étant établie et les positions planétaires étant facilement accessibles grâce aux manuels d’éphémérides astronomiques ou aux logiciels faisant les calculs de positions, fait que la partie géométrique et mathématique du travail de l’astrologue s’en trouve facilité si on le compare aux époques anciennes. Cependant il n’y a rien de plus contraire à l’astrologie que la vision mécaniste qui a voulu s’imposer au XVIIe siècle.

            Après avoir satisfait à l’exigence d’un certain esprit de géométrie, l’astrologue doit faire preuve, selon le mot emprunté à Blaise Pascal, d’un esprit de finesse pour tirer de la carte du ciel un contenu qualitatif, une interprétation qui rejoint la réalité humaine particulière. Dans la signature  astrale, l’astrologue peut pressentir les résonances possibles, matérielles, psychiques, relationnelles, les aspirations, les transformations, les crises émotionnelles auxquelles peu échappent.

            La carte du ciel est en quelque sorte le miroir du microcosme humain. Elle lui donne des repères qui peuvent lui servir d’indicateurs sur la route de sa vie, qui lui signale un destin non comme une fatalité qui commande mais comme autant de défis lancés à sa liberté créatrice. La vie se veut riche en couleurs et soubresauts inattendus. L’astrologue compétent est capable d’en rendre compte, bien sûr toujours dans les limites de ses connaissances et de son vécu existentiel.

            Par ailleurs, le praticien astrologue doit transcender le subjectivisme, ce que d’aucuns appellent l’ego. En consultation, la carte du ciel rappelle à l’astrologue son devoir d’être objectif devant son client, de laisser parler les symboles astrologiques; d’ailleurs c’est cela qui lui permet de dépasser sa situation particulière, de s’oublier pour entrer dans la problématique multidimentionnelle d’un autrui.

            La maîtrise des outils symboliques des astres, des aspects, des signes, des maisons, n’est pas une mince affaire, car c’est grâce à leur compréhension vécue qu’on peut toucher par résonance les virtualités de l’âme, signaler des émergences d’habileté dans la vie concrète. Sans doute y a-t-il une aptitude naturelle qui contribue à un tel exercice. Pourtant l’aspirant astrologue a grand besoin de s’abreuver à la tradition des maîtres qui l’ont précédé s’il veut acquérir le langage adéquat qui parle à l’âme et trouve son écho dans l’événement.

            Il n’est pas facile de rendre compte de la vision du monde de l’astrologie dans ses présupposés métaphysiques de même que dans la justification théorique des connexions entre le Haut et le Bas, le Macrocosme et le Microcosme. Souvent on se surprend à la justifier avec des arguments empruntés à des théories bien établies mais étrangères à son esprit. On oublie trop que le langage de l’analogie et des correspondances a été fortement combattu au cours des quatre derniers siècles de scientisme. On nous demande de fournir des explications théoriques à des fondements que les plus doués hommes de science ne savent donner eux-mêmes. Pourtant, on peut sentir, pressentir ce dont les symboles sont porteurs. On peut être bon artisan, voulant dire bon interprète, comme il existe de bons techniciens qui mettent fort bien en pratique la théorie, ce que souvent de prétendus grands théoriciens n’arrivent pas à faire.

            Si certains ont osé dire que l’astrologie pourrait bien être l’avenir de la science, ce doit être au niveau de son intuition fondamentale, d’une vision qui entrevoit l’interdépendance universelle. La science spéculative de pointe arrive à ce constat de l’interdépendance et elle tente de dialoguer avec les plus grands courants de spiritualité, comme le taoïsme, le boudhisme, l’hindouisme, l’islam mystique, la mystique chrétienne, et les philosophies s’y rattachant. La compréhension des outils astrologiques exigent une discipline intellectuelle rigoureuse intégrant le coeur. Le maintien d’un contact avec une tradition sacrée est peut-être indispensable pour éviter l’écueil de l’idolatrie et reconnaître la valeur relative de certaines idées et pratiques, indispensable aussi pour trouver un fondement plus métaphysique et retrouver les significations les plus éclairantes. Une bonne procédure dans le maniement des points d’appui astronomiques et symboliques, c’est bien; mais en plus, il faut que l’interprête soit capable d’empathie multidimensionelle avec la personne qui le consulte pour donner une interprétation de qualité.